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Au mois de février 2008 l'histoire si tourmentée des Balkans a entamé une nouvelle étape vers l'appaisement. A moins que cette région, déjà connue depuis le début du XXe siècle sous le surnom de « poudrière des Balkans » ne résèrve à l'Europe et au monde d'autres soubresauts. Les lignes qui suivent vont tenter de retracer le fil des événements et d'en identifier les causes et les enjeux.
L'événement
Le 3 février 2008 à Belgrade la coalition démocrate et pro-européenne formée par le parti du Président Boris Tadic et le parti du Premier Ministre Vojislav Kostunica, au pouvoir depuis mi-2007 a été réconduite à la tête de la Serbie à l'issue des éléctions. Deux semaines plus tard, la Province du Kosovo a proclamé, unilatéralement, son indépendance.
Face à cet événement, l'opinion publique serbe, ainsi que la coalition au gouvernement, se sont retrouvées partagées entre deux réactions, aussi opposées que le passé et l'avenir. Boris Tadic opposé à la reconnaissance par la Serbie de l'indépendance du Kosovo, a cependant exhorté, en pro-européen convaincu, les élites politiques serbes à se concentrer sur les negociations d'adhésion à l'UE, et à ne pas s'acharner sur la question de la province.
En revanche, le Premier Ministre Kostunica, nationaliste modéré, a martelé que le Kosovo appartenait à la Serbie, qui ne cessera jamais de le revendiquer. Ces propos, ainsi que ceux des nationalistes radicaux du gouvernement, ont alimenté les manifestations de colère d'une partie de la population serbe au nord de la province et à Belgrade, où l'ambassade des États-Unis a été attaquée. Kostunica a dénoncé aussi le « chantage de l'Union Européenne » à la suite de l'avertissement de Javier Solana, qui a prévenu la Serbie que sans l'arrêt des violences, l'UE ne signera pas le Pacte d'Association et Stabilisation avec la Serbie. Une autre partie de l'opinion serbe a vu dans les manifestations de violence la barbarie nationaliste du régime de Milosevic et déplore que ces actes renvoient à l'Europe une image défavorable à la Serbie.
L'indépendance du Kosovo a provoqué une crise politique à Belgrade. Le Premier Ministre Kostunica a demissioné et dissous le gouvernement le 8 mars, obligeant ainsi le Président à convoquer des élections législatives anticipées. Kostunica considère que le soutien européen à l'indépendence de la province rend impossible le rapprochement de la Serbie avec l'UE. Vu sa position, les chances pour qu'il forme une alliance avec les ultranationalistes pro-russes augmentent. Cette nouvelle formation devrait-elle gagner lors des législatives de mai, les efforts de la Serbie pour l'adhésion à l'Union Européenne se verraient compromis.
Un Nouvel État est né
Le Kosovo représente 15% du territoire de la Serbie; il est habité par un peu moins de 2 milions d'albanais (musulmans) et seulement 200 000 (environ) serbes, concentrés dans trois départements du nord de la province.
Dans sa rhétorique nationaliste agressive, Milosevic invoquait la désormais fameuse bataille du Champ du Merle de 1389, qui à ses yeux justifiait sa volonté de garder le contrôle serbe sur la province. Mais le Kosovo est-il vraiment « le berceau de la civilisation serbe » ou cette expression est-elle le résultat d'un orgueil national qui tend à se réappropier l'histoire? Retraçons brièvement l'histoire politique de la province.
Pendant l'Antiquité, le territoire du Kosovo était habité par les illyriens, considérés comme les ancêtres des Albanais d'aujourd'hui. A partir du IXe siècle, commence l'expansion du Royaume Serbe au Kosovo, durant laquelle de nombreux lieux de culte orthodoxes sont édifiés, dont certains appartiennent de nos jours au patrimoine mondial de l'UNESCO. La Serbie perd ensuite le Kosovo, et progressivement, son indépendance, après la défaite infligée par les Ottomans à Kosovo Polje (le Champ du Merle) en 1389. Pendant la République Féderale Socialiste Yougoslave de Tito, le Kosovo a le statut de province autonome, au même titre que la Serbie. Les années '80 voient la montée de la vague nationaliste serbe, qui prône une refonte de la fédération Yougoslave sous la houlette de la Serbie. Porté par cette vague, Milosevic supprime en 1989 l'autonomie de la province.
Le Kosovo proclame une première fois son indépendance en 1991. Néanmoins, les Accords de Dayton (qui mettent fin à la guerre de Bosnie) signés à Paris en 1995 reconnaissent l'existence d'une République Fédérale Yougoslave qui comprend, à part la Serbie, le Montenegro, la Voïvodine et le Kosovo. En 1997, l'Armée de Libération du Kosovo (UCK) revendique des attentats perpétrés contre l'armée et la police serbes. Sous couvert de lutte anti-terroriste, l'armée de Milosevic s'adonne alors à une répression arbitraire dans la province, en essayant de chasser les Kosovars vers l'Albanie. Le bilan de l'intervention serbe au Kosovo en 1998 et 1999 est très lourd: plus de 10 000 morts et 1 milion de réfugiés. Craignant une nouvelle tentative de purification ethnique, l'Alliance Nord-Atlantique, en survolant la Roumanie, procède à des frappes aériennes sur la Serbie et entre au Kosovo en 1999.
Depuis cette date, le Kosovo est placé sous l'autorité de la Mission d'Administration Intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK), dirigée par un représentant du secrétaire général de l'ONU. Son statut est régi par la Résolution 1244 du Conseil de Sécurité, qui lui accorde « une autonomie substantielle ». La même année, les États-Unis commencent au sud du Kosovo la construction de la plus grande base militaire américaine à l'étranger, Camp Bondsteel, qui abrite aussi les 7 000 militaires de la KFOR (force de maintien de la paix de l'OTAN).
Comme le préconisait le rapport de Martti Ahtisaari en 2007, le Parlement kosovar a proclamé l'indépendence de la petite République le 17 février dernier. C'est le moment le plus opportun: Camp Bondsteel est achevé, les discussions en vue de l'adhésion de la Serbie à l'UE ont débuté, et le président serbe pro-occidental à été réélu. Condolezza Rice a salué cette décision affirmant qu'il est « temps de dépasser le passé, de mettre fin aux tourments et à la souffrance dans les Balkans ». Selon elle, la Serbie doit se resigner à ce que le Kosovo ne lui appartienne plus jamais.
La réaction de la communauté internationale face à la déclaration d'indépendence
Le gouvernement de Belgrade et son allié traditionnel, la Russie, ont, bien entendu, refusé de reconnaître l'indépendence du Kosovo. Ils invoquent le respect des dispositions de la Résolution 1244 de l'ONU (qui prévoit une large autonomie de la province dans le cadre d'un état serbe) et la violation du principe du droit international de l'intégrité territoriale des États souverains. La Russie stigmatise également le risque de contamination sur son propre territoire. Pour elle, le Kosovo ne doit pas servir de précédent. Les diplômates serbes et russes ont exercé des pressions sur le Secrétaire Général de l'ONU, afin que la MINUK déclare « nulle et non-avenue » l'indépendence unilatérale du Kosovo ». Pour Joachim Rücker, le chef de la MINUK, « la Résolution 1224 (reste) le cadre légal de son mandat (...) en attendant des nouvelles directives de New York ».
N'étant pas reconnu par tous les États (et notamment par un membre du Conseil de Sécurité) le Kosovo ne pourra pas être représenté à l'ONU. En effet, craignant d'encourager le séparatisme de leurs propres minorités, qui pourraient revendiquer le droit collectif à l'autodétermination, plusieurs États de l'Union Européenne ont refusé à leur tour de reconnaître l'indépendence de la province: l'Espagne (séparatisme basque), la Bulgarie, Chypre (séparatisme turc), la Grèce (minorité macédonniene), la Roumanie et la Slovaquie (importantes minorités hongroises), ainsi que la République Fédérale de Bosnie et Herzegovine.
Les États-Unis, artisans de l'indépendance kosovare, ont été les premiers à la reconnaître. Ils ont été suivis par l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie. Paradoxe du fonctionnement de l'UE, si tous les États membres ne reconnaissent pas l'indépendance, les Vingt-Sept n'en ont pas moins décidé de déployer au plus vite une mission civile baptisée EULEX et composée de 1800 policiers et juristes, destinée à accompagner le Kosovo vers l'indépendence et de prendre, à terme, la relève de la MINUK.
Les enjeux énérgetiques et géostratégiques de la région
L'indépendence du Kosovo, ainsi que la construction d'une base militaire sur le territoire de la province, s'inscrivent dans une vision stratégique américaine pour les Balkans. Elle comprend la construction d'un oléoduc nommé AMBO (Albania-Macedonia-Bulgaria Oil) qui doit transporter à travers les Balkans le pétrole provenant de la région de la Mer Caspienne jusqu'à la Mer Adriatique, d'où il sera acheminé à bord de pétroliers vers l'Europe et l'Amérique. Tout comme les Européenns tentent de le faire avec la Russie, les États-Unis sont en train de diversifier leurs fournisseurs d'énergie, en cherchant des alternatives au producteurs du Moyen-Orient. Dans cette optique, Camp Bondsteel a été construit pour sécuriser ce couloir énérgétique, stabiliser la région et soutenir la Macédoine et l'Albanie dans leurs efforts d'adhésion à l'OTAN et à l'UE.
De son côté, la Russie s'appuie sur la Serbie pour défendre ses intérêts dans la région. Gazprom a notamment proposé de racheter NIS, la compagnie nationale des pétroles de Serbie, en echange de l'association de ce pays à son projet de gazoduc South Stream. Ce projet multiplie les voies d'alimentation de l'Europe au gaz russe et a pour mission de tuer dans l'œuf le gazoduc Nabucco, qui, dans le cadre de la stratégie européenne de diversification des sources d'aprovisionnement, devrait relier la région de la Mer Caspienne à l'Europe. Bien que l'offre russe est loin de correspondre à la valeur réelle de NIS, le gouvernement serbe hésite encore à lancer un appel d'offres à l'intention des entreprises européennes.
En plus de la fameuse théorie des dominos, c'est aussi pour cette raison que la Russie s'est fortement opposée à l'indépendence du Kosovo. Elle a notamment menacé d'intervenir militairement si l'UE devait parvenir à une position commune ou si l'armée serbe se voyait empêchée d'entrer dans la province. Il est fort peu probable que le président Tadic prenne cette initiative, même s'il devait co-habiter avec un gouvernement ultranationaliste. Avec la présence militaire américaine et atlantique dans la région, les Balkans sont a priori protégés contre une résurgence des conflits meurtiers.
Néanmoins, quelle sera la stratégie de la Serbie dans les mois et les années à venir? La République Serbe de Bosnie, pourra-t-elle invoquer le précédent du Kosovo pour se déclarer elle aussi indépendante? Une tentative d'unification des territoires habités par les serbes, dans un état reconnu par la communauté internationale, est-elle envisageable? C'est un scénario très peu probable sur le court et moyen terme. D'abord, en raison de l'engagement de la communauté internationale pour la cause de la multiethnicité. Ensuite, parce qu'après la derive nationaliste sanglante de l'ère Milosevic, il sera difficile de reconnaître aux Serbes le droit à une Grande Serbie, même en échange de garanties de democratie et de respect de ses voisins et des minorités. Finalement, parce qu'il appartient désormais à la Serbie à faire ses preuves sur la voie de l'intégration européenne et euro-atlantique.
Alexandra GEROTA Pôle Études Membre du Groupe Énergie et Europe Élargie

Avant le prochain sommet de l’OTAN, la France conclue un partenariat stratégique avec la Roumanie
Lundi 4 février, le Président de la République Française a efféctué une visite officielle en Roumanie, dont le principal objectif a été la signature d'un Partenariat Stratégique avec ce pays. L’Atelier Europe faisait partie de la délégation qui accompagnait le Président, par l'intermédiaire d'Alexandra Gerota. Nous vous livrons ici ses impressions.
 Les Présidents Sarkozy et Basescu
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La visite a duré cinq heures et a été ponctuée de rencontres-clé au sommet: après le déjeuner en compagnie du Président de la Roumanie Traian Basescu, les deux chefs d'État se sont entretenus sur le Partenariat Stratégique, avant de signer la Déclaration Commune d'Application de celui-ci. Ont suivi une conférence de presse commune, les discussions avec le Premier Ministre roumain Calin Popescu-Tariceanu, le discours de Nicolas Sarkozy devant les chambres reunies du Parlement roumain et une rencontre avec la comunauté française de Bucarest. |
Retours historiques
La Roumanie est un pays francophone, ami de longue date de la France et proche d'un point de vue culturel et linguistique. Bucarest a accueilli en 2006 le XIe Sommet de la Francophonie. Au cours du XXe siècle, la Roumanie a vécu tous les drames qui ont ravagé l'Occident. La singularité de son histoire réside aussi dans le régime communiste qu’elle a subi, l’un des plus oppréssifs de l'Europe de l'Est, qui a fait 2 millions de morts civils. Elle est redevenue une démocratie en décembre 1989 et depuis 1991, la Roumanie a un régime semi-présidentiel, inspiré du modèle français. Elle est actuellement le 7e pays de l'Union Européenne en termes de population (22 milions d'habitants).
Un pays en pleine renaissance
Lundi, le Président de la République s'est rendu dans une Roumanie en pleine renaissance, membre de l'OTAN depuis 2004 et de l'Union Européenne depuis 2007. Cette visite a été très attendue par la population roumaine et le Président Traian Basescu, qui a souhaité recevoir Nicolas Sarkozy avec les honneurs militaires, sur l'esplanade du Palais de Cotroceni.
Pour le Président Français, « cette visite à Bucarest, au-delà de sa portée symbolique et politique, est d'abord (...) l'occasion d'écouter les autorités roumaines, pour préparer au mieux1» la Présidence Française de l'UE et la mise en œuvre de ses domaines prioritaires d'action.
La Roumanie devient ainsi le premier pays parmi les nouveaux adhérents avec lequel la France entend consolider ses rélations bilatérales et européennes, par le biais d'un partenariat stratégique d'une durée de 5 ans, renouvelable, et assorti d'une feuille de route qui sera mise en oeuvre par les ministères de ressort. Ce sont les instruments d'une collaboration renforcée au niveau politique, économique, stratégique et énérgétique.
Au niveau économique, la France est le troisième partenaire commercial de la Roumanie (après l'Italie et l'Allemagne). Parmi les dix entreprises les plus importantes en Roumanie, trois sont françaises (Renault, Orange et GDF). Il reste néanmoins des lacunes à combler dans les rélations économiques bilatérales, par rapport à l'attribution des marchés publiques et aux privatisations. Ce qui plus est, si la clause de la préférence communautaire dans le cadre de la PAC est adoptée pendant la Présidence française de l'UE, cela ne pourrait que bénéficier à la Roumanie, grand pays agricole.
La Roumanie a la deuxième frontière exterieure la plus longue de l'Union Européenne (2500 km), trois de ses États voisins n'étant pas membres de l'UE et de l'OTAN (la Serbie, l'Ukraine et la République de Moldavie). A travers une coopération renforcée, la France aidera la Roumanie à sécuriser ses frontières, afin de mieux lutter contre le travail illégal et l'immigration clandestine en provenance des pays tiers, et à reprendre l'acquis Schengen, en vue de sa prochaine entrée dans l'éspace du même nom. La Roumanie aura donc « un rôle primordial à jouer dans les réflexions sur l'avenir de l'Europe, sur l'élargissement, sur la politique de voisinage, sur la Mer Noire et ses enjeux1 » .
Le volet énergétique : Nucléaire et Nabucco
Dans le domaine de l'énérgie, l'objectif de la politique européenne est de diversifier et de sécuriser les voies d'approvisionnement, et de promouvoir les énérgies « low carbon ». C'est la raison pour laquelle la Roumanie a fait à son tour le choix de l'énérgie nucléaire, sur le modèle de son partenaire français.
De plus, lors de la conférence de presse commune, le président Traian Basescu a affirmé que la Roumanie soutiendra Gaz de France dans le projet de gazoduc Nabucco qui reliera le Caucase à l'Union Européenne- une question très importante pour la France et pour la sécurité énergétique de l’UE.
La question du Kosovo
Le consensus n'a pas été entier sur l'indépendence du Kosovo. Le Président Sarkozy considère l'indépendence de la province des Balkans « inévitable », alors que le Président Basescu, tenant compte de l'experience transnistriene de la République de Moldavie a déclaré qu'il ne reconnaîtra pas « une indépendence unilatérale du Kosovo ». Il a affirmé néanmoins que la Roumanie restera un partenaire fidèle des décisions de l'UE.
Un partenaire fiable pour l’UE et l’OTAN
Et c'est le souhait de l'Union Européenne et de l'OTAN de s'associer pleinement avec la Roumanie. « Tous les pays des Balkans ont vocation à adhérer à l'Union Européenne, y compris des pays comme la République de Moldavie », a déclaré Nicolas Sarkozy lors de la conférence de presse. Si le destin des Balkans est d'intégrer les structures internationales, la Roumanie aura son rôle à jouer, compte-tenu de sa position géographique, sur le chemin qui relie les Balkans à la Russie.
La Roumanie a déjà démontré de manière concrète son engagement avec l'UE et l'OTAN, en envoyant des troupes en Bosnie-Herzegovine et en Afghanistan. « La Roumanie s'affirme ainsi comme l'un des grands pays de l'Europe1 » . Le renforcement de la défense européenne, une des principales priorités de la Présidence française, se fera « en étroite complémentarité avec l'Alliance Atlantique1 » et ne laissera donc pas de côté la Roumanie.
Peu après l'allocution du Président de la République, les chambres reunies du Parlement de la Roumanie ont ratifié le Traité de Lisbonne. Le lendemain, l'Assamblée Nationale et le Sénat, reunies en Congrès à Versailles, ont procédé à leur tour à la ratification. La prochaine visite de Nicolas Sarkozy en Roumanie aura très probablement lieu début avril, à l'occasion du XXe Sommet de l'OTAN, qui se tiendra à Bucarest.
Alexandra GEROTA Pôle Journal / Rédactrice Pôle Études / Membre du Groupe Énergie et Europe Élargie
1 Discours de Nicolas Sarkozy devant le Parlement de la Roumanie, lundi 4 février 2008

Monsieur le Député européen Alain Lamassoure, Membre du bureau de la délégation des Députés européens UMP répond à notre question de la semaine "Les négociations avec la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie tendent à prouver que ces pays ne sont pas prêts à rejoindre l'UE. Pourtant les deux premiers devraient devenir membres en janvier et les négociations avec le troisième ne sont pas rompues alors que la Turquie s'obstine à refuser de reconnaître l'un des membres de l'UE. Un élargissement sans fin est-il l'unique objet de l'UE?" :
C’est bien l’impression qu’en retient l’opinion publique. Mais, heureusement, la réalité politique est aujourd’hui radicalement différente.
Il faut distinguer clairement le cas des pays balkaniques et celui de la Turquie.
Certes, Roumanie et Bulgarie ne sont pas vraiment prêtes. Mais selon le traité d’adhésion déjà signé et ratifié – et que personne n’a contesté chez nous, même au plus fort de la controverse sur la Constitution – leur entrée dans l'Union doit se faire au 1er janvier prochain ou, au plus tard, un an après. Tous ceux qui suivent le dossier s’accordent à penser qu’à ce stade, l’entrée immédiate assortie de réserves et d’un calendrier différé pour certaines politiques sera plus efficace que le report d’un an. L’expérience des huit autres pays de l’Est entrés en 2004 plaide également en ce sens. Pour nous, Français, l’arrivée de ces deux pays membres de la francophonie confortera plutôt notre position sur des sujets importants (politique agricole, diversité culturelle).
Vis-à-vis de la Turquie, en un an l’état d’esprit a complètement changé à cause d’événements survenus des deux côtés. Côté européen, la campagne référendaire en France et aux Pays-Bas a fait prendre conscience, au-delà de ces deux pays, de la profondeur de l’hostilité de l’opinion publique à l’élargissement de l’Union au-delà du continent européen ; ce sentiment est partagé dans une bonne moitié des Etats membres. Du coup, même le Président Chirac, jusque là sourd aux objections de son parti et de ses électeurs, freine des quatre fers en inventant même des conditions nouvelles (reconnaissance du génocide arménien), de manière d’ailleurs maladroite. Du côté turc, à l’approche de leurs élections générales du printemps prochain, les partis font de la surenchère pour tenir la dragée haute face aux exigences européennes. Au point que le gouvernement turc refuse toujours de reconnaître la république de Chypre, alors qu’il s’était engagé à le faire avant juin 2006. Résultat : la majorité du Parlement européen, qui avait massivement appuyé l’ouverture des négociations (malgré l’hostilité de l’UMP) il y a un an, est maintenant furieuse contre la Turquie et vient de voter un texte qui a un caractère d’ultimatum.
Enfin, Angela Merkel, José-Manuel Barroso et la plupart des chefs de gouvernement n’hésitent plus à dire publiquement que tout nouvel élargissement de l’Union est devenu inenvisageable tant que le problème de la Constitution ne sera pas réglé. C’est pourquoi Madame Merkel a annoncé que la solution de ce problème serait la priorité de la présidence allemande. Et elle est très intéressée par les propositions faites par Nicolas Sarkozy dans son discours fondateur du 9 septembre, que tous les gouvernements européens étudient maintenant à la loupe.
Nous remercions chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il nous apporte. Nous vous invitons à le retrouver sur son site.
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