BlogPremium
RSS
RSS comm

La Commission européenne a révélé fin janvier sa proposition de plan de lutte contre changement climatique pour les dix prochaines années.

Ce plan est issu des engagements pris par les chefs d’État en mars 2007 pour réduire de 20% les émissions de GES d’ici à 2020. Cette feuille de route s’articule autour de cinq mesures clés : la réforme du marché du CO2, le partage des réductions de gaz à effet de serre (GES) par pays, le développement du stockage du carbone, la montée en puissance des énergies nouvelles renouvelables (ENR) dans le mix énergétique et l’encadrement des aides d’Etat à l’environnement.

Ce paquet de mesures, très ambitieux, est déjà pointé du doigt pour son coût, estimé à 60milliards €, et jugé exorbitant par les milieux industriels. Cette annonce est le coup d’envoi de négociations marathon pour son adoption d’ici 2010.


UN PLAN AMBITIEUX



José Manuel Barroso:
« un catalogue de mesures pour le climat
et l'énergie qui est extraordinairement
bon et ambitieux
»

Le paquet « Climat - Energie » de la Commission couvre la période 2010-2020, il est destiné à réduire la dépendance énergétique de l’UE tout en mettant en pratique sa volonté de lutter contre le changement climatique. Ce plan poursuit le triple objectif fixé en 2007 :

_ Réduire de 20% les émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990

_ Accroître de 20% l’efficacité énergétique

_ Atteindre 20% d’ENR à l’échelle de l’UE et un objectif subsidiaire de 10% de biocarburants pour tous les pays.

 

Un véritable marché européen du carbonne

La réforme du marché du carbone est la mesure phare du nouveau dispositif. Les systèmes nationaux d’échange de quotas CO2 en vigueur depuis 2005 se sont avérés insuffisants pour envoyer au marché un signal prix dissuasif et limiter les émissions. Il est suggéré de l’étendre à de nouveaux secteurs, fortement émetteurs : l’industrie de l’aluminium, la chimie et le transport aérien. Le système gagnera en cohérence et « s’européanisera » : les allocations seront désormais sectorielles et attribuées à l’échelle communautaire. De plus, les émissions seront plafonnées, avec un objectif de ne pas dépasser les 1720 millions de tonnes de CO2 en 2020, soit une baisse de 21% par rapport à 2005. Mais l’évolution la plus marquante et qui rencontre les plus vives contestations est la fin envisagée de la gratuité des quotas. Pour soutenir le prix du carbone, une part croissante de ceux-ci sera mis aux enchères. Les revenus, estimés de 30 à 50 milliards d’euros, reviendront aux Etats et seront alloués aux politiques environnementales.

Des efforts importants mais différenciés

Concernant, les secteurs qui échappent aux systèmes d’échange (transport, logement, agriculture), les États se verront fixer des objectifs contraignants de réduction en fonction de leur niveau de développement (l’indicateur retenu est le PIB/habitant) afin de ne pas compromettre le rattrapage économique des pays les moins avancés, de plus fortement dépendant des énergies fossiles.

En guise d’exemple la France devra diminuer ses émissions de 21% pendant que la Bulgarie pourra les augmenter de 20%.

Un volet énergie très « vert »

Le pilier Énergie vise à accroître la part des ENR dans la moyenne européenne de 8,5 % aujourd’hui à 20 % en 2020 pour concilier respect de l’environnement et indépendance énergétique. Les efforts sont conséquentes : 23% pour la France (x2), 18 % pour l’Allemagne (x3) et 15% pour le Royaume-Uni (x10 !!). Afin de garantir la réussite de ces objectifs, la commission autorise une certaine souplesse en autorisant l’échange volontaire de certificats entre pays : la France pourra, par exemple, financer une installation de biomasse en Pologne.

Malgré la polémique sur leur pertinence environnementale et sociale, les biocarburants restent à l’ordre du jour. Tous les pays devront atteindre 10% de biocarburants en 2020. L’UE promet cependant d’assortir cette mesure de critères pour assurer leur « viabilité environnementale » sans pour autant donner plus de précisions.


DES MESURES EN DÉBAT

Un coût discutable

Les réactions à cette annonce ont, comme de coutume été très contrastées. Si le GIEC juge la proposition de la commission décevante et craint la pression des lobby pour en atténuer la portée ; des voix s’élèvent chez les industriels pour critiquer le coût, estimé par la commission à 60 milliards d’euros d’ici à 2020. La confédération des entreprises finlandaises EK va jusqu’à dénoncer une « politique climatique inefficace au coût exorbitant ».

Les groupes énergétiques prévoient des répercussions pour les particuliers et tablent sur une augmentation du prix de l’électricité de 15% à 20%. Certains États, comme la France, qui espérait un objectif d’ENR de 20%, contestent les chiffres assignés en estimant à 1 milliard d’euros le coût du pourcent supplémentaire. Ces surcoûts immédiats, qui ne représentent que 0,5% du PIB, soit « 3€ par semaine et par citoyen de l’union » pour reprendre les propos de M. BARROSO, sont à mettre en rapport avec le coût, très nettement supérieur, de l’inaction que Nicolas STERN situe entre 5 et 20% du PIB.


Une Commission réaliste

La commission entend faire prévaloir le long sur le court terme tout en rassurant les industriels qui agitent le spectre de la délocalisation face à la concurrence de pays peu regardants sur leurs impacts environnementaux. Une réalité qui amènera la Commission à étudier à horizon 2011 diverses corrections pour garantir la compétitivité des entreprises européennes. Le maintient partiel de la gratuité des quotas CO2 est évoqué, tout comme l’instauration d’une « neutralisation à la frontière », ardemment défendue par le Président SARKOZY, sous forme de taxe ou d’obligation d’achat de quotas par les importateurs. Il s’agit, en somme, d’une des formes possibles de la « taxe carbone » avancée dans le Grenelle de l’environnement.


UN ACCORD RAPIDE POUR UNE CRÉDIBILITÉ RENFORCÉE

Le texte sera soumis à négociation aux vingt-sept et au Parlementent européen pour être adopté dans sa forme définitive au plus tard en mars 2010. Il bénéficie déjà du soutien affiché de plusieurs capitales dont Berlin, via les déclaration de son Ministre de l’environnement : « un catalogue de mesures pour le climat et l’énergie qui est extraordinairement bon et ambitieux [...] maintenant le coup d’envoi a été donné pour que nous allions au bout du marathon que représente la protection du climat ». M. BARROSO a bon espoir d’arriver à un compromis d’ici fin 2008. Le plus tôt sera le mieux, l’UE se devant de montrer par les actes qu’elle est à même de relever le défit du changement climatique et d’envoyer un signal fort dans un contexte international indécis. La France qui prendra la présidence de l’UE dans maintenant six mois aura pour tache de ménager les intérêts divergents des industriels et des capitales. Un accord rapide et unanime renforcera la crédibilité d’une Europe, souvent « donneuse de leçon » dans les sommets internationaux à appliquer à elle même ce qu’elle demandera à ses partenaires dans les prochaines négociations « post-Kyoto » de Poznan en 2008 et Copenhague en 2009.

éoliennes

UNE CHANCE POUR LA COMPÉTITIVITÉ EUROPENNE

Ce plan n’est pas uniquement un combat pour l’environnement mais étalement une chance à saisir pour la recherche et l’industrie européenne d’acquérir un leadership technologique en anticipant les évolutions irrémédiables dictées par les bouleversements climatiques. Il s’agit, non seulement d’une politique environnementale et énergétique, mais également d’une ébauche de politique industrielle à même de fixer les règles qui garantiront dans la décennie à venir un haut niveau de compétitivité à nos entreprises.



Xavier ARNAUD
Pôle Études
Co-responsable Groupe Développement Durable
& Co-développement


pagerank
L'Agence Internationale de l'Energie, qui regroupe 26 des 30 pays membres de l'OCDE (c'est-à-dire principalement les grands pays industrialisés d'Amérique du Nord, d'Europe et de la zone Asie-Pacifique), vient de publier son Rapport mondial sur l'Energie pour l'année 2007. Ce Rapport ne contient pas de révélation majeure mais confirme deux des principales tendances de ces prochaines décennies. La première est que les énergies fossiles demeureront pour de nombreuses années le carburant irremplaçable de l'économie mondiale. La seconde est que la Chine et l'Inde, engagées dans une dynamique de croissance exponentielle, sont appelées à devenir les deux locomotives de l'expansion économique et énergétique au niveau international. La conjonction de ces deux facteurs signifie une poursuite durable des tensions sur le marché de l'énergie, avec des conséquences majeures en termes géopolitiques et environnementaux.
Pour évaluer le paysage énergétique mondial à l'horizon 2030, l'AIE a élaboré trois scénarios distincts: un scénario de référence, basé sur la poursuite à l'identique des tendances actuelles; un scénario de politiques alternatives prenant en compte l'impact des politiques d'économies d'énergie aujourd'hui envisagées par les différents gouvernements; un scénario de stabilisation à 450 ppm, détaillant les mesures à prendre pour limiter à 2,4°C la hausse moyenne des températures mondiales – c'est-à-dire l'hypothèse basse prônée par les experts internationaux pour limiter au maximum l'impact du réchauffement climatique. Le détail de ces trois scénarios fait apparaître les points suivants:


Les énergies fossiles demeureront au fondement même de l'économie mondiale

D'après le scénario de référence, les besoins mondiaux en énergie primaire devraient augmenter de 55 % entre 2005 et 2030, pour atteindre à cette date 17,7 milliards de tonnes équivalent pétrole (tep). 84 % de cet accroissement proviendra des hydrocarbures. En dépit d'une légère baisse, le pétrole demeurera la source d'énergie dominante, représentant 32 % de la demande globale en 2030. La plus forte progression viendra du charbon, dont la demande devrait croître de 73 % entre 2005 et 2030, pour atteindre 28 % de la demande globale à cette date. L'accroissement de la part du gaz naturel sera plus modeste, passant de 21 % à 22 % de la demande globale au cours de la même période. L'essentiel de cette croissance de la consommation de gaz proviendra de l'accroissement de la production d'électricité, dont la part dans la consommation énergétique finale passera de 17 % à 22 %, ce qui, vu la forte croissance de la consommation globale, représente un doublement en valeur absolue. L'AIE estime que 22 000 milliards de dollars d'investissements dans les infrastructures de production et de distribution seront nécessaires pour satisfaire cet accroissement global de la demande d'électricité.

La concentration géographique des zones de production d'hydrocarbures devrait s'accentuer

D'après le scénario de référence, l'OPEP, et en particulier les pays du Golfe Persique, devrait accroître sensiblement sa part dans la production mondiale de pétrole. En supposant que les investissements nécessaires pour l'accroissement des capacités de production soient réalisés, la part de l'OPEP dans la production mondiale de pétrole devrait passer de 42 % en 2005 à 52 % en 2030. Dans le reste du monde, l'augmentation de la production devrait être marginale et provenir pour l'essentiel de ressources non conventionnelles (les sables bitumineux au Canada, par exemple). Si les ressources mondiales sont jugées suffisantes pour satisfaire la demande à long terme, une augmentation significative des prix à l'horizon 2015 paraît vraisemblable en raison du temps de latence nécessaire à la mise en exploitation de nouveaux gisements.
Un phénomène similaire de concentration géographique s'observe pour le gaz, la Russie étant cette fois le principal bénéficiaire. 40 % de la production mondiale de gaz pourrait provenir de Russie à l'horizon 2030.

La croissance exponentielle de la Chine et de l'Inde explique pour l'essentiel cette forte pression sur les marchés de l'énergie

D'après le scénario de référence, la demande énergétique primaire de la Chine devrait plus que doubler en 25 ans, pour atteindre 3,8 milliards de tep en 2030. Dès 2010, la Chine pourrait dépasser les Etats-Unis pour devenir le principal consommateur mondial d'énergie. De même, la demande énergétique primaire de l'Inde devrait plus que doubler d'ici 2030, avec une croissance moyenne de 3,6 % par an.
La conséquence essentielle des croissances indienne et chinoise est l'explosion de la consommation de charbon. Les deux pays absorbent déjà 45 % de la consommation mondiale de charbon et, d'après le scénario de référence, devraient compter pour les quatre cinquièmes de l'accroissement de la production d'ici à 2030. Ces chiffres expliquent à eux seuls l'accroissement exponentiel de la consommation de charbon au cours des prochaines décennies. Les importations chinoises et indiennes de gaz et de pétrole devraient également augmenter très fortement au cours de la même période.

La combinaison d'une forte augmentation globale de la demande d'hydrocarbures et de la concentration des ressources chez un petit nombre de pays producteurs implique une réelle menace pour la sécurité énergétique des pays consommateurs

Si le fait d'importer de l'énergie ne constitue pas en soi une source d'insécurité, l'absence de diversité dans les sources d'approvisionnement placera les pays consommateurs à la merci de la moindre interruption des flux en provenance de quelques grandes zones de production en situation de quasi monopole. Or les deux principales régions productrices (le Golfe Persique pour le pétrole, la Russie pour le gaz) présentent chacune des facteurs d'insécurité. Le Golfe Persique est en proie à de graves troubles géopolitiques susceptibles de menacer à la fois la production et le transport du pétrole (les voies maritimes pour l'exportation du brut étant particulièrement vulnérables aux attaques). De sérieux doutes existent par ailleurs sur la capacité ou la volonté de la Russie à consentir les investissements nécessaires pour un accroissement durable de sa production gazière (dans la mesure où la Russie a un intérêt politique évident à entretenir l'incertitude, et partant la division et l'esprit d'accommodement, chez ses partenaires européens).

L'accroissement de la consommation d'hydrocarbures constitue en outre une lourde menace pour le réchauffement climatique


D'après le scénario de référence, les émissions mondiales de CO2 liées à l'énergie augmenteront de 57 % entre 2005 et 2030. Ayant supplanté les Etats-Unis dès 2007, la Chine est appelée à demeurer pour longtemps le premier émetteur de gaz à effet de serre; toutefois, le taux d'émission par habitant de la Chine ne devrait représenter que 40 % du taux américain en 2030. Avec un taux par habitant encore très inférieur, l'Inde devrait néanmoins devenir le troisième émetteur mondial de CO2, derrière les Etats-Unis.

Une action déterminée des pouvoirs publics au niveau mondial est nécessaire – et possible

C'est le principal enseignement de ce rapport: l'impact des politiques publiques de maîtrise de la consommation d'hydrocarbures pourrait s'avérer décisif. L'AIE envisage deux scénarios possibles:

le scénario de politiques alternatives: la mise en place des mesures actuellement envisagées par les gouvernements partout dans le monde pourrait aboutir à une stabilisation des émissions mondiales après 2020, puis à une réduction de 19 % à l'horizon 2030, par rapport au scénario de référence. Si cette baisse devait se poursuivre après 2030, la concentration atmosphérique à long terme de gaz à effet de serre, exprimée en équivalents CO2, pourrait se stabiliser à environ 550 parties par million (ppm). Selon l'estimation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), cette concentration correspondrait à une élévation de la température moyenne d'environ 3°C par rapport au niveau de l'ère préindustrielle;

le scénario de stabilisation à 450 ppm: pour limiter à 2,4°C au maximum la hausse moyenne des températures mondiales, la concentration à long terme de gaz à effet de serre dans l'atmosphère devrait être stabilisée à environ 450 ppm. Il faudrait pour cela que les émissions de CO2 culminent en 2015 au plus tard et diminuent ensuite jusqu'à atteindre, à l'horizon 2050, un niveau inférieur de 50 % à 85 % au niveau de 2000. Selon l'AIE, une telle diminution implique que les émissions de CO2 liées à l'énergie ne dépassent pas 23 Gt en 2030, soit 19 Gt de moins que dans le scénario de référence et 11 Gt de moins que dans le scénario de politiques alternatives. Ce résultat ne pourra être atteint que par une mobilisation exceptionnelle des pouvoirs publics et une série de ruptures technologiques. Il s'agira d'obtenir à la fois une utilisation plus rationnelle des énergies fossiles dans l'industrie, les bâtiments et les transports; une augmentation de la part relative de l'énergie nucléaire et des énergies renouvelables; ainsi que la généralisation du recours à la technologie de captation et de stockage du CO2 (CSC) dans la production d'électricité et l'industrie. La priorité des pouvoirs publics devra être la limitation de l'utilisation des centrales à charbon – ou à défaut, la généralisation extrêmement rapide de la technologie du charbon propre.

La nécessité incontournable de la coopération internationale


Dans tous les cas de figure, l'AIE souligne qu'aucun de ces défis ne pourra être résolu sans une coopération extrêmement étroite entre les pays de l'AIE d'une part, la Chine et l'Inde d'autre part. L'émergence soudaine de la Chine et de l'Inde au rang de géants économiques mondiaux est sans conteste un des phénomènes majeurs de ces dernières années. Cette émergence recèle d'innombrables opportunités pour le bien-être économique de l'humanité. Mal maîtrisée, elle comporterait toutefois des risques considérables pour la sécurité énergétique et l'avenir écologique de la planète.




Quentin Perret
Pôle Etudes, Responsable du Groupe Russie et Europe Orientale






pagerank


 Le prix Nobel de la Paix vient d’être décerné conjointement à Al Gore et au GIEC pour leur action en faveur de l’environnement. Comment analyser le fait que cette distinction soit attribuée cette année à des personnalités qui s’engagent pour l’environnement ? Al Gore, homme politique, aujourd’hui citoyen engagé pour l’avenir de la planète, est aussi perçu comme un homme de paix. L’équilibre mondial se joue autant sur la neutralisation des éventuels conflits que sur l’harmonie de l’homme avec son environnement. C’est l’engagement d’Al Gore pour cette osmose de la nature et de la culture qui est aujourd’hui récompensé, engagement de toute une vie qu’il convient d’évoquer et de remettre en perspective dans cette mobilisation urgente que l’état de notre planète appelle.
Al Gore à Oslo lors de la remise du Prix Nobel


L’histoire d’Al Gore

L’un des rares hommes politiques américaines à demander la ratification des accords de Kyoto par les Etas-Unis

Né le 31 mars 1948 Al Gore fait ses études à Harvard où il obtient un Bachelor of Art en juin 1969.
Sa carrière politique débute à la chambre des représentants en 1976, comme candidat dans la quatrième circonscription du Tennessee. Il sera réélu sans discontinuité en 1978, 1980 et 1982. En 1984 il est élu au Sénat face à son adversaire Victor Ashe.

Au cours de ses différents mandats Al Gore impressionne par sa maîtrise des dossiers environnementaux. En 1992 il est choisi par Bill Clinton pour être son colistier lors de la campagne présidentielle de la même année. Le 3 novembre il est élu 45eme vice-président des Etats-Unis, mandat renouvelé en 1996.
Considéré par les historiens comme l'un des Vice-présidents les plus influents et les plus actifs de l'Histoire américaine, il s’engage énergiquement pour la cause environnementale. Il prend ainsi diverses mesures contre le réchauffement climatique, la réduction de la couche d'ozone et la déforestation. En tant que président du Congrès (fonction dévolue au vice-président) il initie la première audition du Congrès et engage le débat avec les représentants élus. Il compte sur eux pour prendre des mesures fortes et concrètes, mais doit se heurter à certaines réticences. La « Carbon Tax », mesure dont le but est de réduire la consommation de combustible fossile, souhaitée et initiée par Al Gore, n’a été que partiellement mise en œuvre en 1993.  
En 1997 il se prononce pour la ratification du traité de Kyoto par les États-Unis mais le Sénat y reste opposé. Gore connaît aussi des succès. Il soutient le placement du satellite dans le cadre du programme Triana, pour accroître la conscience des problèmes environnementaux.
Candidat à l’élection présidentielle face à Georges Bush en 2000, il s’engage à faire ratifier le protocole de Kyoto s’il est élu.  Pourtant arrivé en tête avec 550 000 voix de plus que son adversaire Georges Bush, Al Gore, désavantagé par le système des grands électeurs, perd l’élection. Il se consacre alors à ce qu'il considère comme le combat ultime de sa vie, la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de l’environnement.


L’engagement de toute une vie

Al Gore prend conscience de la gravité du réchauffement climatique lors d'un cours à l'Université de Harvard du professeur Roger Revelle, l'un des premiers scientifiques à mesurer le taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère.  En 1992 Al Gore publie Earth in the Balance, dans lequel il traite un certain nombre de sujets liés à l’environnement.

Un pédagogue hors pair

C’est lors de sa tournée « The Slide Show » qu’il informe le grand public des craintes de la plupart des scientifiques sur le réchauffement global de la terre. Il décrit alors les conséquences graves pour la planète si la quantité de production humaine de gaz à effet de serre n'est pas significativement réduite dans un futur très proche.


 Son film « An Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange), est son plus important succès médiatique. Le film sort sur les écrans à New York et Los Angeles le 24 mai 2006. Gore et la Paramount, le distributeur du film, ont utilisé la recette afin de financer des campagnes éducatives sur le changement climatique.

Ce film présente de nombreux aspects catastrophistes, comme le risque de l'effondrement d'un inlandsis majeur, un glacier très étendu au Groenland ou en Antarctique, dont l'un ou l'autre pourraient élever les niveaux de mer globaux d'approximativement 6 mètres, provoquant l'inondation des secteurs côtiers et créant une centaine de millions de "réfugiés climatiques", les éco réfugiés. La fonte des eaux du Groenland pourrait stopper le courant du Gulf Stream et rapidement déclencher un refroidissement local dramatique en Europe nordique.


La conclusion du documentaire est que si les mesures appropriées sont prises rapidement, les effets du réchauffement peuvent être inversés avec succès, en libérant notamment moins de dioxyde de carbone et en cultivant plus de plantes et d'arbres. Enfin Al Gore invite tous les spectateurs à apprendre comment ils peuvent aider et à se mobiliser dans cette initiative.

Pour sensibiliser les spectateurs au problème du réchauffement climatique, le film présente la température annuelle et les niveaux de CO2 pendant les 650 000 dernières années déterminés par les analyses des carottes de glace prélevées en Antarctique.


Ses détracteurs : Jim Inhofe, Bush, John Howard


Al Gore accuse de manipulation ses détracteurs. Ceux-ci remettent en cause les origines du réchauffement climatique, et cherchent à entretenir, selon Al Gore, le doute et la septicité dans l’opinion publique, en opérant notamment une forte dichotomie entre les informations des médias spécialisés et des médias grand public.

L'agence de presse américaine Associated Press a interrogé  plus de 100 chercheurs et experts  sur la véracité du film. Ce sondage se déroulant avant la sortie nationale du film ou du livre, seuls 19 climatologues ont vu le film. Tous confirment les faits scientifiques relatés par Al Gore.

Mais le sénateur Jim Inhofe, président du Comité sénatorial de l’Environnement et des Travaux Publics des Etats-Unis déclare que « le réchauffement global est le plus grand canular jamais commis sur les Américains ». Cette intervention apparaît dans le film.

De même le Président Bush, interrogé avant la sortie du film pour savoir s'il comptait regarder le film, rétorque : "Ça m'étonnerait". Il a plus tard déclaré que "nous devons rester sceptiques quant au fait que les gaz à effet de serre sont causés par l'humanité ou de causes naturelles ". Gore réplique que "la communauté scientifique du monde entier s'accorde sur le fait que les êtres humains sont responsables du réchauffement planétaire et aujourd'hui encore il (Bush) a exprimé des doutes personnels sur la véracité de ces faits"

En 2006, Al Gore a effectue un voyage à Sydney pour promouvoir le film. Le premier ministre australien, John Howard refuse de rencontrer Al Gore et de s'engager sur le protocole de Kyoto,  sur la seule base du visionnage du film : "Je ne prends pas de conseils politique d'un film".

En octobre 2007, un juge anglais est même allé jusqu’à estimer que le Gouvernement anglais devait modifier le guide de diffusion du film aux enseignants ("Guidance Notes to Teachers") pour mettre en évidence que :
  1. le film est une oeuvre politique qui ne montre qu'un seul point de vue
  2. si les enseignants présentent le film sans le signaler clairement, ils peuvent se trouver en violation de la section 406 de l' "Education Act 1996" et coupables d'endoctrinement politique.
  3. Onze inexactitudes doivent être en particulier portées à l'attention des enfants des écoles

Le soutien de la communauté scientifique


En revanche Al Gore trouve un écho quasi unanime dans les milieux scientifiques. Ainsi RealClimate, collectif de 11 climatologues, honore les faits scientifiques du film comme " remarquablement à jour, contenant des références à une partie des toutes dernières recherches ", et  en France, Yann Arthus-Bertrand déclare :

« C'est un film très bien fait, à l'américaine, avec de l'humour, des applaudissements… En deux heures, il en fait plus pour l'environnement que moi en dix ans ! »

Les prises de position d’Al Gore ne font donc pas encore l’unanimité, surtout pour nombre de décideurs politiques ou d’industriels, sceptiques et méfiants à l’égard de thèses pouvant remettre en cause des intérêts économiques, sociaux et culturels. Néanmoins, outre la nécessité de développer et d’approfondir les recherches et les travaux en cours sur le réchauffement climatique et ses conséquences, les actions spectaculaires d’Al Gore ont le mérite de faire naître et de prolonger le débat, dans le but d’actions et d’une prise de conscience internationales d’envergure.

En décernant conjointement, à Al Gore et au GIEC, le prix Nobel de la paix, le jury de la vénérable institution norvégienne a voulu récompenser ces actions en faveur d’une véritable prise de conscience de la lutte pour l’environnement.


Environnement et géopolitique : l’écologie au service de la paix

L’environnement, symbole de l’harmonie entre les hommes et la nature, est aussi synonyme de paix, dans des sociétés civilisées où l’homme respectant l’environnement naturel, se respecte lui-même, respecte ses semblables et ses origines.

Un environnement respecté et équilibré avec les activités humaines contribue à une paix stable mais toujours fragile (pensons aux ressources en eaux et aux éventuelles tensions crées par une mauvaise répartition). La stabilité et la paix créent également les conditions premières et nécessaires aux sociétés pour réfléchir sur les défis écologiques.

En attribuant le prix Nobel de la paix à des défenseurs de la cause écologique, un signal fort a été envoyé : un monde pacifié sur une planète naturellement déstructurée n’a pas de sens et ne sera pas viable à terme.

La lutte pour la préservation de l’environnement mondial et la lutte pour la paix vont de pair et finalement les deux causes se rejoignent aujourd’hui dans une seule ambition : une humanité pacifiée dans un monde propre et un tant soi peu vivable.

En France Nicolas Hulot, personnalité issue de la société civile, ne cesse depuis plus de 20 ans, d’alerter l’opinion publique de l’urgence de la situation, par le biais d’émissions télévisées ou grâce au travail de sa Fondation. Ayant refusé toute responsabilité politique (il a, à plusieurs reprises, décliné la proposition d’être Ministre de l’Environnement), il s’est néanmoins servi de la dernière élection présidentielle pour imposer aux politiques un pacte environnemental, en échange, sinon de son soutien, du moins d’une popularité non écorchée par une image de mépris des questions environnementales. Nicolas Hulot apparaît, en utilisant des moyens différents, comme « l’Al Gore français ».

Pourtant l’environnement, l’écologie et la biodiversité, véritables enjeux mondiaux, n’ont toujours pas de relais assez fort au niveau européen. La politique environnementale a toujours été l’un des axes majeurs de la politique européenne, néanmoins il manque dans ce secteur, comme dans tant d’autres, une réelle harmonisation européenne (pensons seulement aux différentes politiques mises en œuvre par les États ou les collectivités dans le domaine du tri et du recyclage). Les États souhaitent conserver leurs propres marges de manœuvres car l’écologie remet en cause les politiques industrielles, économiques, d’emploi et d’éducation. A l’image d’un Haut-représentant pour la politique étrangère, prévu dans le traité simplifié, il est important que les intérêts écologiques européens, trouvant forcément écho au niveau mondial, soient défendus par une personnalité capable pareillement à Al Gore ou Nicolas Hulot, de créer le débat, d’alerter l’opinion publique et de faire bouger les lignes pour l’avenir de l’humanité.

Al Gore se rendra au Grenelle de l'environnement pour cloturer ces rencontres aux côtés de Nicolas Sarkozy, José Manuel Barroso et, sans doute, Wangari Maathai, autre prix Nobel de la Paix. Nous espérons pouvoir lui poser quelques questions!

Cédric GAUTHIER
Pôle Études
Groupe Environnement et Développement Durable




Liens :

http://www.criseclimatique.fr/
http://nobelprize.org/index.html
http://emploi-environnement.com/ae/news/1999.php4