 | La politique de voisinage semble donner peu de résultats concrets. Comment l'UE pourrait-elle davantage aider ses voisins orientaux, comme l'Ukraine ou la Biélorussie ? Quels nouveaux cadres de coopération serait-il possible de mettre en place ? Monsieur le Député européen Alain Lamassoure nous répond. |
Le problème principal posé par la politique de voisinage de l’Union n’est pas dans l’Union mais dans les pays concernés.
Après un demi-siècle de politique de coopération envers les pays en développement, après les exemples européens du Plan Marshall, des fonds structurels du budget communautaire, de l’aide au Mezzogiorno italien, les échecs incroyables de tant d’Etats riches de pétrole ou de matières premières, et les exemples contraires donnés par les pays émergents d’Asie et d’Amérique latine, la cause est entendue : le développement dépend dix fois plus des efforts propres des Etats que du niveau de l’aide extérieure ou des richesses géologiques. L’aide n’est utile que si les pays bénéficiaires ont la capacité politique et administrative de l’utiliser efficacement et d’en faire profiter un maximum de la population. Bref, le développement dépend de la gouvernance interne, bien plus que de la générosité externe.
La grande difficulté pour les pays donateurs est de parvenir à faire admettre aux bénéficiaires les réformes politiques correspondantes. Entre anciens colonisateurs et colonisés, c’est pratiquement impossible. Entre pays européens, nous y sommes parvenus, en contrepartie de la promesse faite aux intéressés de devenir membres de la famille de la Communauté européenne. Les réussites ont été ici remarquables : l’Irlande, qui était le pays le plus pauvre du continent lorsqu’elle est entrée dans la CEE, est aujourd’hui l’un des trois plus riches. Après l’Espagne, le Portugal, la Grèce, les pays de l’Est sont entrés à leur tour dans ce cercle vertueux.
Mais comme Nicolas Sarkozy le rappelle souvent, il n’y aura pas d’Europe politique possible sans frontières ultimes. Vis-à-vis de la Turquie et des pays sud-méditerranéens, nous devons inventer un nouveau mode de relation, qui permette d’aider ces pays à devenir des démocraties modernes et développées, sans pouvoir leur offrir l’entrée dans l’Union. C’est l’enjeu du statut de « partenaire associé » que notre nouveau Président a proposé officiellement au Premier Ministre Erdogan, et, au-delà de la Turquie, du projet d’Union méditerranéenne, qui devrait être lancé pendant la présidence française.
Les pays balkaniques, comme l’Ukraine, la Moldova, la Biélorussie représentent un cas différent. S’ils le souhaitent, ces pays européens peuvent avoir vocation à rejoindre l’Union, mais ils sont encore très loin de remplir les conditions politiques élémentaires : la Biélorussie est restée une dictature quasi stalinienne, la Moldova et plusieurs pays issus de la Yougoslavie n’ont pas encore décidé de leurs propres frontières et de leur statut national, tandis qu’en Ukraine les promesses de la « révolution orange » seront manifestement longues à tenir.
Vis-à-vis de ces pays, ce que nous pouvons faire de plus utile, c’est les aider à gagner leur indépendance énergétique à l’égard de la Russie. C’est un des enjeux majeurs de la politique énergétique européenne que le nouveau traité permettra à l’Union d’engager dès 2009.
L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il lui apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.

 | Nous commençons cette semaine une série de questions consacrées au cinquantième anniversaire du Traité de Rome. Monsieur le Député Alain Lamassoure ouvre cette série en répondant à une question d'histoire: "Pourquoi le Traité de Rome en 1957?"
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Le traité de Rome est né de la rencontre entre une volonté historique de quelques hommes de bonne volonté et deux événements inattendus.
La volonté historique, c’est celle des « pères fondateurs » : Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer notamment, de mettre en place, entre les pays européens, un type de relations radicalement nouveau, qui rende la guerre impossible. Le traité charbon-acier (CECA) de 1951 en avait été la première réalisation.
Les deux événements inattendus furent deux échecs graves. Le premier, c’est celui du second traité conçu par Jean Monnet, la Communauté européenne de défense (CED). Le 30 août 1954, l’Assemblé nationale française a rejeté sa ratification, moins par anti-européanisme, que parce que moins de dix ans après la guerre, la renaissance d’une armée allemande, même dans un cadre européen, effrayait encore une partie de la classe politique française : les temps n’étaient pas mûrs.
Le second événement, c’est le fiasco de l’expédition militaire franco-anglaise contre l’Egypte lorsque Nasser à nationalisé le canal de Suez en 1956. Propriétaires du canal, les deux pays ont voulu le reprendre par la force. L’opposition catégorique de l’URSS et des Etats-Unis les a obligés à une retraite piteuse. C’est alors qu’est intervenu une coïncidence, très peu connue des historiens. Par un complet hasard, le 6 novembre, jour de la "capitulation" anglo-française, le Chancelier Adenauer était à Paris. Il dit alors à notre Ministre des Affaires étrangères, Christian Pineau :
"La France et la Grande-Bretagne ne seront plus jamais des puissances comparables aux USA ou à l'URSS. Ni l'Allemagne non plus. Il ne leur reste qu'une façon de jouer un rôle décisif dans le monde: s'unir pour faire l'Europe. L'Angleterre n'est pas encore mûre, mais l'affaire de Suez contribuera à l'y préparer. Nous n'avons pas de temps à perdre : l'Europe sera notre revanche."
Et ce n’est pas un Français, ni un Allemand, mais le Belge Paul-Henri Spaak qui a alors pris le relais pour lancer l’initiative politique qui a conduit à concevoir le « marché commun », complété par le traité Euratom. La Communauté économique européenne était née.
Relais d’hommes de bonne volonté pour trouver des solutions imaginatives ; utilisation des événements, y compris des échecs, pour rebondir ; convergence des analyses chez les pays fondateurs, alors que la Grande-Bretagne hésite : tous les ingrédients d’il y a cinquante ans sont ceux dont nous avons besoin de nouveau aujourd’hui.
L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il lui apporte.
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