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 Madame le Député européen Véronique Mathieu, membre de la Commission de l'agriculture et du développement rural, répond à notre question: "C'est un lieu commun d'affirmer que les chasseurs sont remontés  contre la réglementation européenne. Cette attitude est-elle justifiée ou bien n'est-ce uniquement que l'expression d'intérêts  personnels contrariés par l'intérêt général ?"


Avec la directive oiseaux, les chasseurs, français  notamment, ont été l’une des toutes premières catégories de citoyens,  dès 1979, à mesurer ce que signifiait la suprématie du droit  européen, en l’occurrence celui de l’environnement, sur le droit  national. Mal informés tout autant que mal préparés, sur les  conséquences de cette directive, ils en ont gardé une défiance vis-à- vis "de Bruxelles". Cette directive, puis la directive habitat, en  1992, (Natura 2000) provoquèrent dans l’opinion des chasseurs des effets semblables aux sentiments que suscita dans une grande partie de l’opinion française, en 2004, la directive relative aux services dans le marché intérieur, dite directive Bolkestein. Les chasseurs ne  sont donc, ni plus, ni moins, « remontés contre la réglementation  européenne » que d’autres catégories de citoyens confrontés à l’émergence de dispositions issues d’un droit supranational.

L’utilisation dogmatique qu’ont fait de celui-ci les milieux écologistes, dans une stratégie de harcèlement procédurier, n’a pas peu contribué à conforter les chasseurs dans l’idée que l’Europe en voulait à leurs pratiques et donc à leur liberté.

Il a incontestablement manqué un travail de pédagogie pour faire comprendre que les directives obéissaient à une volonté de protection et de conservation du patrimoine naturel dans lesquelles les chasseurs sont, par ailleurs, impliqués de longue date. D’où une incompréhension profonde. Ni les pouvoirs publics, ni les institutions cynégétiques n’ont su mettre en œuvre les actions de sensibilisation et de formation qui auraient permis aux chasseurs  d’appréhender de façon positive la législation et les réglementations  nationales découlant de l’application des directives. Cette  incompréhension a été instrumentalisée par les milieux écologistes, mais aussi cynégétiques, les plus radicaux.

C’est moins une réaction "corporatiste" que l’impression d’être mis hors jeu sur des questions les intéressant directement, qui a fait naître un sentiment antieuropéen dans l’opinion des chasseurs.

Le temps aidant, les hostilités s’émoussant et la réalité des faits s’imposant, le droit de la chasse en France s’est progressivement adapté aux exigences de la directive oiseaux ; en ce qui concerne Natura 2000, les chasseurs ont progressivement compris le parti qu’ils pouvaient en tirer en terme de protection des milieux. 

L’Europe a sans doute perdu vingt ans, au bas mot, pour se faire comprendre des chasseurs qui, eux-mêmes, en ont certainement perdu autant pour se faire comprendre de l’Europe.



L'Atelier Europe remercie chaleureusement Madame le Député européen d'avoir participé aux Lundis de l'Europe et vous invite à la retrouver sur son site.