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Conférence-débat
organisée par la Commission Europe du MEDEF et Confrontations Europe



Au cœur de l'agenda communautaire, la politique énergétique et environnementale constituent un thème majeur de réflexion pour l'Atelier Europe. En prévision de la future Présidence française de l'UE, le MEDEF, en partenariat avec Confrontations Europe, a choisi de consacrer à cette question la première d'une série de rencontres dédiées aux questions européennes. Elie Cohen, membre du Conseil d'Analyse Economique et professeur à Sciences Po, Nicole Fontaine, ancien ministre de l'Industrie et ancienne présidente du Parlement européen, Dominique Ristori, directeur général adjoint de la DG Energie Transports à la Commission européenne, Philippe Rosier, président du groupe de travail Energie de Business Europe, et Jean-Louis Schilansky, président du Comité Energie du MEDEF, ont successivement pris la parole. Jérôme Bédier, Président de la Commission Europe du MEDEF et Président de la Fédération des Etreprises du Commerce et de la Distribution, ainsi que Philippe Herzog, Président de Confrontations Europe, ont animé le débat.

Sous-capacité, dépendance, hétérogénéité des profils énergétiques : telles semblent être pour le moment les caractéristiques de la situation énergétique européenne. Il est donc urgent d’agir, afin de remédier à ces maux qui peuvent hypothéquer l’avenir, le tout en tenant compte des objectifs tout aussi urgents de lutte contre le réchauffement climatique. Peu à peu se dessinent ainsi les contours d’une révolution post-industrielle.


Les Européens sont-ils uni face au défi énergétique?

Pour Nicole Fontaine, la volonté traditionnelle des Européens de préserver leurs spécificités énergétiques nationales s'estompe face au poids des nouvelles réalités. Quatre phénomènes déterminent l'émergence d'une politique énergétique commune: les menaces sur la sécurité d'approvisionnement, la hausse du prix des hydrocarbures, l'aggravation du réchauffement climatique et la nécessité du développement durable. Sans renoncer à leurs différences, les Européens doivent harmoniser leurs mix énergétiques afin de réduire leur consommation globale d'hydrocarbures. L'énergie nucléaire jouera ici un rôle essentiel.

Une politique industrielle européenne est aujourd'hui une nécessité urgente. Mais si la Commission a raison de vouloir harmoniser les régulations nationales (fût-ce par la création d'une Agence européenne de régulation) l'unbundling (c'est-à-dire la séparation patrimoniale des infrastructures de production et de transport et le démantèlement des entreprises intégrées) comporterait en revanche des conséquences réellement indésirables.

Pour Dominique Ristori, les Européens s'accordent aujourd'hui sur l'objectif d'une économie européenne faiblement émettrice de gaz à effet de serre. L'objectif d'une réduction globale de 20% des émissions d'ici à 2020, proposé par la Commission en janvier et adopté par le Parlement européen et le Conseil européen du mois de mars, esquisse les contours d'une révolution post-industrielle. Le nucléaire a évidemment toute sa place dans ce processus.

Les dernières propositions de la Commission ne constituent qu'une partie d'une future politique énergétique globale. L'important est que des objectifs soient désormais fixés pour l'ensemble de l'Union européenne. Le dialogue sur leur mise en oeuvre va se poursuivre.
Le renchérissement des hydrocarbures s'explique par différents éléments (raréfaction des ressources, crises géopolitiques...) mais se trouve également exacerbée par les conséquences du sous-investissement au cours des 25 dernières années, en Europe et dans le monde. On estime que 20 trillions d'euros devront être investis au cours des deux prochaines décennies, dont 900 milliards pour l'électricité. Les Européens devront faire en sorte que ces sommes soient utilement dépensées.


La course à la compétition, que semble vouloir encourager la Commission européenne, constitue-t-elle une réponse appropriée à la crise?

Pour Philippe Rosier, la libéralisation des marchés énergétiques en Europe se traduit par l'alignement des prix à la consommation sur la source de production la plus chère. Pour les consommateurs d'énergie nucléaire, cela signifie un doublement des prix. L'obstination de la Commission à vouloir accentuer la concurrence paraît dès lors absurde.

Les récentes propositions de la Commission pour les marchés de l'électricité et du gaz (unbundling, harmonisation des régulations des marchés nationaux, coopération entre distributeurs...) ne peuvent constituer une base de départ qu'à condition d'être complétées.Il y a en effet un besoin urgent de nouvelles infrastructures (centrales, pipelines, raffineries). Pour cela, il faut préserver les contrats à long terme. Ces contrats constituent en effet la seule garantie efficace permettant aux entreprises du secteur énergétique d'investir les sommes considérables que représentent ces nouveaux équipements.


Jean-Louis Schilansky a rappellé que, grâce à son programme nucléaire, la France est moins dépendante des hydrocarbures que ses voisins européens, et par conséquent moins concernée par le risque d'une rupture d'approvisionnement. Quant au phénomène de sous-investissement constaté en Europe, il s'explique à la fois par l'énormité des sommes en jeu et par le fait que, jusqu'à une date récente, de telles dépenses n'auraient pas été justifiées.

Aujourd'hui, alors que de tels investissements apparaissent nécessaires, se pose la question du partage à établir entre énergies classiques et énergies renouvelables. Pour les PME, cette question soulève le problème des quotas de CO2. Ces quotas sont un des éléments qui, en l'absence d'un engagement massif des pouvoirs publics visant à garantir un retour sur investissements, constituent pour les entreprises du secteur une contrainte potentielle pour la productivité future.


Quelles devraient être les priorités du volet industriel de la politique énergétique européenne?

Elie Cohen a souligné que les trois objectifs définis par la politique énergétique européenne (compétitivité des économies, sécurité des approvisionnements, lutte contre le réchauffement climatique) ne sont pas naturellement compatibles. Les décideurs européens devront donc trouver des solutions afin que ces trois objectifs soient davantage compatibles.

Les mix énergétiques des différents Etats européens sont quasiment opposés. En France, le nucléaire assure une production d'électricité essentiellement décarbonnée. En Allemagne, en revanche, la sortie du nucléaire est programmée, alors même que l'énergie reste fortement carbonnée. De telles divergences nationales signifient que l'harmonisation ne se fera pas toute seule: les pouvoirs publics devront l'imposer.

Quelle sera la priorité pour l'Union européenne? Sera-ce la lutte contre le réchauffement climatique? Alors il faudra interdire la construction de nouvelles centrales électriques émettrices de CO2, ce qui pénaliserait certains pays. Il faudra par ailleurs harmoniser à l'échelle européenne les différents dispositifs d'incitation aux énergies renouvelables; il en existe actuellement plus d'une trentaine au sein de l'UE à l'heure actuelle.

La volonté de la Commission d'accentuer la concurrence dans le secteur énergétique et d'imposer l'unbundling est une erreur. D'une part, chacun sait que les tensions actuelles sur les marchés de l'énergie s'expliquent par les crises géopolitiques et l'insuffisance des facteurs physiques de production (ressources et infrastructures), non par un manque de concurrence. D'autre part, la libéralisation aura pour conséquence d'aligner les prix de l'électricité dans certains pays (notamment en France) sur les prix les plus élevés du marché européen, ce qui est totalement contre-productif pour le consommateurs.
Il est donc nécessaire, à la fois de définir des priorités à l'échelle européenne, et de prendre garde à ne pas heurter les opinions publiques.


Sécurité énergétique et PESD

Philippe HERZOG conclut sur la mutation énorme intervenue dans le contexte énergétique européen. Le secteur est aujourd'hui victime d'une crise aiguë de sous-capacité, alors même que l'UE est engagée dans une dynamique de croissance. L'absence d'investissements depuis de nombreuses années est aggravée par la dépendance accrue des Européens face à des ressources extérieures de plus en plus concentrées chez un petit nombre de producteurs – au premier rang desquels la Russie. Cette réalité soulève un immense défi de politique extérieure.
Une réponse politique est nécessaire. La  politique énergétique européenne doit être liée à une relance de la politique européenne de sécurité et de défense. Or le cadre européen n'est pour l'heure qu'un espace de règles. Les investissements nécessaires à la sécurité énergétique de l'UE ne seront pas rentables à court terme. Les Etats devront par conséquent assumer un rôle central dans la construction de nouvelles infrastructures.
La Commission doit repenser la stratégie d'unbundling, qui crée de l'insécurité pour les investisseurs potentiels. Les Etats doivent pour leur part accepter de renoncer à leurs stratégies purement nationales.
Dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, le Conseil doit étudier la question des sources d'approvisionnement à l'échelle européenne. Une relance éventuelle du nucléaire à l'échelle européenne devra toutefois tenir compte de la sensibilité des opinions publiques et demeure pour l'heure improbable.

L'harmonisation des régulations des marchés énergétiques suppose au préalable un réseau européen physiquement unifié. Cela implique la construction d'infrastructures énergétiques pan-européennes (gazoducs et lignes d'interconnection des réseaux électriques, notamment). Il importe également de réguler et d'harmoniser les prix du gaz pour la partie transit.

En ce qui concerne les Relations extérieures, la Commission doit renoncer à vouloir imposer le droit européen aux partenaires de l'Union. Les relations énergétiques entre fournisseurs et consommateurs doivent plutôt s'établir sur le mode des intérêts partagés. Il serait par exemple bon d'explorer la possibilité de coopérations industrielles et technologiques avec la Russie, qui inscriraient les relations énergétiques russo-européennes dans le cadre de la diversification de l'économie russe.

Enfin, la négociation pour 2012 du traité qui succédera au protocole de Kyoto devra tenir compte de la position des Etats-Unis, de la Chine et de l'Inde. Il est en effet impensable de prétendre combattre le réchauffement climatique sans la participation de ces trois pays.



Quentin PERRET
Responsable du Groupe Russie et Europe Orientale

« Notre plus grande espérance, c’est que la France joue le jeu de l’économie »
(Laurence Parisot)



Cette année, le thème de l’Université d’été du MEDEF est « jouer le jeu ». Bien entendu, c’est un clin d’œil à la coupe du monde de rugby qui va s’ouvrir prochainement. Mais surtout, selon la Présidente de l’organisation patronale, « jouer le jeu, c’est prendre connaissance des nouvelles règles, des nouveaux rapports humains, des nouveaux principes, qui organisent désormais notre monde ».

 Le discours du président de la République était très attendu. Laurence Parisot a souligné combien « ce geste à l’égard des entreprises et des entrepreneurs, cela faisait longtemps, très longtemps, qu’on l’attendait ». La présidente du MEDEF a aussi affirmé que son organisation patronale entendait "jouer le jeu avec tout le monde", tant "avec le gouvernement qui essaie de mettre la France en mouvement, au diapason et au rythme du monde entier, qu'avec les organisations syndicales".
Fair play or not fair play : telle est la question
Alpha Omar Konaré, Président de la Commission de l’Union Africaine
Laurence Parisot, Présidente du MEDEF
Shashi Tharoor, diplomate et écrivain indien,
ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU, chairman of Afras Venture


L’Europe n’était pas en reste de cette édition 2007 tournée vers l’international. Le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, puis Nicolas Sarkozy, sont venus parler d’Europe, chacun à leur manière, mais tous les deux avec beaucoup d’élan.


Discours de M. Barroso

 
José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne
 M. Barroso, dans un discours passionné et résolument optimiste, a « joué le jeu » et repris la sémantique sportive pour nous exposer sa position vis-à-vis des principaux dossiers européens.

Pour une Europe de l’innovation

« Il nous faut investir sur l’excellence »

Pour gagner la partie, l’équipe Europe doit se concentrer sur trois objectifs principaux :
  • Développer les performances : construire une Europe moderne, prospère et juste, au service des Européens.
  • Renforcer l’esprit d’équipe : bannir le nationalisme économique et les négociations bilatérales. L’Europe doit parler d’une seule voie pour mieux se faire entendre.
  • Jouer le jeu : l’Union européenne, c’est bien plus qu’un marché, c’est un projet politique avec des règles.


Сes exigences sont d’autant plus importantes que d’autres joueurs, tels le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine (les fameux BRIC) deviennent de plus en plus efficaces. Rappelons à titre d’exemple que l’Inde produit 1 million d’ingénieurs par an.

M. Barroso a rappelé combien l’ouverture est profitable pour une Union européenne (UE) qui est le premier exportateur et le second importateur mondial. Pour renforcer sa compétitivité et éviter la fuite des cerveaux européens, vers les Etats-Unis notamment, l’UE se doit de mettre l’accent sur l’innovation. A cet effet, l’Institut européen de technologie a récemment été crée, afin de donner un statut européen aux efforts d’innovation. L’innovation est l’un des piliers de la Stratégie de Lisbonne. Depuis sa mise en œuvre, et en dépit des critiques dont elle fait l’objet, des progrès ont été réalisés, et l’Europe rattrape peu à peu son retard : en 2006, sur les 50 entreprises qui dépensent le plus au monde pour l’innovation et la recherche, 18 sont européennes.

La modernisation de l’Europe passe aussi par le marché unique : en faisant tomber davantage les barrières, on crée des emplois. La question du budget est également cruciale. Le 19 septembre, la Commission européenne va lancer « un examen approfondi, et sans tabou », du budget européen. Empruntant une fois encore au vocabulaire sportif, M. Barroso a souligné que l’objectif était de faire la chasse aux gaspillages et au dopage, c'est-à-dire, en économie, au déficit budgétaire.

Sur les institutions, le Président de la Commission a salué l’engagement européen et le travail du Président Sarkozy pour faire accepter à ses partenaires européens le traité simplifié. Il a cependant rappelé que l’objectif ultime n’est pas de changer les institutions, mais l’UE dans son ensemble, afin d’accroître la compétitivité européenne.


Une ouverture sans anarchie


« Nous sommes pour l’ouverture mais nous défendrons toujours les intérêts européens dans le cadre de la mondialisation »

L’ouverture ne doit pas être synonyme de dérégulation anarchique. Au contraire, la concurrence doit être régulée, afin de palier aux excès de la mondialisation. Le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation, dont la France a récemment bénéficié (en juin 2007) permet désormais d’amortir les chocs, sociaux notamment, des délocalisations. La Commission est également en train de plancher sur la façon d’améliorer la transparence des échanges financiers.


Le défi énergétique


« Une partie de la réponse au défi énergétique se trouve dans le développement des énergie alternatives »

Sur ce dossier, M. Barroso a rappelé combien il était absurde de continuer de fonctionner avec 27 mini marchés. La priorité est bien d’aboutir à un véritable marché énergétique européen.


Elargissement et Europe puissance

« L’Europe élargie n’est pas un obstacle à l’Europe-puissance, au contraire, dans un monde globalisé, cela en est une condition »

Comparons l’Europe à la profondeur géographique de la Russie ou de la Chine, à la puissance militaire américaine : l’Europe est-elle petite ou grande ? Répondant à une question de la salle sur la pertinence de nouveaux élargissements et les limites géographiques de l’UE, M. Barroso a cité un proverbe africain - « Ensemble, on va moins vite, mais on va plus loin » - et défendu l’idée selon laquelle « l’avenir de la mondialisation se fera dans les grands ensembles ».



Discours de Nicolas Sarkozy


M. Sarkozy a commencé son discours en précisant les raisons de sa présence cette année à l’Université du MEDEF


« J’ai voulu dire à notre pays que la France a besoin de ses entreprises et de ses entrepreneurs »

« Il faut réconcilier les Français avec les entreprises, au lieu de les séparer »

Le Président a ensuite souligné que son rôle n’était pas de faire des prévisions économiques, mais d’exposer les moyens de résoudre les problèmes.

« Il nous manque un point de croissance pour que l’avenir cesse d’être une menace et redevienne une promesse »

Laurence Parisot, Pésidente du MEDEF
Nicolas Sarkozy, Président de la République française

Le Président a rappelé l’importance de la réciprocité dans les échanges mondiaux, c’est-à-dire la concurrence loyale et honnête. Or tous les Etats ne jouent pas le jeu sur la scène internationale. M. Sarkozy a lié ce phénomène au « non » français du référendum sur la Constitution européenne : « les Français ont le sentiment que l’Europe renonce à les protéger, qu’elle subit plus qu’elle n’agit, à un moment où tout le monde fait le contraire ». D’où le soutient du Président au  principe de la préférence communautaire.


Sur l’Euro

Tout en rappelant son attachement au principe de l’indépendance de la Banque centrale européenne, M. Sarkozy a défendu l’idée que la monnaie est un sujet qui concerne également le politique, dans la mesure où elle a des implications dans la vie quotidienne des citoyens. « Le problème de l’Euro, c’est que l’Euro est en concurrence avec d’autres monnaies qui elles ne sont pas à leur niveau ». Il s’est dit déterminé à poursuivre les réformes et son programme de rupture, tant sur le fond que sur la forme, qu’il a annoncés lors de la campagne présidentielle. « Après tant d’échecs, de recul, de renoncement, je vais changer de méthode ». Il s’agira de trouver le bon équilibre entre la protection et le risque. Si les Français doivent retrouver le goût du risque, l’Etat doit également jouer le jeu et donner l’exemple, en allégeant notamment les charges sociales et en libérant le travail. Les banques et les partenaires sociaux seront associés à ce travail de redéfinition des rapports entreprises/ménages, entrepreneurs/salariés, privé/public, économique/social. Il ne s’agit plus d’avancer dans l’opposition systématique. D’ailleurs, depuis la « politique d’ouverture », l’opposition existe-t-elle encore ?