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 | Nous terminons notre série consacrée au 50ème anniversaire du Parlement européen (voir ici et là). C'est Madame la Députée européenne Nicole Fontaine, ancienne Présidente du Parlement européen et ancienne Ministre qui répond à notre dernière question: Un député européen doit-il défendre ses idées politiques ou les intérêts de son pays ? Le consensus en faveur d’une construction européenne au sein de l’hémicycle bruxellois ne contribue-t-il pas à brouiller son message ?
| Il y a quelques années, lors d’un débat radiophonique que j’avais eu avec Pervenche Berés quelques jours avant mon élection à la Présidence du Parlement européen, cette collègue avait fini par confier, sous la pression d’évidences qui l’embarrassaient : «de toute façon, avant d’être européenne, je suis française, et avant d’être française, je suis socialiste !» Cette réplique, qui avait choqué certains, ne faisait que traduire le clivage assez profond qui sépare d’une part ceux qui pensent qu’il existe un antagonisme ou une hiérarchie assez irréductibles entre les convictions politiques et les intérêts du pays auquel on appartient, et d’autre part ceux pour qui l’honneur et l’objectif de l’engagement politique consistent au contraire à rechercher comment ordonner les convictions politiques aux intérêts légitimes de son pays. La première position repose sur la défiance a priori, et la seconde sur le volontarisme. La première est stérile, la seconde est constructive. C’est une différence majeure. À l’échelle européenne, et donc au Parlement européen, les termes du débat sont simples : D’une part, c’est à la construction européenne, qui bannit le nationalisme exacerbé, que l’Europe doit la paix qu’elle connaît depuis près de soixante dix ans, après les tragédies fratricides qui l’ont déchirée et ruinée. Construire l’Europe s’impose pour bannir la guerre. D’autre part, dans le monde tel qu’il est devenu, aucun de nos États européens ne peut plus revendiquer la position dominante, économique, linguistique, politique ou militaire, qu’il a pu avoir dans le passé, et notamment au plan économique, à celui de la défense, et même à celui des produits culturels. Que compterait une France de 66 millions d’habitants, si elle décidait de s’isoler de façon protectionniste ou repliée, face au milliard et demi de Chinois dont les produits inondent et inonderont inexorablement tous nos marchés, et aux autres grandes entités régionales surpuissantes que sont les États-Unis, l’Inde, la Russie, et bientôt le Brésil ou d’autres ? Le seul avenir réaliste de la France, c’est-à-dire en fait son intérêt vital, est dans sa capacité d’influence au sein d’une Europe unie qui, avec ses 500 millions d’habitants et l’économie la plus forte du monde, peut seule être de taille à résister et à compter sur la scène internationale pour défendre ses intérêts et protéger ses valeurs. L’Europe unie est le levier d’avenir de la France, si elle sait y prendre toute sa place, non pas pour la dominer mais pour convaincre et entraîner. Le cas d’actualité des jeux olympiques de Pékin est exemplaire : si la France se positionne seule face au comportement chinois au Tibet, sa voix ne fera pas changer les choses et elle ne fera que perdre des marchés, par rétorsion. Si toute l’Europe est unie, et notamment sous la pression convaincante de la France, patrie des droits de l’homme, la Chine ne pourra pas, d’une manière ou d’une autre, dédaigner, immédiatement ou à terme, la position de l’ensemble du continent européen. Dans ce contexte, opposer les convictions politiques et l’intérêt du pays n’a pas de sens. L’Union européenne n’est ni l’absorption des États et des nations qui la composent, dans un conglomérat au pouvoir supranational, ni une « auberge espagnole » qui serait réduite à la juxtaposition d’égoïsmes nationaux. La quasi-totalité des décisions, directives ou règlements européens, ne sont pas le fruit de consensus mous, mais l’aboutissement, souvent très laborieux, de compromis qui parviennent précisément à concilier dans une législation européenne commune à tous, à la fois les intérêts légitimes et les spécificités, souvent très ancrées, de chacun de nos États. C’est en cela que le mandat de député au Parlement européen est exaltant. En supprimant progressivement, par des législations communes ou harmonisées, toutes les barrières héritées de l’histoire, qui, en subsistant, ne feraient du continent européen qu’un patchwork obsolète de pays, autrefois puissants, mais désormais petits ou moyens, et inadaptés au contexte nouveau du monde, nous construisons de façon positive, la nouvelle histoire, c’est-à-dire le nouvel avenir, de l’Europe.
Le consensus en faveur d'une construction européenne au sein de l'hémicycle bruxellois ne contribue-t-il pas à brouiller son message?
Je ferai deux observations : La première est qu’au terme des traités, le siège du Parlement européen est à Strasbourg, et non à Bruxelles, même si j’aimerais que le gouvernement français s’en préoccupe vraiment avant qu’il ne soit trop tard, car les pressions sont de plus en plus fortes et risquent de devenir à brève échéance, irrépressibles. Il en est de même d’ailleurs en ce qui concerne la marginalisation, qui s’est accélérée au cours des dernières années, du français au sein des institutions européennes. Ma seconde observation est que le « consensus» auquel se réfère la question ne comporte qu’un dénominateur commun : celui de la conviction, qui est effectivement unanime ou quasi unanime, qu’en dehors de la construction européenne, il n’existe aucun avenir sérieux de puissance et de progrès pour chacun de nos États. Les valeurs de principe qui fondent l’Europe sont également largement partagées, et se retrouvent à la fois dans les traités et la charte des droits fondamentaux, désormais intégrée au traité de Lisbonne. Mais sur le reste, les divergences sont vives et nombreuses et portent sur le comment de la construction européenne, son espace, sa philosophie économique et sociale, sa défense, ses cultures, … Le chemin de l’union est loin d’être un fleuve tranquille. Pour avoir siégé au Parlement européen de façon quasi continue depuis 1984, mon grand regret restera d’avoir constaté que la grande majorité de la classe politique hexagonale n’a pas compris ou su comprendre son importance, alors que sa montée en puissance a été constante. Toutes les élections européennes que j’ai connues se sont faites essentiellement sur des enjeux politiques nationaux. Au surplus, trop longtemps, les députés européens français se sont signalés par leur absentéisme, en raison notamment d’autres mandats électifs. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais ils restent réputés pour leur dispersion qui les condamne à l’impuissance au sein des groupes politiques où se prennent les décisions de vote dont les assemblées plénières ne sont que les « grand-messes » publiques. Un seul exemple : le groupe du PPE compte 288 députés. Les Allemands y sont 49 et les Français 18. Tous les postes importants, qui sont attribués équitablement sur la base de la règle d’Hondt, c’est-à-dire en fonction de l’importance numérique relative des délégations nationales, leur échappent de façon naturelle, et lors des votes internes, leur voix ne peut compter que pour ce qu’elle est. La capacité à savoir convaincre ses partenaires, sans l’arrogance, réelle ou supposée, qu’on lui prête souvent est le vrai, pour ne pas dire le seul, problème de la France au Parlement européen.
L'Atelier Europe remercie chaleureusement Madame la Députée européenne pour sa participation aux Lundis de l'Europe.

 | Dans le cadre de notre série sur les 50 ans du Parlement européen, nous avons demandé à deux Députées européennes leurs avis sur le rôle de cette institution et de ses membres. Madame Elisabeth Morin, membre du Bureau politique de l'UMP et Conseillère régionale de Poitou-Charentes est la première à nous répondre: Quel doit être le rôle d'un Député au Parlement européen dans le débat national ? Comment expliquer que leurs actions et leurs prises de positions soient si méconnues ?
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Aujourd'hui un Député au Parlement européen doit être en prise directe constante avec le niveau national, d'une part parce que la Présidence française met la France au cœur des préoccupations européennes, comme elle met l'Union européenne au cœur des préoccupations françaises. L'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne conforte encore la force de l'articulation entre Parlement national et Parlement européen : les logiques d'évolution des lois françaises et des directives européennes, la rapidité d'application des directives européennes au niveau national renforcent cette nécessité de cohérence entre le niveau national et le niveau européen. Par dessus tout, les parlementaires européens doivent constamment s'impliquer dans le débat national français pour veiller à ce que la prise en compte d'une analyse ouverte au niveau européen guide les réflexions et les analyses nationales. J'ajouterai personnellement que je crois fondamentalement que le parlementaire européen doit aussi largement s'impliquer dans le débat régional, niveau très important de mise en œuvre des politiques européennes et de cohésion sociale et territoriale. Quand toutes ces raisons s'ajoutent les unes aux autres, un Député au Parlement européen aujourd'hui doit conjuguer trois niveaux d'action :
- la préparation de la Présidence française de l'Union européenne qui nécessite un travail constant avec le gouvernement en général, avec les Ministres en particulier, avec les parlementaires nationaux français et avec les partis politiques,
- son travail parlementaire alterné entre Strasbourg et Bruxelles dans les commissions parlementaires, sur des rapports dont il a la responsabilité, dans les délégations internationales...Il s'engage aussi sur des actions qui lui tiennent à cœur (lutte contre le cancer, Alzheimer, etc.)
- l'ancrage local nécessite aussi une forte présence sur le terrain auprès des instances politiques locales, auprès des organisations professionnelles, des militants... Mais pour la circonscription Ouest de la France c'est la présence dans les treize départements qu'il faut assurer : c'est bien vaste, ce qui peut expliquer que nos concitoyens ont le sentiment que leur Député au Parlement européen est un peu loin ; le calendrier parlementaire européen très chargé (trois semaines à Bruxelles, une semaine à Strasbourg chaque mois), les convictions à faire vivre à travers son travail de Député occupent une très grande partie du temps.
Les Députés au Parlement européen doivent se saisir les sujets qui touchent au plus près la vie des français : leur vie sociale, leur santé, leur environnement, etc.
Mais, les citoyens français doivent aussi prendre conscience qu'aujourd'hui ils sont des citoyens européens, que leur espace de vie, de travail, c'est l'Europe. À nous, Députés au Parlement européen de leur en faire prendre conscience dans une forte articulation avec les préoccupations françaises.
L'Atelier Europe remercie chaleureusement Madame la Députée européenne pour sa participation aux Lundis de l'Europe.

Le Parlement européen (PE) vient de célébrer ses 50 ans.
Créée en 1958, l’Assemblée parlementaire européenne était alors composée de représentants délégués par les Parlements nationaux, choisis en leur sein. Seule institution de l’Union européenne élue au suffrage universel depuis près de 30 ans, le Parlement européen en est l’organe d’expression démocratique et de contrôle politique.
Initialement doté de pouvoirs modestes, le Parlement européen a vu ses attributions renforcées depuis le Traité sur l’Union européenne, notamment parce qu’il revendique un statut de législateur partagé avec le Conseil.
Le Traité de Lisbonne, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2009, lui accorde à cet égard des compétences étendues dans le domaine législatif et budgétaire ainsi qu’en matière d’accords internationaux.
Une élection des 785 Eurodéputés au suffrage universel direct
C’est en 1979 que les députés européens (également appelés MPE ou membres du Parlement européen) ont été élus pour la première fois au suffrage universel.
Certes, le taux de participation au vote européen reste encore faible puisqu’il était inférieur à 43 % en France lors des dernières élections européennes de 2004. Gageons que l’intérêt des électeurs pour l’enjeu européen reflètera les efforts des Etats membres, et notamment de la France qui présidera l’Union européenne à partir de juillet prochain, pour contribuer d’ici les prochaines élections de 2009 à une meilleure prise de conscience de l’intérêt du débat européen.
Son Président actuel, l’Allemand Hans-Gert Pöttering, achèvera son mandat de 30 mois après les prochaines élections européennes de juin 2009.
Un arrangement entre les groupes politiques prévoit une alternance de la présidence entre la gauche et la droite du Parlement.
Si à l’origine les 4 pays les plus peuplés (Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie) disposaient du même nombre de parlementaires, les effectifs du Parlement européen ainsi que leur répartition entre les Etats membres ont été modifiés au fil du temps pour tenir compte des élargissements successifs. Aujourd’hui, le Parlement européen compte 785 Eurodéputés – dont environ un tiers de femmes – élus pour un mandat de 5 ans et représentant les quelques 492 millions de citoyens issus des 27 Etats membres de l’Union.
Le nombre de députés par État membre varie de 5 pour les petits États (Malte, Chypre, Luxembourg…) à 99 pour les plus peuplés (Allemagne), la France comptant pour sa part 78 Eurodéputés répartis dans le cadre de 8 circonscriptions régionales qui détiennent :
- le Nord-Ouest : 12 sièges
- le Sud-Est : 13 sièges
- l’Est : 10 sièges
- le Massif Central-Centre : 6 sièges
- le Sud-Ouest : 10 sièges
- l’Ile-de-France : 14 sièges
- l’Ouest : 10 sièges
- l’Outre-Mer : 3 sièges
Pour la législature 2009-2014, le nombre d'Eurodéputés ne devra pas dépasser 750, avec une répartition par État membre amendée, la France perdant 4 députés européens pour passer à 74.
Les Eurodéputés se sont regroupés par affinité politique et non par nationalité. En pratique, au minimum 20 Eurodéputés issus d’au moins 6 États membres de l’Union peuvent former un groupe politique européen, les deux partis les plus représentés étant :
- le PPE-DE (Parti populaire européen et les Démocrates européens)
- le PSE (Parti socialiste européen).
Strasbourg, siège du Parlement européen
3 villes symbolisent le Parlement européen : Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg :
- Strasbourg, siège du Parlement européen au cours des sessions plénières (60 jours par an) ;
- Bruxelles, où se tiennent les commissions ainsi que certaines séances plénières additionnelles;
- Luxembourg, où se situent son secrétariat général et ses services administratifs.
Chaque État membre dispose d’une représentation permanente du Parlement européen sous la forme d’un Bureau d’information qui relaie les activités du Parlement auprès des acteurs économiques, sociaux, universitaires et associatifs.
Des pouvoirs en expansion constante
Les pouvoirs du Parlement européen sont triples :
Le Parlement européen partage ce pouvoir avec le Conseil (qui représente les États membres) par le biais de la procédure de codécision qui met les deux institutions sur un pied d’égalité dans de nombreux domaines (transport, environnement, protection des consommateurs…), la codécision étant d’ailleurs renforcée par le Traité de Lisbonne.
Sur d’autres terrains (ex : agriculture, immigration) le Conseil est seul à décider après consultation du Parlement.
Enfin, l’avis conforme du Parlement est requis pour des décisions importantes telles que la candidature et l’adhésion de nouveaux membres.
- pouvoir de contrôle démocratique sur les institutions européennes. À cet égard, le Parlement européen peut :
- censurer la Commission, bien que cette prérogative n’ait jusqu’alors jamais été exercée. En revanche, le collège des membres de la Commission (Président et Commissaires) fait l’objet d’un vote d’approbation du Parlement européen qui peut donc conduire à modifier le collège des personnalités pressenties par les gouvernements pour composer la Commission ;
- superviser les travaux du Conseil par le biais de questions écrites ;
- demander à la Commission de soumettre une proposition au Conseil ;
- constituer des commissions d’enquête pour examiner les allégations d’infraction ou de mauvaise administration dans l’application du droit communautaire. C’est ainsi qu’à la suite des travaux d’une commission d’enquête, la Commission Santer a été contrainte de démissionner collectivement en 1999 ;
- recevoir des pétitions de tout citoyen européen sur un sujet relevant des domaines d’activité de la Communauté et qui le concerne directement ;
- recevoir les plaintes émanant des citoyens de l’Union concernant des cas de mauvaise administration dans l’action des institutions communautaires (ex : procédures de recrutement, actions ou omissions de la Commission dans son rôle de gardienne des traités), les plaintes étant ensuite transmises au médiateur européen.
Le Parlement européen partage ce pouvoir avec le Conseil, et il peut ainsi influencer les dépenses de l’Union européenne.
Le Parlement européen, une tribune politique au service des Droits de l’Homme
Outre les différents pouvoirs exercés par les Eurodéputés, le Parlement européen est devenu au fil des années une tribune internationale devant laquelle bon nombre de personnalités de premier rang, qu’il s’agisse des chefs d’État étrangers, du Pape ou de tel prix Nobel de la paix, viennent s’exprimer.
Le Parlement européen, notamment par la voix de son Président, entend également défendre les droits de l’homme dans le monde. C’est ainsi que l’actualité au Tibet a récemment conduit l’actuel Président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, à réagir vigoureusement à l’arrestation et à la condamnation à trois ans et demi d’emprisonnement de Hu Jia, opposant chinois et défenseur des droits de l’homme.
Une Europe plus forte et plus juste, c’est aussi une Europe qui condamne, au nom de ses 492 millions d’habitants, les atteintes fondamentales aux Droits de l’Homme.
[NdR: Les deux prochains Lundis de l'Europe seront aussi consacrés au rôle du Parlement européen avec les participations de Mesdames les Députées européennes Morin et Fontaine.]
Anne Durez Pôle Études Responsable du Groupe Justice/Institutions
Crédit photo: Photo Parlement européen

Madame, Monsieur, mes chers amis, Nous voulons l'Europe de toutes nos forces et de tout notre cœur, parce que l'avenir de l'Europe c'est l'avenir de la France. L'Europe constitue en effet la seule solution pour pouvoir espérer continuer à s'asseoir autour de la table des grands, dans un monde de plus en plus complexe et qui évolue de plus en plus rapidement. Il s'agit donc de comprendre et d'intégrer dans nos esprits que l'ambition européenne est le prolongement et non le contraire d'une ambition française.
Malheureusement, comme viennent de le rappeler si justement Alain Lamassoure et Michel Barnier, le rêve européen est aujourd‚hui en risque. La construction européenne est en train de connaître sa crise la plus grave depuis l'origine.
Or, comme le souligne Nicolas Sarkozy dans son discours de Strasbourg, l'Europe est aussi ce par quoi la jeunesse française se réconciliera avec le monde. L'Europe est aussi ce par quoi la jeunesse européenne retrouvera l'espérance. L'Europe est aussi ce par quoi toutes les jeunesses d'Europe pourront avoir des rêves plus grands que ceux de leurs parents. Quel plus bel objectif assigner à la politique que celui de permettre à la jeunesse d'avoir de grands rêves et de les vivre ? Parce que ce sont les rêves qui poussent la jeunesse à aller jusqu'au bout d'elle-même et parce que c'est après les rêves de sa jeunesse que l'homme court toute sa vie.
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En tant que jeune, nous avons donc le devoir, comme l'ont fait en leur temps nos parents et nos grands-parents, de nous retrousser les manches, de prendre notre destin en main, de nous projeter dans l'avenir et de dessiner le monde dont nous rêvons pour nous et nos enfants. Et c'est parce que jamais l'élection d'un Président français n'aura été aussi importante pour l'avenir du grand rêve européen, que le premier de nos devoirs est de voter pour Nicolas Sarkozy ! Vincent Yquel Président de l'Atelier Europe de l'UMP
S'il y a une grande absente du débat présidentielle, c'est bien l'Europe! Cette absence ne peut être attribuée à Nicolas Sarkozy: À Bruxelles, à Strasbourg ou lors d'autres grands discours (le 14 janvier lors de son investiture, sur la politique internationale), il a donné une vision claire de l'Europe, de ce qu'il souhaite faire. Ses idées saluées par tous nos partenaires européens sont les bienvenues alors que nous nous apprêtons à fêter ce week-end le cinquantième anniversaire du Traité de Rome. Anniversaire que nous fêterons dignement à l'Atelier Europe par la conférence de lundi prochain. Outre rappeler l'origine du Traité de Rome, ce que l'Europe a accompli, les attentes de nos partenaires, cette conférence sera aussi l'occasion de débattre des propositions de Nicolas Sarkozy.
Si vous n'êtes pas déjà inscrit, il n'est pas trop tard:

Je la veux parce que j’aime mon pays. Je la veux parce que j’aime la France et parce que la France ne peut pas s’en sortir sans l’Europe, parce que la France ne peut pas peser sur les affaires du monde sans l’Europe, parce que la France ne pourra rien sans l’Europe.
Mes chers amis,
Me voici une fois encore à Strasbourg, la plus européenne de toutes les villes françaises et la plus française de toutes les villes européennes. Strasbourg qui n’est pas française par les hasards de l’histoire mais parce qu’elle l’a voulu. Strasbourg qui fit résonner jusqu’en Egypte le rire du grand Kléber et entendre aux quatre coins du monde ce chant de guerre de l’armée du Rhin devenu la Marseillaise qui est pour tous les hommes le chant de la liberté. Strasbourg dont la figure resta couverte d’un voile noir pendant 50 ans parce que la France ne voulait pas faire son deuil de cette ville sans laquelle elle ne se sentait plus tout à fait elle-même, de cette ville dont la libération symbolise celle de toute la France.
 | On m’avait dit que Strasbourg était une ville où il était difficile de mobiliser pour une réunion publique. Et pourtant vous êtes là ce soir plus nombreux que jamais, et votre foule immense témoigne qu’une fois encore les Alsaciens veulent être au rendez-vous de l’histoire, au rendez-vous de la France. Avant de venir à Strasbourg je me suis arrêté à Verdun, sur ce champ de bataille se déroula le plus long, le plus meurtrier, le plus atroce combat de toutes les guerres, peut-être aussi le plus absurde. Des milliers de vies détruites chaque jour pour faire bouger de quelques mètres la ligne de front. Les amis qui tombaient les uns après les autres.
| Les corps déchiquetés qui n’avaient plus de visage et qui n’avaient plus de nom. Les hommes enterrés vivants. Les soldats qui se noyaient dans la boue des tranchées. Relève après relève, presque toute la jeunesse de France et d’Allemagne montant en ligne en piétinant les morts. Un héroïsme inouï, une sauvagerie sans pareille. Ce fut cela, Verdun. Dans ce lieu où le silence se fait d’autant plus pesant qu’il fut un jour rempli de la fureur et du fracas des armes, on a l’impression d’entendre, sortant de la terre où furent versés tant de larmes et de sang, ce cri qui fut celui de tous les survivants de cet enfer : « plus jamais ça ! » Plus jamais un tel carnage ! Plus jamais deux peuples parmi les plus civilisés du monde, deux peuples européens dressés l’un contre l’autre, cherchant à se détruire jusqu’à l’extrême limite de leurs forces ! Mais à Verdun, déjà, au fond des tranchées, se nouait le drame futur. Comme une tragédie antique, implacablement, chaque guerre appelait la suivante, le meurtre appelait le meurtre, la vengeance appelait la vengeance. L’Europe que la guerre a si souvent meurtrie. L’Europe ravagée par la guerre de Trente Ans qui lui coûta 20 ou 30 millions de morts. L’Europe qui par deux fois au XXe siècle faillit être anéantie par les guerres mondiales qu’elle avait engendrées. L’Europe qui à force de violence avait fini par faire naître au milieu de la civilisation la pire des barbaries. L’Europe un jour a décidé de surmonter les haines qui l’entraînaient vers l’abîme. La paix perpétuelle, l’Europe y pensait depuis le XVIIIe siècle. Les nationalismes en avaient décidé autrement. Les idéologies s’en étaient mêlées avec leurs affrontements sans merci qui ressemblaient aux anciennes guerres de religions. Puis le totalitarisme était né et il avait failli emporter toute la civilisation. L’homme européen avait failli disparaître. En un temps où une guerre de plus venait de s’achever, où l’Europe découvrait, effarée, qu’elle avait pu engendrer l’horreur des camps, où un autre totalitarisme étendait son emprise sur la moitié du continent, où la troisième guerre mondiale paraissait inévitable, des hommes de bonne volonté décidèrent que le moment était venu de rompre avec le cycle de la vengeance et de montrer au monde qu’un idéal de paix et de fraternité pouvait être plus fort que la soif de revanche et le souvenir du malheur. « Il ne faut pas que ce malheur se répète » déclara Churchill en 1946, et il ajouta : « nous n’avons pas beaucoup de temps ». Cet homme qui fut si grand dans la guerre fut le premier à proclamer la nécessité de l’Europe parce qu’il ne voyait de grandeur que dans la paix. A ce moment est né l’idéal européen. Car l’Europe est un idéal. Un idéal que j'ai fait mien. Je suis un Européen de cœur, de raison, de convictions. Et je n'ai pas l'intention de renoncer le moins du monde à cet idéal au prétexte qu'il y a une incompréhension entre l'Europe et tant de nos compatriotes.
L’Europe c’est d’abord la volonté que les valeurs de la civilisation européenne ne soient pas anéanties par la guerre civile européenne.
Cette volonté fut d’abord une volonté française.
Il fallait que de la France vînt le geste qui allait permettre d’en finir avec la fatalité de la haine et d’espérer de nouveau. La France en prenant l’initiative de la réconciliation franco-allemande signait l’acte de fondation de l’Europe. Qu’il me soit permis de rendre ici hommage à trois Français d’exception qui furent, contre les sentiments, contre l’opinion encore marquée par les souffrances de la guerre, les artisans de cette réconciliation qui allait changer le cours de l’histoire. Je veux rendre hommage à Jean Monnet, qui le premier fit entrer le rêve européen dans la réalité en scellant la réconciliation franco-allemande autour du charbon et de l’acier. Il dort au Panthéon où François Mitterrand l’accueillit par ces mots : « L’Europe restera, quoi qu’il advienne, celle de Jean Monnet ». Je veux rendre hommage à Robert Schuman, cet homme de la frontière comme il se définissait lui-même. Cet Européen qui avait trois patries et qui choisit d’être Français sentit le premier que Monnet avait raison. Lui qui vivait depuis l’enfance l’antagonisme franco-allemand comme une déchirure de tout son être mit dans le combat européen toute sa raison, tout son cœur, toute sa foi. Et sa foi souleva les montagnes. Je veux rendre hommage au Général de Gaulle pour avoir accompli la vraie réconciliation franco-allemande, celle qui unit les cœurs et les âmes. Celui qui avait été l’esprit de la Résistance, celui qui incarnait l’indépendance de la nation, celui que l’on n’attendait pas là, fut celui qui trouva les mots et les gestes qui touchèrent les cœurs allemands et élevèrent les âmes françaises au-dessus du ressentiment. Fait exceptionnel, il accueillit chez lui le Chancelier d’Allemagne et il lui dit : « C’est avec honneur que la France vous reçoit ». Il alla dire ensuite à la jeunesse allemande : « Je vous félicite d’être de jeunes Allemands ». Le Général De Gaulle voulait que l’Europe fût européenne, c’est-à-dire indépendante. Il voulait qu’elle respectât les nations. Il voulait qu’elle existât par elle-même sur la scène du monde. Et que voulons-nous d’autre au fond ? Chaque fois que nous nous sommes éloignés de cet idéal nous avons affaibli l'Europe. Le Général De Gaulle honora la signature par la France du traité de Rome. Il inséra son économie dans l’économie européenne. Il mit en œuvre le marché commun et la politique agricole commune. De Gaulle fut un grand Européen en même temps qu’il fut un grand Français.
Monnet, Schuman, De Gaulle n’ont pu accomplir ce qu’ils ont accompli que parce qu’ils ont trouvé en face d’eux d’autres hommes d’Etat d’exceptionnelle stature qui voulaient en finir eux aussi avec la guerre civile. Je pense à Conrad Adenauer, à Alcide de Gasperi, à Paul-Henri Spaak, Pierre Pfimlin et à tous ceux qui après eux ont fait de l’Europe le combat de leur vie. Ils ont, comme le disait le Général De Gaulle, « voulu reprendre sur des bases modernes, économiques, sociales, stratégiques, culturelles, l’entreprise de Charlemagne ». Car il existe une conscience européenne qui vient de l’histoire la plus ancienne, qui vient de la civilisation, qui vient de la religion.
Le grand dessein de l’unité européenne n’est pas une chimère parce que l’Europe rêve depuis toujours de cette unité que les souvenirs de Rome et de la chrétienté font vivre dans l’esprit de chaque Européen tout à la fois comme une nostalgie et comme un projet. Dans la formation de la conscience européenne il y a eu le rêve brisé de Charlemagne et celui du Saint Empire, les Croisades, le grand schisme entre l’Orient et l’Occident, la gloire déchue de Louis XIV et celle de Napoléon, la grande tourmente de la Révolution Française qui voulait renverser les trônes pour faire l’Europe des peuples. Il y a eu les grands cauchemars totalitaires et le rideau de fer. Il y a eu le Printemps de Prague et la chute du Mur.
L’unité de l’Europe, les savants et les artistes n’ont jamais cessé de la faire dans leurs œuvres. D’un bout à l’autre du continent, l’Europe fut tour à tour romane, gothique, baroque, romantique, surréaliste. Elle fut tour à tour scolastique, humaniste, rationaliste. Elle s’incarna tour à tour dans Saint Bernard, Erasme, Galilée, Newton, Kant, Pasteur, Einstein. Descartes, Voltaire, Goethe furent partout chez eux en Europe comme chacun d’entre nous aujourd’hui s’y sent chez lui. L’Europe a toujours été une civilisation commune à tous les Européens. Mais pendant des siècles toutes les tentatives pour transformer cette unité de civilisation en unité politique ont échoué. Pendant des siècles les plus grands génies politiques n’ont pas réussi à forger l’unité de l’Europe parce qu’ils ne croyaient qu’à la force. L’unité de l’Europe a commencé à devenir possible quand les Européens se sont mis à croire pour eux-mêmes à la force des principes qu’ils avaient enseignés aux autres hommes. L’unité politique de l’Europe a commencé à devenir possible quand les Européens se sont mis à croire davantage au droit qu’à la force. La grande idée des pères fondateurs a été de créer pas à pas, par l’économie et par le droit, les conditions qui permettraient à la personnalité de l’Europe de s’exprimer chaque jour davantage. Leur coup de génie a été de commencer par la mise en commun d’intérêts parfaitement identifiables, d’aller vers l’idéal en partant de ce qu’il y avait de plus matériel. En choisissant le long effort de l’économie pour tisser peu à peu entre les peuples des liens indéfectibles et des coopérations sans cesse plus étroites, Monnet s’était souvenu du patient travail de la terre de son enfance et c’est sans doute par-là qu’il a été le plus grand.
On a souvent critiqué cette politique du pas à pas et ce choix de mettre l’économie avant la politique. Mais c’est cette démarche humble et patiente qui a permis d’aller du marché commun jusqu’à la monnaie unique sans heurter le sentiment national sur lequel le rêve européen pouvait à chaque instant se briser. L’Europe aurait-elle pu se faire autrement ? Qui le saura jamais ? Elle s’est faite ainsi et personne ne peut refaire l’histoire. Nous devons prendre l’histoire de la construction européenne comme l’histoire de France là où elles en sont et les continuer. Ce qui ne veut pas dire que nous sommes obligés d’imiter ceux qui nous ont précédés. Mais ce qui veut dire que, pour l’Europe comme pour la France, la table rase est impossible. Nul ne peut repartir de zéro. Ce qui a été accompli est immense. Ne serait-ce que parce que, sur notre continent, les peuples ont perdu l’habitude de se faire la guerre, et parce que depuis plus d’un demi-siècle ils ont pris celle d’appeler Europe leurs valeurs et leurs intérêts communs. L’Europe comme idéal de paix et de fraternité s’est inscrite dans les consciences. Au sortir de la dernière guerre, au milieu de tant de ruines et de tant de victimes, nul n’aurait jamais cru qu’un tel miracle put un jour s’accomplir. La construction européenne ce fut la paix. Ce fut la reconstruction. Ce furent les Trente Glorieuses. Ce fut l’ouverture des frontières. Ce fut la liberté plus forte que la dictature. Ce fut la réunification du continent. L’Europe en cinquante ans a plus accompli qu’aucun Européen aurait pu l’espérer. La crise actuelle de l’Europe est d’autant plus douloureuse que ses succès furent grands.
Car il nous faut regarder la réalité en face : l’Europe traverse une crise, cette crise est grave, cette crise est profonde, cette crise doit être résolue sans attendre. Et, je veux le dire à tous ceux qui aiment l’Europe, à tous ceux qui partagent avec moi le même idéal européen, la même conviction que l’Europe est, pour tous les Européens, une nécessité vitale. Je veux le dire à tous nos partenaires : ce n’est pas le « non » néerlandais et français à la Constitution européenne qui est responsable de la crise de l’Europe. C’est la crise de l’Europe qui est responsable du rejet de la Constitution. Cette crise n’est pas néerlandaise ou française. Elle est européenne. Cette crise n’est pas conjoncturelle. Elle vient de loin. Cette crise n’est pas institutionnelle. Elle est politique, elle est morale, elle est culturelle. Cette crise est une crise de la civilisation européenne. Après avoir été si longtemps le moyen de résoudre la crise de la conscience européenne confrontée aux crimes inouïs qu’elle avait laissés commettre, la construction européenne en est devenu le facteur aggravant. Comment en est-on arrivé là ? Comment s’est installée dans les esprits cette idée que l’Europe n’est plus une promesse mais une menace ? Comment ce qui avait pour but de rapprocher les peuples s’est-il mis à creuser un fossé de plus en plus profond entre le peuple et les élites ? Comment ce qui était ressenti comme l’expression d’une volonté commune s’est-il mis à être ressenti comme l’alibi d’un renoncement collectif ? Comment ce qui était aux yeux de tous un levier pour agir a-t-il pu donner le sentiment à chacun qu’il était obligé de subir ?
Malraux disait : « L’Europe sera volonté ou mort ». Où est la volonté de l’Europe ? Aucune Constitution européenne, quelle que fût sa qualité, ne saurait répondre à cette question. Et si nous ne sommes pas très vite capables d’y répondre, l’Europe risque de mourir. Et avec elle une certaine idée de la France. Je veux dire ma tristesse devant la réunion de Madrid où pour la première fois depuis 1945 18 pays européens se sont réunis pour parler de l'avenir de l'Europe sans la France. Ce n'est pas l'idée que je me fais de l'Europe. Ce n'est pas l'idée que je me fais de la France. La fuite en avant de résoudra rien. Se voiler la face non plus. Répéter que tout va bien et qu’il ne faut surtout rien changer nous conduirait tout droit à la catastrophe.
Je veux l’Europe, je la veux de toutes mes forces, de toute mon âme, de tout mon cœur et de toute ma raison. Je la veux parce que je veux la paix. Je la veux parce que je veux que l’homme européen continue de vivre, parce que je veux que l’humanisme européen prenne toute sa place dans la civilisation mondiale. Je la veux parce que j’aime mon pays. Je la veux parce que j’aime la France et parce que la France ne peut pas s’en sortir sans l’Europe, parce que la France ne peut pas peser sur les affaires du monde sans l’Europe, parce que la France ne pourra rien sans l’Europe.
Mais je veux que l’Europe change, parce que si elle ne change pas il n’y aura plus d’Europe. J’ai toujours dit oui à l’Europe, j’ai dit oui à l’Acte Unique, à la monnaie unique, à la Constitution européenne. Et parce que j’ai toujours dit oui à l’Europe j’ai le devoir de dire aujourd’hui à tous les Européens sincères que nous ne pouvons pas continuer comme cela. Nous avons fait l’Europe pour agir, pas pour subir. Nous avons fait l’Europe pour vouloir, pas pour renoncer. Nous avons fait l’Europe pour mettre en commun nos forces, non pour partager nos faiblesses. Nous avons fait l’Europe pour mieux protéger les Européens, non pour les rendre plus vulnérables.
Nous avons fait l’Europe pour la démocratie et non pour la bureaucratie. Nous avons fait l’Europe pour que les pays travaillent ensemble et non pour tenir le peuple à l’écart. Je veux l’Europe, mais je ne veux pas d’une Europe au rabais, d’une Europe médiocre, d’une Europe sans ambition qui se contenterait d’empêcher les Etats d’agir sans s’en donner à elle-même les moyens. Je veux l’Europe, mais je ne veux pas d’une Europe paralysée par ses contradictions, d’une Europe immobile, quand dans le monde tel qu’il est l’immobilité est mortelle. Je crois à l’ordre et au mouvement pour la France. J’y crois aussi pour l’Europe. Et je suis convaincu que l’un n’est pas possible sans l’autre. Je crois à l’identité nationale et à l’identité européenne. Et je suis convaincu que l’une a besoin de l’autre. Je crois que nous devons cesser de faire de l’Europe le bouc émissaire de tous nos malheurs et la cause de toutes nos défaillances. C'est une question d'honnêteté et de courage. Mais je crois que l’Europe doit cesser d’ignorer le cri de révolte des peuples qui se sentent dépossédés de leur destin. D’où vient ce sentiment sinon d’un abandon des principes fondamentaux de la construction européenne. Dans l’esprit des pères fondateurs il s’agissait de produire ensemble, d’inventer ensemble, de travailler ensemble, de vivre ensemble. Qu’en reste-t-il dans une Europe qui ne voudrait parler de rien d’autre que de la concurrence, du libre-échange et de la force de sa monnaie ?
En élargissant l’Europe sans réformer auparavant ses institutions on l’a diluée et dépolitisée. Cette dépolitisation est allée trop loin. Trop de politique tue la politique, mais pas assez de politique tue la liberté. Depuis 25 ans on dit qu’il n’y a qu’une seule politique possible, qu’une seule pensée possible, qu’une seule Europe possible. Depuis 25 ans on répète aux Européens qu’ils n’ont pas le choix. Mais quand on ne donne pas à un peuple la liberté de choisir, il finit toujours par la prendre. Un jour il se lève et il dit « non » ! On comprend mieux la force du « non » à la Constitution européenne quand on se rend compte qu’il est paradoxal de parler de l’Europe politique alors que dans le même temps on dépolitise l’Europe. Il est paradoxal de vouloir organiser une démocratie européenne et de nier en même temps la liberté de choix. Il est paradoxal de vouloir donner une Constitution à l’Europe et en même temps de dissoudre son identité et sa cohésion en augmentant sans cesse le nombre des Etats membres.
Je veux une Europe qui ait une existence politique, et qui ait une identité, et par conséquent une Europe qui ait des frontières. Je veux une Europe où tous les pays du monde, fussent-ils démocratiques, n’aient pas vocation à entrer. La Turquie, qui n’est pas un pays européen, n’a pas sa place à l'intérieur de l'Union Européenne. L'Europe sans frontière c'est la mort de la grande idée de l'Europe politique. L'Europe sans frontière c'est le risque de la voir condamner à devenir une sous-région de l'ONU. Je ne l'accepte pas. Je veux une Europe où le chacun pour soi soit banni. Je veux une Europe où un pays qui a signé les accords de Schengen ne puisse pas procéder à des régularisations massives de clandestins sans demander l’avis de ses partenaires ou alors pourquoi construire un espace commun. Je veux une Europe à l’intérieur de laquelle aucun Etat ne puisse pratiquer de dumping social. Je veux une Europe où les aides européennes ne puissent pas servir à financer du dumping fiscal au détriment des autres Etats membres.
Maintenant que la paix est assurée et le continent réunifié, c’est au regard de la mondialisation qu’il faut concevoir l’avenir de l’Europe. La mondialisation est un fait. Un fait aussi plein d’espoir que lourd de menaces. C’est une partie de l’humanité qui s’arrache à la misère, une autre qui s’enfonce dans la pauvreté. C’est la détresse au milieu de l’abondance. C’est la misère matérielle et morale de l’ouvrier du Tiers-Monde exploité jusqu’au bout de ses forces. La mondialisation c’est la croissance économique mondiale plus forte que jamais. C’est aussi le réchauffement climatique et les émigrants qui s’entassent dans des pirogues pour traverser la mer. La mondialisation c’est les droits de l’homme et la démocratie. C’est aussi le terrorisme et le fanatisme religieux. La mondialisation c’est l’ouverture des frontières. C’est aussi les murs qui un peu partout s’élèvent pour séparer les peuples. La mondialisation c’est l’avènement de la première civilisation mondiale. C’est aussi la plus grande menace qui ait jamais pesé sur la diversité culturelle. La mondialisation c’est la raison trop sûre d’elle-même qui provoque le retour en force de l’irrationnel et de l’obscurantisme. La mondialisation c’est l’occidentalisation du monde confrontée au rejet de l’Occident. On ne peut pas continuer de répondre à la souffrance sociale et à des angoisses légitimes : « c’est triste mais on n’y peut rien ». On ne peut pas continuer de répondre à l’angoissante question de l’avenir que « le marché est tout et la politique rien ». Je n’accepte pas cette idée. L’accepter ce serait faire le lit de tous les extrémismes. Je n’accepte pas l’idée que le combat politique ne serve à rien. Je n’accepte pas l’idée que la mondialisation soit le nouveau nom de la fatalité. La politique est impuissante quand elle ne veut rien. Quand on ne veut rien, on ne peut rien. Voilà ma conviction. Seule la politique peut mettre la mondialisation au service de l’homme. Seule la politique peut prévenir la révolte de l’homme contre une mondialisation dont il a le sentiment qu’elle l’asservit au lieu de le libérer. L’avenir n’est écrit nulle part. Le pire serait de subir. C’est pour cela que l’Europe doit se construire. Je veux une Europe qui ne reste pas les bras croisés face à la mondialisation. Je crois aux vertus de la concurrence mais je ne crois pas que la concurrence soit une religion, ni qu’elle soit efficace en toutes circonstances. Je crois que trop de concurrence tue la concurrence comme trop d’impôt tue l’impôt. Au minimum je veux une concurrence loyale.Je crois aux avantages du libre-échange mais un libre-échange maîtrisé, régulé, où l’Etat intervient pour compenser les dumpings monétaires, sociaux ou écologiques. Je crois à la nécessité d’une gestion rigoureuse de la monnaie, mais au service de l’économie et non l’inverse. La France ne peut rien toute seule. Face à la mondialisation et aux forces immenses qu’elle met en œuvre, la France a besoin de l’Europe. L’Europe est aujourd’hui la seule force capable de contrebalancer toute tentation hégémonique dans le monde. La seule capable de s’opposer à la toute-puissance du marché. La seule capable transformer la mondialisation de l’intérieur. La seule en mesure de porter un projet de civilisation.
|  | L’unité de l’Europe, la France la veut. Mais que veut l’Europe ? Nous avons fait la PAC, nous avons fait le marché unique, nous avons fait l’euro pour pouvoir mieux agir ensemble dans le monde. Regardons la réalité telle qu’elle est aujourd’hui. Au lieu de progresser, l’Europe s’enlise. Quand l’économie mondiale connaît une croissance sans précédent la zone Euro alterne de longues périodes de stagnation et de brèves périodes de reprise en forme de feu de paille. Quand face à la mondialisation tous les pays ont une stratégie tournée vers la croissance, l’Europe s’enferme dans des politiques restrictives. Quand les autres cherchent à se protéger, l’Europe se désarme. Je veux que l’Europe redevienne un projet. Je veux remettre la volonté politique au cœur de l’Europe. Je veux que l’on refasse l’Europe des politiques communes plutôt qu’une Europe sans politique. Les Français ont dit non à la Constitution européenne parce qu’ils avaient le sentiment que l’Europe ne les protégeait plus et qu’elle faisait d’eux non des acteurs mais des victimes de la mondialisation. La conséquence de ce qui s’est passé c’est qu’avant de refonder politiquement l’Europe nous devons la refonder économiquement et socialement. Dans la situation actuelle, l’ambition de tous les Européens qui veulent l’accomplissement du rêve européen devrait être de redéfinir les principes et les règles de l’union économique et monétaire en les inscrivant dans cette dimension humaniste et sociale qui fait aujourd’hui tant défaut à l’Europe. La priorité doit désormais être donné à la croissance, à l'emploi, à la stratégie industrielle et disons le tout net, à la protection de nos intérêts. Si nous ne le faisons pas personne ne le fera à notre place. Car nul ne fera aimer l’Europe si celle-ci est perçue comme un facteur d'appauvrissement et non de prospérité, si elle est perçue économiquement et socialement comme une cause de régression et non de progrès, si le sentiment ne s’y retrouve pas autant que la raison. Nous devons être capables de proposer aux peuples européens une Europe dotée d’un gouvernement économique qui défende les intérêts des Européens, qui ait son mot à dire sur la politique monétaire et sur la politique de change. Nous devons être capables de proposer aux peuples européens une Europe où la politique monétaire ait aussi pour objectifs la croissance et l’emploi et pas seulement l’inflation. Nous devons être capables de leur proposer une Europe qui se donne les moyens de se protéger contre les abus de ses concurrents et contre les dumpings asiatiques, et, qui exige en toutes circonstances la réciprocité. Nous devons être capables de leur proposer une Europe où la commande publique puisse être utilisée pour soutenir les PME et les industries naissantes. Nous devons être capables de leur proposer une Europe qui protège ses activités stratégiques contre les prédateurs. Nous devons être capables de leur proposer une Europe où le droit de la concurrence n’empêche pas l’émergence de champions européens de dimension mondiale. Nous devons être capables de leur proposer une Europe où un rapprochement européen d’entreprises ne puisse pas être interdit parce qu’il est présumé pouvoir engendrer un abus de position dominante. Nous devons être capables de leur proposer une Europe où les dogmes de la concurrence n’interdisent pas les politiques industrielles. Nous devons être capables de leur proposer une Europe où l’économie de la connaissance puisse être encouragée par tous les moyens. Une Europe qui crée, qui invente, qui innove. Nous devons être capables de leur proposer une Europe qui aide à maîtriser l’immigration et non une Europe qui l’empêche. Nous devons être capables de leur proposer une Europe qui se donne au moins les moyens de faire ce que font les Etats-Unis qui savent parfaitement protéger et promouvoir leurs intérêts. Quand nous avons sauvé Alstom nous aurions dû trouver l |
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