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NDLR: Cet article fait suite à celui-ci.



8 dirigeants, 3 jours de négociations marathon et 1 compromis, voilà pour résumer en quelques chiffres le sommet du G8 à Heiligendamm en Allemagne. Accord a minima critiqueront certains, mais un accord que l’on peut accueillir avec satisfaction si l’on se rappelle la détermination affichée par l’Allemagne avant le sommet, et reprise par Nicolas Sarkozy. Comme l’avait souligné le Président français à la veille du sommet, il vaut mieux «pas d’accord qu’un mauvais accord ».

Une triple victoire sans perdants

Le communiqué officiel assure l’unité et la cohérence des visions des participants, et s’inscrit dans une logique de gagnant-gagnant. Aucune des parties ne s’est inclinée, les points clés chers aux européens ont été respectés, sans toutefois s’imposer de manière trop coercitive aux Etats-Unis. Le premier succès a d’ailleurs été obtenu grâce à la concession américaine. Les Etats-Unis  reconnaissent le réchauffement climatique comme étant d’origine humaine, ainsi que la nécessité de le combattre : « les émissions de GES doivent cesser de croître, et cela doit être suivi par des réductions substantielles des émissions globales » (communiqué officiel). L’avancée est de taille pour une administration qui niait jusque là l’origine anthropique de ce phénomène.
 
 
Angela Merkel, Nicolas Sarkozy,
Vladimir Poutine et George Bush
le 7 juin 2007 à Heiligendamm
(AFP)


Maintenant que le constat est unanimement admis, sur quels objectifs s’engager ? Les résultats sur ce point sont en demi-teinte. Bien que le texte mentionne la réduction des GES comme nécessaire, il ne porte aucune obligation formelle sur les quantités ou le calendrier à respecter. Cette absence d’engagement chiffré constitue la ligne rouge des Etats-Unis et la dépasser, à ce stade, parait impossible.

Pas d’engagement donc, mais une impulsion qui va dans le bon sens. Il faut espérer qu’elle survivra jusqu’en décembre, lors de l’ouverture des négociations sur l’après-Kyoto à Bali. La volonté européenne d’inscrire toute négociation dans le cadre de l’ONU a finalement été respectée par nos partenaires américains, contrairement à leur souhait initial d’éviter des négociations multilatérales. Placer les futures négociations sous l’égide de l’ONU est une réussite majeure, car elle fixe un cadre commun de discussion et garanti l’implication du plus grand nombre de pays.


Un binôme de choc


Deux personnalités se sont détachées des participants à ce sommet, et leur forte implication n’est pas étrangère à l’obtention d’un accord, là où nombre d’experts pariaient sur un échec.

D’un coté, Angela Merkel, seule femme parmi ses invités masculins, a déployé tout son talent pour défendre la proposition européenne, tout en faisant évoluer en douceur la position américaine. Aussi bien fine et habile négociatrice qu’hôte attentionnée, elle a usé de tout son talent diplomatique, faisant ainsi dire au politologue Henrick Uterwedde « Angela Merkel a fait preuve de sa capacité à arrondir les angles ». D’autre part, le recentrage de la politique extérieure allemande, qui a fait de sur l’amélioration des relations transatlantiques,porte également ses fruits. La rupture avec la position de son prédécesseur, et les concessions effectuées depuis son arrivée au pouvoir il y a bientôt deux ans, ont permis à Angela Merkel d’arriver à « un accord fructueux », pour reprendre ses propres termes.



 De l’autre coté, il faut saluer la performance du chef de l’Etat français, qui fut très actif sur tous les fronts. Pour son premier sommet du G8, Nicolas Sarkozy a multiplié les entretiens bilatéraux, en dialoguant avec franchise avec tous ses interlocuteurs. Il a abordé tous les sujets, y compris les plus délicats, comme la situation en Tchétchénie avec le président Poutine. Avec le Président Bush, il a trouvé le ton juste, expliquant par exemple à son homologue « qu’il fallait agir vite, car plus vite on agit, moins ça coûte cher ». Sur le climat, il a œuvré pour donner de la consistance au texte, mais il reste cependant lucide sur les efforts qu’il reste à accomplir. « On peut mieux faire encore » concède-t-il en effet.
 George Bush et Nicolas Sarkozy en grande discussion (AFP)
 

Le binôme de négociateurs de choc se complète à merveille. « Merci pour ton énergie » a glissé Angela Merkel à Nicolas Sarkozy en guise de remerciement, pour avoir porté haut la voix de l’Europe.


Quels bilans ?


L’élan.
•    Heiligendamm a entériné un changement historique de la position américaine, restée longtemps figée, sur l’impératif climatique. Les Etats-Unis prennent le train en marche et nous espérons qu’ils entraîneront avec eux les autres pays, dans des négociations encadrées par l’ONU. Rendez-vous donc à Bali dans six mois, pour transformer cet essai, sous l’œil attentif des Nations-Unies.

•    Le couple franco-allemand, que beaucoup pensaient affaibli, n’a rien perdu de sa vigueur. S’inscrivant pleinement dans une logique européenne, il a été d’une grande efficacité : l’Europe a parlé d’une seule voix, et surtout, elle a été écoutée. Nicolas Sarkozy a clairement affiché l’importance qu’il accorde à la nécessité d’engager l’économie mondiale vers la sobriété en carbone. Il devrait naturellement déployer autant d’ardeur au niveau national, lors du Grenelle de l’environnement qui se tiendra courant septembre à Paris.



Pour résumer sur ce sommet du G8: pas d’actions, mais des perspectives d’actions encourageantes. Certes, l’urgence est bien réelle et ne pousse guère à l’optimisme. Mais loin de se laisser accabler par les sirènes les plus pessimistes, il convient de se réjouir de ces avancées, aussi minimes paraissent-elles,, et de mesurer le chemin parcouru. Les déclarations d’aujourd’hui portent les engagements de demain.

Un proche, ayant longtemps travaillé sur ces problématiques, se plait à répéter que « le succès en la matière passe par l’apprentissage de la frustration ».


Xavier ARNAUD et Paul DOUCET
Atelier Europe de l’UMP
Pôle Etudes / Groupe Développement Durable

L'Atelier Europe accueille deux nouvelles plumes, Xavier Arnaud et Paul Doucet, qui s'intéresseront particulièrement aux questions d'environnement et de développement durable.


Le sommet du G8 qui se déroulera à Heiligendamm du 6 au 8 juin prochain sera le lieu de difficiles négociations entre les participants autour du thème du changement climatique qui, comme l’a annoncé la chancelière Angela Merkel, sera un des dossiers principaux.


Cette réunion aura pour objectif la conférence de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) de Bali en décembre 2007 qui doit préparer "l’après-Kyoto". En effet, l’échéance de 2012 se rapproche et les membres de la CCNUCC doivent entamer prochainement les négociations pour mettre en place le futur protocole d’accord qui lui succèdera.


« L’après-Kyoto » en perspective

Kyoto avait fixé à 38 pays industrialisés un objectif de réduction de 5,2 % des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) par rapport au niveau de 1990. Le bilan qui peut être dressé à ce jour n’est pas des plus satisfaisant: outre le fait que des pays parmi les principaux émetteurs ne sont pas concernés comme la Chine, ou ont refusé de s’engager (Etats-Unis), seul une minorité des pays ayant ratifié le protocole pensent raisonnablement atteindre l’objectif qui lui était assigné, à l’image de l’Allemagne ou du Royaume-Uni.
Les négociations butent à chaque tentative sur les points clés que sont le partage des responsabilités et des efforts à accomplir. Les pays industrialisés sont certes responsables des émissions historiques de GES, mais les PVD ont une part de plus en plus importante dans les émissions actuelles et futures, à l’image de la Chine qui devrait détrôner à l’horizon 2009 les Etats-Unis. Ils refusent pour l’instant d’entraver leur développement économique en fixant des contraintes à leur outil industriel.


Deux blocs, deux visions
 
La chancelière Angela Merkel
et le Premier ministre britanique Tony Blair
à Berlin, le 3 juin 2007
Source: AFP

 L’UE, à travers la voix de l’Allemagne, souhaite obtenir un mandant de négociation clair dans l’optique de la conférence de Bali. L’UE propose à ses partenaires industrialisés de s’engager dans une réduction de moitié des émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990 à l’horizon 2050.
Les Etats-Unis ont toujours rejeté en bloc toute idée de réduction de GES, avançant l’argument myope selon lequel la santé de l’économie nationale prime sur celle de la planète / toute mesure visant à réduite les GES serait un frein à l’économie. Fidèles à leurs positions, les émissaires US tentaient jusqu’alors de faire pression pour relativiser l’urgence à agir et supprimer toute référence chiffrée à une réduction des GES pour arriver à une version certes consensuelle mais dénaturée de la proposition allemande.


Le pouvoir fédéral est le dernier bastion des « négationnistes climatiques » qui n’ont reconnu officiellement la réalité du réchauffement climatique qu’en 2004. Partout ailleurs à travers le pays les initiatives se multiplient au niveau local. 500 Maires de grandes villes et gouverneurs de nombreux Etats (comme la Californie) s’engagent les uns après les autres sur la voie d’un développement plus soutenable, en mettant en œuvre des protocoles de réductions des GES. Cette dynamique qui anime le territoire n’est cependant pas visible de l’extérieur qui ne voit que la position du gouvernement à Washington. Un changement de cap à la Maison Blanche serait un signal fort envoyé au reste du monde. C’est un mécanisme bien connu, lorsque les Etats-Unis bougent, ils entraînent les autres pays derrière eux. C’est là tout l’enjeu d’une mobilisation étasunienne : un effet boule de neige qui amènera la Chine puis l’Inde, puis les autres pays en voie de développement à réduire leurs émissions de GES.
Le film d’Al Gore, « An inconvenient truth » (Une vérité qui dérange),au succès planétaire, montre que les mentalités commencent à évoluer, aux Etats-Unis et en dehors.
America is back ou will be back.

“Conversion” surprise
Ces temps-là se rapprochent-ils ?
Si l’on en croit les dernières déclarations en provenance de Washington, la position intransigeante de nos partenaires américains semble montrer des signes d’ouverture.
Le premier coup de buttoir est venu de la nouvelle présidente du Congrès, Nancy Pelosi. Une brèche a été ouverte lors de sa tournée en Europe, où elle a souligné l’importance « d’aller de l’avant, peut-être d’une autre manière que celle suivie jusqu’à présent » mais sans faire allusion à la position allemande.
Cependant la grande surprise est venue jeudi 31 mai de la Maison Blanche. Le président Bush a proposé d’entamer un cycle de négociations pour fixer d’ici à 2008 un objectif mondial à long terme de réduction des GES. Il serait question d’identifier de nouveaux principes de luttes contre les GES, chaque pays étant libre de fixer ses propres objectifs et stratégies de réduction plutôt qu’un cadre global de négociation fixant des objectifs chiffrés semblables pour tous. Cette initiative s’inscrit dans la lignée idéologique traditionnelle des Etats-Unis sur cette question, qui vise à concentrer les efforts sur l’innovation technologique. La position de M. Bush innove cependant en arguant sur la nécessité de supprimer les barrières douanières sur les technologies non polluantes pour faciliter leur transfert vers les pays en développement. Les détails de cette proposition ne seront divulgués que lors du sommet de la semaine prochaine mais il est d’ores et déjà mentionné que cet effort associerait les quinze principaux pollueurs dont la Chine et l’Inde.
 
Le Président des Etats-Unis
George Bush dans son bureau de
la Maison Blanche
à Washington, le 31 mai 2007
Source: AFP

On ne peut néanmoins pas ignorer les jeux stratégiques se cachant derrière la déclaration du Président Bush. L’administration républicaine est en proie à des difficultés tant sur le plan de sa politique intérieure qu’extérieure. La « conversion » du président Bush, pour reprendre les termes de Brian Williams de NBC, est d’une part une réponse aux critiques dont il fait l’objet, d’autre part  une manière de rompre l’isolement des USA sur la scène internationale, à huit jours de l’ouverture des négociations. Quoiqu’il en soit, elle représente un changement de cap majeur et a été unanimement applaudie par les capitales européennes. Berlin a parlé « prise de position importante » ajoutant ainsi « qu’il y a du mouvement ». A Londres, Tony Blair a salué ce qui constitue « un énorme pas en avant par rapport à là où nous étions il y a quelques années », appelant les Etats-Unis à jouer un « rôle de leader sur cette question et être prête [l’Amérique] à faire partie d’un accord global ».
Cette déclaration qui va dans le sens des positions défendues de longue date par les Européens est une lueur d’espoir pour arriver à un accord au terme des trois jours de négociations. Cependant rien ne laisse à penser pour l’instant que l’administration américaine acceptera le plan de réduction de GES comme le demande Berlin….. Du moins pas sans d’âpres négociations.


Un rôle à sa mesure pour une UE unie

L’UE a été l’un des premiers acteurs institutionnels à prendre conscience de l’urgence de s’attaquer à la problématique du climat pour assurer l’avenir des hommes et de leur environnement, mais aussi de sa puissance économique.

Au-delà des déclarations de principes, elle a développé une culture de l’engagement qui a guidé son action : tous ses membres sont signataires du protocole de Kyoto, et la Stratégie Européenne de Développement Durable (SEDD) encadre l’action des vingt-sept en la matière. La lutte contre le réchauffement climatique fédère donc tous les Etats européens qui parleront d’une seule et même voix lors de ce sommet, dont l’UE est l’hôte. Elle aura la difficile tâche de maintenir sa position face à un géant américain moins intransigeant que par le passé, mais qui entend bien reprendre l’initiative en matière d’action internationale. Elle aura donc à charge d’utiliser cette mince ouverture comme point d’entrée pour manœuvrer et parvenir à un accord. Il ne faut à aucun moment perdre de vue que l’engagement des Etats-Unis au plus haut niveau est le maillon indispensable pour entraîner dans son sillage les autres pays à assumer leurs responsabilités et à accepter d’accomplir les efforts nécessaires.
A suivre, dès mercredi….


Xavier ARNAUD et Paul DOUCET
Atelier Europe de l’UMP
Pôle Etudes / Groupe Développement Durable