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La Fondation Nicolas Hulot a accepté de recevoir l’Atelier Europe pour débattre du Grenelle de l’environnement. Nous avons été reçus très chaleureusement par Monsieur Blanchon, qui est la voix de la Fondation pour tout ce qui concerne la biodiversité, l’agriculture, les territoires et la mer (dimension extra-périphérique de l’Union européenne). Quel regard porte une fondation écologique acteur du débat sur le Grenelle de l’environnement?

Le Grenelle de l’environnement est l’une des premières manifestations phares de la présidence Sarkozy qui réunit tous les acteurs de la société. Elle symbolise l’engagement de Nicolas Sarkozy pour l’environnement, promesse qui a été faite pendant la campagne, puisqu’il a signé, comme les autres candidats, le Pacte écologique. Monsieur Blanchon a rappelé que le Grenelle n’est cependant pas une initiative présidentielle, mais « qu’elle dérive directement des ONG ». Сe sont ensuite les cabinets ministériels qui ont fixé l’ordre du jour et organisé l’évènement. 
 
Monsieur Blanchon (à gauche) et Xavier Arnaud


La complexité du sujet ne doit pas nous empêcher agir

L’environnement est un sujet très vaste, et complexe. Il touche à des secteurs très variés et a des implications sociales, économiques et industrielles très importantes. Il appelle donc des réponses transversales et nuancées. Pour la réforme de la Politique Agricole Commune par exemple, il faut croiser les enjeux propres à chaque pays européens, mais également ceux de l’Europe au sein de l’OMC, ainsi que la problématique de développement Nord / Sud. Tout le monde sait que « les politiques exportatrices des Etats-Unis et de l’Europe tirent vers le bas l’emploi rural dans les pays du Sud ». Mais cette multiplication et cette imbrication des enjeux ne doit pas pour autant nous décourager. Au contraire, il est possible de proposer dès aujourd’hui plusieurs actions, et d’apporter les premières réponses à cet immense défi pour l’avenir de nos sociétés qu’est le développement durable.


Un travail pédagogique indispensable

Monsieur Blanchon a souligné la nécessité « d’exposer aux Français les enjeux et les différents scénarii énergétiques qui sont devant nous, afin de faire bouger notre politique énergétique ». Le premier cap se situe à l’horizon 2020. Ce travail de pédagogie doit permettre de dépasser certains clivages, de cesser de penser les réponses au défi énergétique en terme de « pour » ou « contre ». L’énergie qui dérive des éoliennes par exemple n’a pas bénéficié d’un vrai débat public, comme cela a été le cas il y a quelques années pour le nucléaire. Il s’agit donc de définir ce qu’on met dans le bouquet énergétique, la part de chaque énergie renouvelable dans celui-ci, quelles mesures il est urgent de prendre pour réduire notre consommation d’énergie, et enfin de se mettre d’accord sur les modalités de mise en œuvre.


Les attentes de la Fondation vis-à-vis du Grenelle

- La Fondation attend du Grenelle l’émergence d’un prix au carbone. C’est la mesure structurante qui doit être prise en priorité.

- La Fondation milite pour la création d’une commission parlementaire (Assemblée nationale / Sénat) qui permette de développer des approches transversales d’un certain nombre de sujets liés à l’écologie. Elle attend que « l’Etat réalise une synthèse utile et lisible de 15 plans d’action qui nous permettent de changer de cap ».

- La fiscalité verte : la fiscalité écologique consistait auparavant à des bouts de taxe qui se rajoutaient à une fiscalité existante, ce qui n’est pas le bon schéma. « Il faut inventer une fiscalité vertueuse et non destructrice, afin que les entreprises suivent le mouvement ». Or les  entreprises ont à la fois envie et besoin d’être associées à ces nouvelles règles du jeu. La question essentielle est la suivante : dans quelles conditions de solidarité et d’équité sociales peut-on faire cette réforme fiscale ? Une taxe sur les énergies carbonées pourrait par exemple s’accompagner d’une baisse sur les charges sociales, pour équilibrer le processus. La fiscalité écologique est un sujet majeur car elle des répercussions socio-économiques très importantes : « une fois la fiscalité verte adoptée sur ce schéma, les délocalisations n’auront plus de sens et le dumping social tendra à diminuer ». M. Blanchon a également insisté sur le statut économique de la biodiversité, en rapport avec l’utilisation des espaces naturels par le tourisme de masse. Il serait à ce titre judicieux d’introduire des droits d’accès, afin d’accroître la prise de conscience du public sur la dégradation de ces espaces.

- Une clarification des compétences entre l’Etat et les collectivités territoriales
Les compétences de l’Etat sont souvent diluées, sur de nombreux sujets, comme celui de la mer. L’Etat a à l’heure actuelle davantage un rôle de contrôle administratif que de véritable stratège capable de proposer des stratégies de développement aux citoyens. Il faut donc clarifier les compétences Etat / collectivités. L’échelon territorial doit ensuite continuer de porter à son niveau les engagements du Grenelle.


« Une véritable révolution »…..à laquelle Nicolas Hulot a largement contribué
Monsieur Blanchon considère que le fait « que cette grande question soit portée au niveau de l’Etat est une véritable révolution pour la société française ». Tout comme Al Gore a largement permis une prise de conscience mondiale sur le changement climatique, Nicolas Hulot a permis un changement d’image de l’écologie en France et une véritable mobilisation de l’opinion. Il a contribué à « déghettoïser l’écologie », en portant un discours audible non seulement par les ONG et les Verts, mais également par les grands acteurs économiques, le gouvernement, les syndicats et l’opinion publique. L’idée du Grenelle est née en 2005, lors d’une réunion sur une péniche à Paris. C’est le point de départ du travail sur le Pacte écologique. Depuis, un immense travail a été réalisé pour en arriver au Grenelle de l’environnement.

« Le gouvernement ne peut décevoir, il doit parler d’une seule voix »
Monsieur Blanchon a insisté sur la responsabilité du gouvernement qui doit parler d’une seule voix sur ces dossiers (gouvernance, santé, environnement, biodiversité, énergie, etc.) - ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui-, montrer les objectifs à atteindre pour la société et enfin les étapes et le délai pour y arriver. Le gouvernement ne peut pas décevoir, les attentes sont fortes. Les français l’attendent au tournant, c’est à lui de jouer maintenant.


Le Grenelle : une étape dans l’agenda des 5 prochaines années, qui passera par Bruxelles

Pour conclure, Monsieur Blanchon a rappelé que le Grenelle n’est qu’une étape dans le changement de cap que doit impulser le gouvernement La prochaine étape est celle de la Présidence française de l’UE, sur laquelle la Fondation entend bien influer, en apportant des propositions concrètes à l’ordre du jour. Monsieur Blanchon a souligné les insuffisances de la politique énergétique européenne. Sur ce sujet, la France peut devancer les initiatives européennes et permettre d’amplifier le mouvement, ce qui permettra de passer de l’échelon national à l’échelon européen. Ce rôle moteur de la France doit se faire sans arrogance, car il faut rappeler que certains pays ont déjà bien avancé sur les dossiers environnementaux, comme par exemple la Suède pour la fiscalité écologique.




L’Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur Jean-Jacques Blanchon, directeur des programmes de la Fondation Nicolas Hulot.


Camille Servan-Schreiber
Vice-présidente
Responsable du Pôle études

Xavier Arnaud
Pôle Etudes
Co-responsable du Groupe Environnement Développement Durable