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Nous terminons notre série consacrée au 50ème anniversaire du Parlement européen (voir ici et là). C'est Madame la Députée européenne Nicole Fontaine, ancienne Présidente du Parlement européen et ancienne Ministre qui répond à notre dernière question:
Un député européen doit-il défendre ses idées politiques ou les intérêts de son pays ? Le consensus en faveur d’une construction européenne au sein de l’hémicycle bruxellois ne contribue-t-il pas à brouiller son message ?
 
Il  y a quelques années, lors d’un débat radiophonique que j’avais eu avec Pervenche Berés quelques jours avant mon élection à la Présidence du Parlement européen, cette collègue avait fini par confier, sous la pression d’évidences qui l’embarrassaient : «de toute  façon, avant d’être européenne, je suis française, et avant d’être française, je suis socialiste !»
Cette réplique, qui avait choqué certains, ne faisait que traduire le clivage assez profond qui sépare d’une part ceux qui pensent qu’il existe un antagonisme ou une hiérarchie assez irréductibles entre les convictions politiques et les intérêts du pays auquel on appartient, et d’autre part ceux pour qui l’honneur et l’objectif de l’engagement politique consistent au contraire à rechercher comment ordonner les convictions politiques aux intérêts légitimes de son pays.
La première position repose sur la défiance a priori, et la seconde sur le volontarisme. La première est stérile, la seconde est constructive. C’est une différence majeure.
À l’échelle européenne, et donc au Parlement européen, les termes du débat sont simples : D’une part, c’est à la construction européenne, qui bannit le nationalisme exacerbé, que l’Europe doit la paix qu’elle connaît depuis près de soixante dix ans, après les tragédies fratricides qui l’ont déchirée et ruinée.  Construire l’Europe s’impose pour bannir la guerre. D’autre part, dans le monde tel qu’il est devenu, aucun de nos États européens ne peut plus revendiquer la position dominante, économique, linguistique, politique ou militaire, qu’il a pu avoir dans le passé, et notamment  au plan économique, à celui de la défense, et même à celui des produits culturels. Que compterait une France de 66 millions d’habitants, si elle décidait de s’isoler de façon protectionniste ou repliée, face au milliard et demi de Chinois dont les produits inondent et inonderont inexorablement tous nos marchés, et aux autres grandes entités régionales surpuissantes que sont les États-Unis, l’Inde, la Russie, et bientôt le Brésil ou d’autres ?
Le seul avenir réaliste de la France, c’est-à-dire  en fait son intérêt vital, est dans sa capacité d’influence au sein d’une Europe unie qui, avec ses 500 millions d’habitants et l’économie la plus forte du monde, peut seule être  de taille à résister et à compter sur la scène internationale pour défendre ses intérêts et protéger ses valeurs. L’Europe unie est le levier d’avenir de la France, si elle sait y prendre toute sa place, non pas pour la dominer mais pour convaincre et entraîner.
Le cas d’actualité des jeux olympiques de Pékin est exemplaire : si la France se positionne seule face au comportement chinois au Tibet, sa voix ne fera pas changer les choses et elle ne fera que perdre des marchés, par rétorsion. Si toute l’Europe est unie, et notamment sous la pression convaincante de la France, patrie des droits de l’homme, la Chine ne pourra pas, d’une manière ou d’une autre, dédaigner, immédiatement ou à terme, la position de l’ensemble du continent européen.
Dans ce contexte, opposer les convictions politiques et l’intérêt du pays n’a pas de sens. L’Union européenne n’est ni l’absorption des États et des nations qui la composent, dans un conglomérat au pouvoir supranational, ni une « auberge espagnole » qui serait réduite à la juxtaposition d’égoïsmes nationaux. La quasi-totalité des décisions, directives ou règlements européens, ne sont pas le fruit de consensus mous, mais l’aboutissement, souvent très laborieux, de compromis qui parviennent précisément à concilier dans une législation européenne commune à tous, à la fois les intérêts légitimes et les spécificités, souvent très ancrées, de chacun de nos États.
C’est en cela que le mandat de député au Parlement européen est exaltant. En supprimant progressivement, par des législations communes ou harmonisées, toutes les barrières héritées de l’histoire, qui, en subsistant, ne feraient du continent européen qu’un patchwork obsolète de pays, autrefois puissants, mais désormais petits ou moyens, et inadaptés au contexte nouveau du monde, nous construisons de façon positive, la nouvelle histoire, c’est-à-dire le nouvel avenir, de l’Europe.


Le consensus en faveur d'une construction européenne au sein de l'hémicycle bruxellois ne contribue-t-il pas à brouiller son message?


Je ferai deux observations :
La  première est qu’au terme des traités, le siège du Parlement européen est à Strasbourg, et non à Bruxelles, même si j’aimerais que le gouvernement français s’en préoccupe vraiment avant qu’il ne soit trop tard, car les pressions sont de plus en plus fortes et risquent de devenir à brève échéance, irrépressibles. Il en est de même d’ailleurs en ce qui concerne la marginalisation, qui s’est accélérée au cours des dernières années, du français au sein des institutions européennes.
Ma seconde observation est que le « consensus» auquel se réfère la question ne comporte qu’un dénominateur commun : celui de la conviction, qui est effectivement unanime ou quasi unanime, qu’en dehors de la construction européenne, il n’existe aucun avenir sérieux de puissance et de progrès pour chacun de nos États. Les valeurs de principe qui fondent l’Europe sont également largement partagées, et se retrouvent à la fois dans les traités et la charte des  droits fondamentaux, désormais intégrée au traité de Lisbonne. Mais sur le reste, les divergences sont vives et nombreuses et portent sur le comment de la construction européenne, son espace, sa philosophie économique et sociale, sa défense, ses cultures, … Le chemin de l’union est loin d’être un fleuve tranquille.
Pour avoir siégé au Parlement européen de façon quasi continue depuis 1984, mon grand regret restera d’avoir constaté que la grande majorité de la classe politique hexagonale n’a pas compris ou su comprendre son importance, alors que sa montée en puissance a été constante. Toutes les élections européennes que j’ai connues se sont faites essentiellement sur des enjeux politiques nationaux.
Au surplus, trop longtemps, les députés européens français se sont signalés par leur absentéisme, en raison notamment d’autres mandats électifs. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais ils restent réputés pour leur dispersion qui les condamne à l’impuissance au sein des groupes politiques où se prennent les décisions de vote dont les assemblées plénières ne sont que les « grand-messes » publiques. Un seul exemple : le groupe du PPE compte 288 députés. Les Allemands y sont 49 et les Français 18. Tous les postes importants, qui sont attribués équitablement sur la base de la règle d’Hondt, c’est-à-dire en fonction de l’importance numérique relative des délégations nationales, leur échappent de façon naturelle, et lors des votes internes, leur voix ne peut compter que pour ce qu’elle est.
La capacité à savoir convaincre ses partenaires, sans l’arrogance, réelle ou supposée, qu’on lui prête souvent est le vrai, pour ne pas dire le seul, problème de la France au Parlement européen.


L'Atelier Europe remercie chaleureusement Madame la Députée européenne pour sa participation aux Lundis de l'Europe.


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Conférence-débat
organisée par la Commission Europe du MEDEF et Confrontations Europe



Au cœur de l'agenda communautaire, la politique énergétique et environnementale constituent un thème majeur de réflexion pour l'Atelier Europe. En prévision de la future Présidence française de l'UE, le MEDEF, en partenariat avec Confrontations Europe, a choisi de consacrer à cette question la première d'une série de rencontres dédiées aux questions européennes. Elie Cohen, membre du Conseil d'Analyse Economique et professeur à Sciences Po, Nicole Fontaine, ancien ministre de l'Industrie et ancienne présidente du Parlement européen, Dominique Ristori, directeur général adjoint de la DG Energie Transports à la Commission européenne, Philippe Rosier, président du groupe de travail Energie de Business Europe, et Jean-Louis Schilansky, président du Comité Energie du MEDEF, ont successivement pris la parole. Jérôme Bédier, Président de la Commission Europe du MEDEF et Président de la Fédération des Etreprises du Commerce et de la Distribution, ainsi que Philippe Herzog, Président de Confrontations Europe, ont animé le débat.

Sous-capacité, dépendance, hétérogénéité des profils énergétiques : telles semblent être pour le moment les caractéristiques de la situation énergétique européenne. Il est donc urgent d’agir, afin de remédier à ces maux qui peuvent hypothéquer l’avenir, le tout en tenant compte des objectifs tout aussi urgents de lutte contre le réchauffement climatique. Peu à peu se dessinent ainsi les contours d’une révolution post-industrielle.


Les Européens sont-ils uni face au défi énergétique?

Pour Nicole Fontaine, la volonté traditionnelle des Européens de préserver leurs spécificités énergétiques nationales s'estompe face au poids des nouvelles réalités. Quatre phénomènes déterminent l'émergence d'une politique énergétique commune: les menaces sur la sécurité d'approvisionnement, la hausse du prix des hydrocarbures, l'aggravation du réchauffement climatique et la nécessité du développement durable. Sans renoncer à leurs différences, les Européens doivent harmoniser leurs mix énergétiques afin de réduire leur consommation globale d'hydrocarbures. L'énergie nucléaire jouera ici un rôle essentiel.

Une politique industrielle européenne est aujourd'hui une nécessité urgente. Mais si la Commission a raison de vouloir harmoniser les régulations nationales (fût-ce par la création d'une Agence européenne de régulation) l'unbundling (c'est-à-dire la séparation patrimoniale des infrastructures de production et de transport et le démantèlement des entreprises intégrées) comporterait en revanche des conséquences réellement indésirables.

Pour Dominique Ristori, les Européens s'accordent aujourd'hui sur l'objectif d'une économie européenne faiblement émettrice de gaz à effet de serre. L'objectif d'une réduction globale de 20% des émissions d'ici à 2020, proposé par la Commission en janvier et adopté par le Parlement européen et le Conseil européen du mois de mars, esquisse les contours d'une révolution post-industrielle. Le nucléaire a évidemment toute sa place dans ce processus.

Les dernières propositions de la Commission ne constituent qu'une partie d'une future politique énergétique globale. L'important est que des objectifs soient désormais fixés pour l'ensemble de l'Union européenne. Le dialogue sur leur mise en oeuvre va se poursuivre.
Le renchérissement des hydrocarbures s'explique par différents éléments (raréfaction des ressources, crises géopolitiques...) mais se trouve également exacerbée par les conséquences du sous-investissement au cours des 25 dernières années, en Europe et dans le monde. On estime que 20 trillions d'euros devront être investis au cours des deux prochaines décennies, dont 900 milliards pour l'électricité. Les Européens devront faire en sorte que ces sommes soient utilement dépensées.


La course à la compétition, que semble vouloir encourager la Commission européenne, constitue-t-elle une réponse appropriée à la crise?

Pour Philippe Rosier, la libéralisation des marchés énergétiques en Europe se traduit par l'alignement des prix à la consommation sur la source de production la plus chère. Pour les consommateurs d'énergie nucléaire, cela signifie un doublement des prix. L'obstination de la Commission à vouloir accentuer la concurrence paraît dès lors absurde.

Les récentes propositions de la Commission pour les marchés de l'électricité et du gaz (unbundling, harmonisation des régulations des marchés nationaux, coopération entre distributeurs...) ne peuvent constituer une base de départ qu'à condition d'être complétées.Il y a en effet un besoin urgent de nouvelles infrastructures (centrales, pipelines, raffineries). Pour cela, il faut préserver les contrats à long terme. Ces contrats constituent en effet la seule garantie efficace permettant aux entreprises du secteur énergétique d'investir les sommes considérables que représentent ces nouveaux équipements.


Jean-Louis Schilansky a rappellé que, grâce à son programme nucléaire, la France est moins dépendante des hydrocarbures que ses voisins européens, et par conséquent moins concernée par le risque d'une rupture d'approvisionnement. Quant au phénomène de sous-investissement constaté en Europe, il s'explique à la fois par l'énormité des sommes en jeu et par le fait que, jusqu'à une date récente, de telles dépenses n'auraient pas été justifiées.

Aujourd'hui, alors que de tels investissements apparaissent nécessaires, se pose la question du partage à établir entre énergies classiques et énergies renouvelables. Pour les PME, cette question soulève le problème des quotas de CO2. Ces quotas sont un des éléments qui, en l'absence d'un engagement massif des pouvoirs publics visant à garantir un retour sur investissements, constituent pour les entreprises du secteur une contrainte potentielle pour la productivité future.


Quelles devraient être les priorités du volet industriel de la politique énergétique européenne?

Elie Cohen a souligné que les trois objectifs définis par la politique énergétique européenne (compétitivité des économies, sécurité des approvisionnements, lutte contre le réchauffement climatique) ne sont pas naturellement compatibles. Les décideurs européens devront donc trouver des solutions afin que ces trois objectifs soient davantage compatibles.

Les mix énergétiques des différents Etats européens sont quasiment opposés. En France, le nucléaire assure une production d'électricité essentiellement décarbonnée. En Allemagne, en revanche, la sortie du nucléaire est programmée, alors même que l'énergie reste fortement carbonnée. De telles divergences nationales signifient que l'harmonisation ne se fera pas toute seule: les pouvoirs publics devront l'imposer.

Quelle sera la priorité pour l'Union européenne? Sera-ce la lutte contre le réchauffement climatique? Alors il faudra interdire la construction de nouvelles centrales électriques émettrices de CO2, ce qui pénaliserait certains pays. Il faudra par ailleurs harmoniser à l'échelle européenne les différents dispositifs d'incitation aux énergies renouvelables; il en existe actuellement plus d'une trentaine au sein de l'UE à l'heure actuelle.

La volonté de la Commission d'accentuer la concurrence dans le secteur énergétique et d'imposer l'unbundling est une erreur. D'une part, chacun sait que les tensions actuelles sur les marchés de l'énergie s'expliquent par les crises géopolitiques et l'insuffisance des facteurs physiques de production (ressources et infrastructures), non par un manque de concurrence. D'autre part, la libéralisation aura pour conséquence d'aligner les prix de l'électricité dans certains pays (notamment en France) sur les prix les plus élevés du marché européen, ce qui est totalement contre-productif pour le consommateurs.
Il est donc nécessaire, à la fois de définir des priorités à l'échelle européenne, et de prendre garde à ne pas heurter les opinions publiques.


Sécurité énergétique et PESD

Philippe HERZOG conclut sur la mutation énorme intervenue dans le contexte énergétique européen. Le secteur est aujourd'hui victime d'une crise aiguë de sous-capacité, alors même que l'UE est engagée dans une dynamique de croissance. L'absence d'investissements depuis de nombreuses années est aggravée par la dépendance accrue des Européens face à des ressources extérieures de plus en plus concentrées chez un petit nombre de producteurs – au premier rang desquels la Russie. Cette réalité soulève un immense défi de politique extérieure.
Une réponse politique est nécessaire. La  politique énergétique européenne doit être liée à une relance de la politique européenne de sécurité et de défense. Or le cadre européen n'est pour l'heure qu'un espace de règles. Les investissements nécessaires à la sécurité énergétique de l'UE ne seront pas rentables à court terme. Les Etats devront par conséquent assumer un rôle central dans la construction de nouvelles infrastructures.
La Commission doit repenser la stratégie d'unbundling, qui crée de l'insécurité pour les investisseurs potentiels. Les Etats doivent pour leur part accepter de renoncer à leurs stratégies purement nationales.
Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, le Conseil doit étudier la question des sources d'approvisionnement à l'échelle européenne. Une relance éventuelle du nucléaire à l'échelle européenne devra toutefois tenir compte de la sensibilité des opinions publiques et demeure pour l'heure improbable.

L'harmonisation des régulations des marchés énergétiques suppose au préalable un réseau européen physiquement unifié. Cela implique la construction d'infrastructures énergétiques pan-européennes (gazoducs et lignes d'interconnection des réseaux électriques, notamment). Il importe également de réguler et d'harmoniser les prix du gaz pour la partie transit.

En ce qui concerne les Relations extérieures, la Commission doit renoncer à vouloir imposer le droit européen aux partenaires de l'Union. Les relations énergétiques entre fournisseurs et consommateurs doivent plutôt s'établir sur le mode des intérêts partagés. Il serait par exemple bon d'explorer la possibilité de coopérations industrielles et technologiques avec la Russie, qui inscriraient les relations énergétiques russo-européennes dans le cadre de la diversification de l'économie russe.

Enfin, la négociation pour 2012 du traité qui succédera au protocole de Kyoto devra tenir compte de la position des Etats-Unis, de la Chine et de l'Inde. Il est en effet impensable de prétendre combattre le réchauffement climatique sans la participation de ces trois pays.



Quentin PERRET
Responsable du Groupe Russie et Europe Orientale
 Les dernières élections sont l'occasion de se pencher sur les rapports entre les parlements national et européen:  Nous avons donc posé à Monsieur le Député européen Alain Lamassoure la question suivante: "De nouveaux députés viennent d'être élus, Madame Kosciusko-Morizet élue de la précédente législature, réélue et nommée Secrétaire d'État à l'Écologie, jugeait "les contacts décevants" entre le Parlement européen et l'Assemblée nationale.  Partagez-vous son analyse ? Et le cas échéant, que faire pour améliorer la situation ?"

    C’est vrai, les relations entre l’Assemblée nationale et le Parlement européen sont décevantes. Pour une raison stupide : la difficulté pratique de se rencontrer ! En effet, tous les Parlements concentrent leur activité les mardis, mercredis et jeudis, pour laisser les députés à leurs électeurs autour du week-end. Si bien que, quand nous nous invitons mutuellement pour des réunions de travail, nous avons beaucoup de mal à faire venir des élus de poids, qui engagent leur commission ou leur groupe politique. Il s’ajoute un phénomène propre à la France : le mépris pour tout ce qui se passe hors de l’hexagone, la réticence des élus à voyager hors des frontières de peur que les électeurs considèrent cela comme du tourisme (sic), et l’incapacité quasi générale de parler l’anglais.

    Et pourtant, la mise en place de relations de travail permanentes entre le Parlement européen et les Parlements nationaux devient vraiment nécessaire. C’est le cas notamment pour exercer intelligemment les compétences partagées entre l’Union et les Etats membres. Sur des sujets comme la recherche scientifique, la politique étrangère, l’immigration, la protection des droits individuels face à internet, la coordination des politiques économiques, les règles éthiques à appliquer aux biotechnologies, nous gagnerions beaucoup à nous écouter mutuellement avant de prendre position ou de légiférer.

    Donc, il faut trouver des méthodes nouvelles. Chargé du rapport sur la réforme du budget européen, j’ai pris mon bâton de pèlerin pour faire le tour des Parlements nationaux en allant recueillir leur avis directement chez eux. Je suis en train d’étudier la possibilité, politique et pratique, d’organiser le débat annuel sur les orientations budgétaires, le même jour, à Strasbourg et dans tous les Parlements des pays de la zone euro, en utilisant un système de vidéo-transmission pour obliger chacun à replacer sa politique nationale dans le cadre commun. Et, depuis deux ans, les présidences successives ont pris l’habitude d’organiser, une fois par semestre, une rencontre interparlementaire de deux jours consacrée aux principaux sujets d’actualité : la prochaine aura lieu début novembre à Lisbonne. Quand la charmante Nathalie reviendra à l’Assemblée nationale, elle sera un peu moins frustrée …





L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il lui apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.


Nathalie Kosciuscko-Morizet, Député de l'Essonne et spécialiste de l'environnement, était l'invitées des bloggeurs de l'UMP.
L'Atelier Europe lui a demandé comment se passait le travail avec ses homologues européens, en particulier sur les questions environnementales. Sa réponse nous rappelle qu'il y a encore beaucoup à faire... dans tous les domaines!



NKM
envoyé par ateliereuropeump


Un grand merci à Madame Kosciusko-Morizet d'avoir participé à Pizza 2.0 et d'avoir répondu à notre question.
Nous vous invitons à la retrouver sur son blog.
Et d'aller lire les notes de Pierre, Vincent, Thomas, Emilie, et Delphine qui étaient aussi présents hier soirs.
 Nous avons le plaisir d'accueillir une nouvelle plume, l'avocat et essayiste, Laurent Cohen-Tanugi. Rappelons qu'il fut l'un des orateurs du débat organisé à l'Assemblée nationale le 10 mai par l'Atelier Europe.


    La politique internationale et la place de la France dans le monde seront-elles l’un des enjeux de l’élection présidentielle de 2007 ? Au-delà des incidences tactiques de cette question pour telle ou telle candidature, on ne peut qu’être frappé, à quelques mois du scrutin, par le décalage entre l’intensité de l’actualité internationale, qui apporte chaque jour sa moisson d’événements plutôt préoccupants, et le peu de place que la politique étrangère occupe dans le débat politique pré-électoral.

    On explique généralement ce décalage par le caractère consensuel et relativement immuable de la politique étrangère de la France, gravée dans le marbre de l’héritage gaullien et soustraite à la discussion par son appartenance au « domaine réservé » du président de la République. La faiblesse des contre-pouvoirs parlementaires et intellectuels en la matière, qui jouent un rôle essentiel aux Etats-Unis, contribue à cet immobilisme.

    Ce consensus, confirmé à quelques nuances près par le récent « débat » de politique internationale entre les trois candidats à l’investiture socialiste, s’articule autour de quelques fondamentaux : la vocation universaliste de la France, la référence à une Europe-puissance largement incantatoire et fantasmatique, l’ambivalence, voire la rivalité plus ou moins aiguisée à l’égard de l’allié américain et de l’OTAN, l’inclination tiers-mondiste et la tendance à ramener la plupart des problèmes de la planète au conflit israélo-palestinien.

    Ce kit idéologique n’a pas fondamentalement évolué depuis son élaboration il y a plus de quarante ans, et ce malgré les deux changements majeurs de paradigme géopolitique qu’ont produit la chute de mur de Berlin, puis celle du World Trade Center.

    Or, la fin de la guerre froide a ébranlé le positionnement de la France dans le monde de multiples façons, et le tournant du XXIe siècle, inauguré par les attentats du 11 septembre 2001, n’a fait qu’accentuer cette déstabilisation.

    Celle-ci se traduit en premier lieu aujourd’hui par une perte de leadership de la France dans une Europe en crise profonde, plus dommageable encore pour notre pays que pour la construction européenne elle-même. Si la crise de l’Europe préexistait en effet au rejet du traité constitutionnel, le « non » français a privé le pays de ce qui formait la colonne vertébrale de sa politique étrangère et le vecteur de sa projection dans le monde depuis un demi-siècle.

    Par ailleurs, malgré le réchauffement diplomatique de ces deux dernières années, la confrontation de 2002-2003 avec les Etats-Unis a laissé des traces et ôté à la France son statut historique d’allié privilégié de la première puissance mondiale. Si l’on ajoute au tableau une perte d’influence en Afrique au profit de la Chine et des Etats-Unis, une relative absence de l’Asie, futur cœur du monde, et une marginalisation dans le chaos du « nouveau Moyen-Orient » malgré tout l’investissement réalisé dans cette région, on peut légitimement se demander si la persistance du consensus national sur la politique étrangère n’est pas simplement synonyme d’aveuglement.

    Les deux principaux prétendants à la fonction présidentielle ont en commun d’aborder la politique internationale avec un regard neuf et d’incarner une forme de rupture par rapport à leurs camps respectifs.

    Cette double caractéristique devrait fournir l’occasion d’une réflexion et d’un débat sur le nécessaire renouveau de notre diplomatie, dans un monde en pleine recomposition dont aucun pays ne peut plus s’abstraire et où la France peut encore jouer un rôle déterminant.

  Nouvelle approche de notre leadership en Europe, solidarité constructive et assumée avec les Etats-Unis, engagement accru au Moyen-Orient et en Afrique et renforcement de notre présence en Asie à travers l’Union européenne, contribution active à la construction d’un nouvel ordre international : telles sont les voies d’un retour de la France sur la scène internationale de ce début de siècle.

    A l’heure de l’Europe et de la mondialisation, la politique étrangère ne peut plus, dans une démocratie, constituer un domaine réservé inhérent à la fonction présidentielle. Sur ce terrain-là également, le vainqueur de 2007 devra innover…

 Monsieur le Député européen Alain Lamassoure, Membre du bureau de la délégation des Députés européens UMP répond à notre question de la semaine "25, bientôt 27 États, peuvent-ils avoir une Politique Étrangère Commune ?" :


    La question ne se pose pas dans l’abstrait. S’il s’agit des 25 Etats membres de l’Union européenne en 2006, la réponse n’est pas seulement « oui », mais : ils le peuvent, et ils le doivent.
    Mesurons bien la portée de la révolution – le mot n’est pas trop fort – introduite par la construction européenne dans nos relations extérieures.
    Sur le continent européen lui-même, il n’y a plus matière à politique étrangère. Qui eût osé le rêver en 1950 ? Mille ans de diplomatie sont maintenant sans objet. La paix perpétuelle est assurée entre nous, nos relations n’ont plus un caractère diplomatique, elles relèvent d’un partenariat permanent, par lequel les élus de nos peuples décident de règles de vie en commun.
    Hors du continent, la quasi-totalité des compétences extérieures relevant des « arts de la paix » (commerce, finances, transport, environnement, culture, télécommunications, aide au développement etc.) sont exercées désormais, en notre nom, par l’Union européenne, qui négocie au nom des Etats membres. En pratique, cela représente (heureusement) 90% de nos relations extérieures : la défense de nos emplois face aux économies émergentes, la lutte contre l’effet de serre, la prévention des épidémies, la lutte contre les mafias et le grand banditisme, les grands programmes de recherche sur les énergies nouvelles, et même les accords sur l’immigration avec les pays de départ relèvent de la compétence de l’Union.
    Quant au traitement des grandes crises internationales, qui peuvent déboucher sur le recours aux « arts de la guerre », pour le moment, chaque Etat membre reste libre de son action, l’Union ne fournissant que le cadre d’une coordination des politiques nationales. Mais en pratique, y-a-t-il un seul grand sujet planétaire sur lequel les Etats européens aient des intérêts différents ? Au Moyen-Orient, nous souhaitons tous la paix entre deux Etats, israélien et palestinien, enfin réconciliés. En Afrique, nous cherchons tous à consolider les Etats défaillants et à accompagner les évolutions démocratiques indispensables au développement économique. Vis-à-vis de Moscou ou de Pékin, il ne se passe pas de semaine sans que nous mesurions la faiblesse chronique de jouer en permanence à 25 Curiace pour affronter Horace. En Irak, en 2003, ceux de nos voisins qui se sont alignés sur la position américaine ont eu aussi peu d’influence sur celle-ci que ceux qui, comme nous, ont pris la position contraire. La lutte contre le fanatisme islamiste, comme la prévention de la prolifération des armes de destruction massive n’ont aucune chance d’aboutir sans une politique déterminée et unie de tous les pays démocratiques, à commencer par l’équipe unie des Etats européens.
    C’est d’ailleurs ce que comprend le bon sens populaire : voilà une bonne dizaine d’années qu’à tous les sondages sur le sujet, la proportion des citoyens qui feraient plus confiance à l’Europe qu’à leur propre pays pour défendre leurs intérêts nationaux sur la scène internationale dépasse 70% dans tous les Etats continentaux, la proportion étant supérieure à 50% même en Grande-Bretagne. C’est un domaine où les dirigeants ont plus de mal que leurs électeurs à admettre les réalités de notre temps. L’application des dispositions prévues, en la matière, par le projet de Constitution permettrait déjà un progrès appréciable en offrant une procédure pour faciliter la recherche et l’application de positions communes.





Nous remercions chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il nous apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.
Ou lors du dîner-débat du 6 décembre prochain qui portera essentiellements sur les questions internationale!