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  Nous commençons cette semaine une série de questions consacrées au cinquantième anniversaire du Traité de Rome.
Monsieur le Député Alain Lamassoure ouvre cette série en répondant à une question d'histoire: "Pourquoi le Traité de Rome en 1957?"



    Le traité de Rome est né de la rencontre entre une volonté historique de quelques hommes de bonne volonté et deux événements inattendus.

    La volonté historique, c’est celle des « pères fondateurs » : Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer notamment, de mettre en place, entre les pays européens, un type de relations radicalement nouveau, qui rende la guerre impossible. Le traité charbon-acier (CECA) de 1951 en avait été la première réalisation.

    Les deux événements inattendus furent deux échecs graves. Le premier, c’est celui du second traité conçu par Jean Monnet, la Communauté européenne de défense (CED). Le 30 août 1954, l’Assemblé nationale française a rejeté sa ratification, moins par anti-européanisme, que parce que moins de dix ans après la guerre, la renaissance d’une armée allemande, même dans un cadre européen, effrayait encore une partie de la classe politique française : les temps n’étaient pas mûrs.

    Le second événement, c’est le fiasco de l’expédition militaire franco-anglaise contre l’Egypte lorsque Nasser à nationalisé le canal de Suez en 1956. Propriétaires du canal, les deux pays ont voulu le reprendre par la force. L’opposition catégorique de l’URSS et des Etats-Unis les a obligés à une retraite piteuse. C’est alors qu’est intervenu une coïncidence, très peu connue des historiens. Par un complet hasard, le 6 novembre, jour de la "capitulation" anglo-française, le Chancelier Adenauer était à Paris. Il dit alors à notre Ministre des Affaires étrangères, Christian Pineau :

    "La France et la Grande-Bretagne ne seront plus jamais des puissances comparables aux USA ou à l'URSS. Ni l'Allemagne non plus. Il ne leur reste qu'une façon de jouer un rôle décisif dans le monde: s'unir pour faire l'Europe. L'Angleterre n'est pas encore mûre, mais l'affaire de Suez contribuera à l'y préparer. Nous n'avons pas de temps à perdre : l'Europe sera notre revanche."

    Et ce n’est pas un Français, ni un Allemand, mais le Belge Paul-Henri Spaak qui a alors pris le relais pour lancer l’initiative politique qui a conduit à concevoir le « marché commun », complété par le traité Euratom. La Communauté économique européenne était née.

    Relais d’hommes de bonne volonté pour trouver des solutions imaginatives ; utilisation des événements, y compris des échecs, pour rebondir ; convergence des analyses chez les pays fondateurs, alors que la Grande-Bretagne hésite : tous les ingrédients d’il y a cinquante ans sont ceux dont nous avons besoin de nouveau aujourd’hui.



L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il lui apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.