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Après la rencontre avec Christian Heldt de mai dernier, l’Atelier Europe revient sur les relations franco-allemandes. Dimanche 14 octobre, l’Atelier a participé au dîner-débat organisée par la Konrad Adenauer Stiftung (KAS), en partenariat avec l’Institut Français des Relations Internationales (l’IFRI). Thème du débat : l’Allemagne et la France, moteur ou frein à l’Europe ?


  Alfred Grosser (professeur émérite à l’IEP de Paris, Grand officier de la Légion d’honneur) a ouvert le dîner en dressant un bilan de la coopération franco-allemande, du point de vue des relations bilatérales, mais également dans le cadre plus large de l’Union européenne. Comment est perçu le moteur franco-allemand en Allemagne depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République ?
 Alfred Grosser à la tribune du salon « Toit de Paris »

Les irritations du couple franco-allemand
On ne peut ignorer les irritations qui sont apparues dans le « franco-allemand » depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir : traité constitutionnel, position sur les fonds spéculatifs, la Banque centrale européenne, la Lybie, EADS. À Berlin, le sentiment est que le président français veut mettre en œuvre une politique financière que l’Europe ne veut pas. L’autre reproche de Berlin à Paris réside dans la méthode du Président Sarkozy, perçue outre-Rhin comme une expression du « moi je » français.

ONU
L’Allemagne sait que la France plaidera pour que l’Allemagne ait un siège au Conseil de sécurité des Nations-Unies... tant que cela ne sera pas possible, notamment parce que Washington s’y oppose. Les raisons de cette opposition sont diverses, la principale est qu’il serait impossible de faire rentrer l’Allemagne dans le prestigieux Conseil sans y inviter le Brésil, le Japon ou l’Inde, ce qui remettrait en cause tout le système.

Autre pomme de discorde : l’atome
L’énergie atomique va continuer de diviser la France et l’Allemagne pendant longtemps. La population allemande reste pour la grande majorité totalement opposée à la construction de nouvelles centrales nucléaires, contrairement à la France où l’énergie atomique fait globalement consensus entre la droite et la gauche. Partant de ce constat, comment construire une politique énergétique commune si l’on ne parvient pas à se mettre d’accord sur l’énergie nucléaire ?

Quid de la recherche et des échanges culturels ?
Au-delà de ces irritations franco-allemandes, la coopération scientifique et industrielle (malgré les difficultés avec EADS) est plutôt dynamique. En revanche, sur le plan culturel, nul ne peut nier le fait que le « franco-allemand » recule tous les jours. Les Instituts français en Allemagne continuent de vivre grâce aux subsides allemands, il n’y a quasiment pas de contrepartie française. Les institutions transnationales, qui permettent à la société civile de s’exprimer, font cruellement défaut (l’Atelier Europe espère à terme ouvrir un bureau en Allemagne !). Symbole des échanges culturels franco-allemands, l’OFAJ (l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse), crée dans la foulée du Traité de l’Elysée de 1963,  par le Général de Gaulle et Konrad Adenauer, est en train de mourir lentement. Il faut néanmoins souligner une initiative très intéressante:  Deutschmobile et France Mobile
s'occupent de promouvoir l'allemand et le français, en faisant du "porte à porte" d'école en école, c'est-à-dire en présentant les avantages de l'appentissage de ces deux langues au sein des collèges et des lycées de France et d'Allemagne.

Le moteur franco-allemand et l’UE
Lorsque l’on parle des relations franco-allemandes, la question fondamentale « le couple franco-allemand est-il toujours le moteur de l’Europe ? » revient systématiquement sur la table. Sur le sujet, Alfred Grosser a insisté sur le concept de « l’Europe du noyau », ce regroupement qui devrait éviter un partage de l’Europe en  zones d’influence, la Méditerranée (espace qu’il s’agirait de définir…) pour la France, et l’Europe de l’Est pour l’Allemagne.
Or qu’est ce que l’on observe ? Pendant que la Présidence allemande de l’Union européenne se concentrait, entre autres choses, sur l’Asie centrale, comment redynamiser la Politique Européenne de Voisinage et le partenariat stratégique avec la Russie, en France Nicolas Sarkozy mettait de plus en plus en avant son idée de politique méditerranéenne.

Sur le terrain de la politique extérieure, l’Allemagne semble regretter que la France n’ait pas joué le rôle de médiateur, avec la Pologne ou la République tchèque par exemple. Lorsque la question des Sudètes est revenue sur la table des négociations, certains Allemands ont été surpris par la réaction d’un représentant de l’Ambassade de France à Prague, qui a répondu à la demande de médiation par un «  ce n’est pas notre affaire ».  Au sujet de la Pologne, il est évident que le triangle Chirac-Schröder-Poutine a largement perturbé le triangle de Weimar entre Paris, Berlin et Varsovie, et il faut donc espérer que le changement de leadership, tant en France qu’en Allemagne, change la donne. L’Allemagne tente de travailler à nouveau de concert avec la Pologne, et à ce titre, la KAS fait un travail remarquable pour favoriser ce rapprochement. Mais force est de constater que les sentiments anti-allemands sont toujours vivaces en Pologne. Enfin, sur l’élargissement, Monsieur Grosser a insisté sur le fait « qu’il faut prendre conscience de ce que l’on peut faire et de ce que l’on doit faire ». Refuser l’ouverture du marché du travail aux Polonais, cela favorise le travail au noir dans l’Union européenne, dans le secteur vinicole par exemple.

Les points de convergence : Russie, Israël
Les points de convergence entre l’Allemagne et la France se retrouvent dans la politique vis-à-vis d’Israël et de la Russie : soutien à l’Etat d’Israël mais lutte contre les nouvelles implantations dans les territoires; dialogue franc et surtout fermeté avec la Russie dans le cadre du partenariat stratégique. Comme l’a souligné Monsieur Grosser, « dans le franco-allemand, on en est plus à dire que quand Berlin (ou Paris) va à Moscou, c’est contre l’autre ». Mais l’Allemagne attend davantage de cohérence et de fermeté dans la politique française vis-à-vis de la Russie.


Pour finir, Monsieur Grosser a rappelé les deux fondamentaux de la relation franco-allemande, qui permettent cette compréhension des rapprochements :
- la prise en compte de la souffrance de l’autre
- la prise de distance par rapport à soi-même
En d’autres termes, il ne faut pas s’enfermer dans une identité, se ghettoïser, et refuser de s’exclure et d’exclure les autres.



   L’Atelier Europe remercie chaleureusement Béatrice Gorawantschy, Directrice du bureau parisien de la Fondation Konrad Adenauer, pour son invitation.
 Camille Servan-Schreiber, Béatrice Gorawantschy,
Vincent Yquel; Hôtel Hilton




Camille Servan-Schreiber
Vice-Présidente, Responsable du Pôle Études

NDLR: Cet article fait suite à celui-ci.



8 dirigeants, 3 jours de négociations marathon et 1 compromis, voilà pour résumer en quelques chiffres le sommet du G8 à Heiligendamm en Allemagne. Accord a minima critiqueront certains, mais un accord que l’on peut accueillir avec satisfaction si l’on se rappelle la détermination affichée par l’Allemagne avant le sommet, et reprise par Nicolas Sarkozy. Comme l’avait souligné le Président français à la veille du sommet, il vaut mieux «pas d’accord qu’un mauvais accord ».

Une triple victoire sans perdants

Le communiqué officiel assure l’unité et la cohérence des visions des participants, et s’inscrit dans une logique de gagnant-gagnant. Aucune des parties ne s’est inclinée, les points clés chers aux européens ont été respectés, sans toutefois s’imposer de manière trop coercitive aux Etats-Unis. Le premier succès a d’ailleurs été obtenu grâce à la concession américaine. Les Etats-Unis  reconnaissent le réchauffement climatique comme étant d’origine humaine, ainsi que la nécessité de le combattre : « les émissions de GES doivent cesser de croître, et cela doit être suivi par des réductions substantielles des émissions globales » (communiqué officiel). L’avancée est de taille pour une administration qui niait jusque là l’origine anthropique de ce phénomène.
 
 
Angela Merkel, Nicolas Sarkozy,
Vladimir Poutine et George Bush
le 7 juin 2007 à Heiligendamm
(AFP)


Maintenant que le constat est unanimement admis, sur quels objectifs s’engager ? Les résultats sur ce point sont en demi-teinte. Bien que le texte mentionne la réduction des GES comme nécessaire, il ne porte aucune obligation formelle sur les quantités ou le calendrier à respecter. Cette absence d’engagement chiffré constitue la ligne rouge des Etats-Unis et la dépasser, à ce stade, parait impossible.

Pas d’engagement donc, mais une impulsion qui va dans le bon sens. Il faut espérer qu’elle survivra jusqu’en décembre, lors de l’ouverture des négociations sur l’après-Kyoto à Bali. La volonté européenne d’inscrire toute négociation dans le cadre de l’ONU a finalement été respectée par nos partenaires américains, contrairement à leur souhait initial d’éviter des négociations multilatérales. Placer les futures négociations sous l’égide de l’ONU est une réussite majeure, car elle fixe un cadre commun de discussion et garanti l’implication du plus grand nombre de pays.


Un binôme de choc


Deux personnalités se sont détachées des participants à ce sommet, et leur forte implication n’est pas étrangère à l’obtention d’un accord, là où nombre d’experts pariaient sur un échec.

D’un coté, Angela Merkel, seule femme parmi ses invités masculins, a déployé tout son talent pour défendre la proposition européenne, tout en faisant évoluer en douceur la position américaine. Aussi bien fine et habile négociatrice qu’hôte attentionnée, elle a usé de tout son talent diplomatique, faisant ainsi dire au politologue Henrick Uterwedde « Angela Merkel a fait preuve de sa capacité à arrondir les angles ». D’autre part, le recentrage de la politique extérieure allemande, qui a fait de sur l’amélioration des relations transatlantiques,porte également ses fruits. La rupture avec la position de son prédécesseur, et les concessions effectuées depuis son arrivée au pouvoir il y a bientôt deux ans, ont permis à Angela Merkel d’arriver à « un accord fructueux », pour reprendre ses propres termes.



 De l’autre coté, il faut saluer la performance du chef de l’Etat français, qui fut très actif sur tous les fronts. Pour son premier sommet du G8, Nicolas Sarkozy a multiplié les entretiens bilatéraux, en dialoguant avec franchise avec tous ses interlocuteurs. Il a abordé tous les sujets, y compris les plus délicats, comme la situation en Tchétchénie avec le président Poutine. Avec le Président Bush, il a trouvé le ton juste, expliquant par exemple à son homologue « qu’il fallait agir vite, car plus vite on agit, moins ça coûte cher ». Sur le climat, il a œuvré pour donner de la consistance au texte, mais il reste cependant lucide sur les efforts qu’il reste à accomplir. « On peut mieux faire encore » concède-t-il en effet.
 George Bush et Nicolas Sarkozy en grande discussion (AFP)
 

Le binôme de négociateurs de choc se complète à merveille. « Merci pour ton énergie » a glissé Angela Merkel à Nicolas Sarkozy en guise de remerciement, pour avoir porté haut la voix de l’Europe.


Quels bilans ?


L’élan.
•    Heiligendamm a entériné un changement historique de la position américaine, restée longtemps figée, sur l’impératif climatique. Les Etats-Unis prennent le train en marche et nous espérons qu’ils entraîneront avec eux les autres pays, dans des négociations encadrées par l’ONU. Rendez-vous donc à Bali dans six mois, pour transformer cet essai, sous l’œil attentif des Nations-Unies.

•    Le couple franco-allemand, que beaucoup pensaient affaibli, n’a rien perdu de sa vigueur. S’inscrivant pleinement dans une logique européenne, il a été d’une grande efficacité : l’Europe a parlé d’une seule voix, et surtout, elle a été écoutée. Nicolas Sarkozy a clairement affiché l’importance qu’il accorde à la nécessité d’engager l’économie mondiale vers la sobriété en carbone. Il devrait naturellement déployer autant d’ardeur au niveau national, lors du Grenelle de l’environnement qui se tiendra courant septembre à Paris.



Pour résumer sur ce sommet du G8: pas d’actions, mais des perspectives d’actions encourageantes. Certes, l’urgence est bien réelle et ne pousse guère à l’optimisme. Mais loin de se laisser accabler par les sirènes les plus pessimistes, il convient de se réjouir de ces avancées, aussi minimes paraissent-elles,, et de mesurer le chemin parcouru. Les déclarations d’aujourd’hui portent les engagements de demain.

Un proche, ayant longtemps travaillé sur ces problématiques, se plait à répéter que « le succès en la matière passe par l’apprentissage de la frustration ».


Xavier ARNAUD et Paul DOUCET
Atelier Europe de l’UMP
Pôle Etudes / Groupe Développement Durable


    À l'occasion de la fête de l'Europe, l'Atelier Europe de l’UMP a organisé une soirée-débat sur le thème de « L’avenir des relations franco-allemandes dans une Europe élargie » en la présence de Monsieur Christian Heldt, Diplomate allemand et Conseiller auprès du Ministre français des Affaires Etrangères.


    Dans son propos introductif Vincent Yquel, Responsable de l’Atelier Europe, a salué les propos d’Angela Merkel qui au lendemain de la « victoire éclatante » de Nicolas Sarkozy a exprimé sa volonté « d’intensifier les relations-franco allemandes ». La modération du débat a été ensuite assurée par Camille Servan-Schreiber, Responsable du Pôle Etudes, Arnaud Magnier, Responsable des relations avec le Parlement Européen et Vincent Yquel.


    Monsieur Christian Heldt a souligné  qu’en dépit de réelles réussites de la coopération franco-allemande, beaucoup de lacunes persistent dans notre compréhension de l’autre. Ceci est vrai, par exemple, au niveau de la compréhension du fonctionnement des structures législatives. Ainsi, en Allemagne, les lois doivent être adoptées par tous les Länder avant d’être adoptées au niveau fédéral. Sur le projet de traité simplifié proposé par Nicolas Sarkozy, Monsieur Christian Heldt souligne que la classe politique allemande a plutôt bien accueilli ce projet. L’objectif de la Présidence allemande  est d’ailleurs de trouver un consensus avec les partenaires européens sur UN traité constitutionnel (et non sur LE traité constitutionnel).  Monsieur Christian Heldt a dailleurs rappelé la position exprimée par Michel Barnier sur ce sujet : Il faut rapidement se mettre d’accord sur une « boite à outils » qui puisse faire fonctionner cette machine énorme qu’est devenue l’UE à 27.

    Sur la question de l’élargissement et plus particulièrement sur la question de la Turquie, Monsieur Christian Heldt rappelle qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont des points de vue similaires. Madame Angela Merkel est en effet très attentive au concept de « capacité d’absorption » de l’UE. Malgré les engagements pris par son prédécesseur G. Schröder, elle privilégie la piste des « partenariats privilégiés », que ce soit avec l’Ukraine ou avec la Turquie.

En conclusion, Monsieur Christian Heldt a expliqué qu’il faudrait mettre encore « plus de bonne volonté et de tolérance » dans nos relations.


Un compte-rendu est aussi disponible ici.
Des photos sont en ligne .

L'Atelier Europe recevait hier, Monsieur Christian Heldt, Diplomate allemand et Conseiller du Ministre des Affaires étrangères... Nous mettrons bientôt le compte-rendu en ligne ainsi que plus de photos... mais pour vous faire patienter, en voici déjà deux:

   
Une discussion franche et des plus intéressantes
 Monsieur Christian Heldt