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 Bollaert Nous remercions très sincèrement Monsieur Baudouin Bollaert qui a accepté de répondre à nos questions le 5 février dernier. Baudouin Bollaert est ancien rédacteur en chef au Figaro pour lequel il a été longtemps correspondant à Bonn, Londres, Rome, Washington et Bruxelles. Spécialiste des questions européennes, il est aujourd’hui chargé d’enseignement à l’IEP Paris, ainsi qu’à l’Institut Supérieur de l’Armement et de la Défense (ISAD) Paris II, spécialisé dans les relations internationales. Baudouin Bollaert a également écrit en collaboration avec Jacques Barrot, Vice-président de la Commission européenne en charge des transports, L’Europe n’est pas ce que vous croyez (Ed. Albin Michel, Février 2007).


 
 Que répondez-vous à ceux qui estiment que la politique de solidarité et de cohésion de l’Union européenne fausse quelque peu le jeu de la concurrence en Europe ? Car quand Bruxelles aident les pays les moins riches d’Europe, elle prône dans le même temps une concurrence des marchés libre et non faussée.
Selon Baudouin Bollaert, la politique de solidarité de l’Union à travers les fonds structurels, le fonds social européen et les autres subventions aux pays et régions les plus défavorisés aujourd’hui, constitue l’un des fondements les plus importants de la communauté sans lequel il ne serait plus nécessaire de poursuivre la construction européenne. D’un autre côté, il juge la politique de concurrence absolument essentiel ne serait-ce que pour atténuer les effets du capitalisme.



Quelle est votre lecture de la politique monétaire européenne ?

Baudouin Bollaert juge la politique menée actuellement par la Banque Centrale Européenne relativement équilibrée et rappelle que la crise des « surprimes » est partie des Etats-Unis et non de l’Europe. Avec tout de même un petit bémol à cette bonne appréciation, l’absence d’une meilleure coordination des politiques économiques non seulement au sein de l’Eurogroupe mais aussi entre tous les Etats membres, freinée selon lui par les égoïsmes nationaux. 
 


 
Quelles sont selon vous les grandes priorités de la présidence française de l’UE ?
La PAC et sa réforme. Ce sera pour Baudouin Bollaert la première préoccupation de la France qui devra déjà préparer en amont les discussions des perspectives financières en 2010 qui conféreront une large place à cette politique cruciale pour l’Europe. Viennent ensuite l’environnement, l’union méditerranéenne et la défense que notre spécialiste explique dans les détails. 



La suite, demain.
Propos recueillis par Paul DOUCET,
Nafi BAKTI et Delphine GANEAU-MENTRÉ




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 Devant les Parlementaires européens, Nicolas Sarkozy a rappelé la volonté de ramener la France au centre du jeu européen.  Même si certains vieux réflexes ont la vie dure et ont pu exaspérer nos voisins (criques de la BCE, sommet de Porto, petites tensions avec l'Allemagne), il est indéniable qu'en 6 mois, la pratique française de l'UE a changé : un Secrétaire d'État présent chaque semaine à Bruxelles, des symboles forts (drapeau européen sur la photo officielle du Président, défilé des armées européennes le 14 juillet), le Mini-traité... Comment ce nouveau positionnement de la France en Europe est-il perçu par nos partenaires ? 
Monsieur le Député européen Alain Lamassoure nous répond.


    Ce qui s’est passé en France depuis l’échec du référendum du 29 mai 2005 conduit l’ensemble des milieux européens à trois constatations, qui recueillent un large consensus.

    Un, sans la France, l’Europe est en panne. C’est flatteur pour notre amour-propre national, mais cela nous donne aussi la mesure de nos responsabilités européennes. Pendant deux ans, l’Union a fait du surplace. Désavoués par leurs concitoyens, les dirigeants français n’étaient plus crédibles. Avant l’élection de mai 2007, ni la Commission européenne, ni la présidence, même assurée par un homme aussi estimé que Tony Blair (2ème semestre 2005), ni l’Allemagne d’Angela Merkel n’ont été en mesure de sortir de la « période de réflexion », décrétée par le Conseil européen après la panne française.

    Deux, la victoire électorale de Nicolas Sarkozy a sauvé l’Europe. Sa formule du recours à un traité ordinaire ratifié par les Parlements (le vrai « Plan B ») était la seule porte de sortie possible. En prétendant renégocier une nouvelle Constitution pour la soumettre à un nouveau référendum, Ségolène Royal aurait enfoncé un peu plus l’Union dans la crise.

    Enfin, comme partout, Nicolas Sarkozy suscite à la fois curiosité, étonnement, admiration et perplexité. Son dynamisme quasi surnaturel, la sincérité de son engagement européen, et sa délectation à briser les tabous suscitent un immense espoir chez les vrais Européens de tous les pays. Le discours qu’il a prononcé le 13 novembre dans l’hémicycle du Parlement de Strasbourg a été chaleureusement applaudi sur tous les bancs … notamment à gauche ! En même temps, la répétition des attaques contre la Banque centrale n’est pas comprise, la différence entre la « préférence européenne » et le protectionnisme n’est pas encore crédible, la valeur ajoutée politique du projet d’Union méditerranéenne reste à démontrer.

    En fait, comme tous les dirigeants nationaux, Nicolas Sarkozy sera d’abord jugé sur les résultats de sa politique interne : c’est la réussite à domicile qui donne la crédibilité à l’extérieur. La capacité d’entraînement de la présidence française au 2ème semestre 2008 dépendra beaucoup de l’importance de la « rupture » introduite en France et de ses premiers résultats.



L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il lui apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.


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 Monsieur le Député européen Jean-Pierre Audy, membre de la Commission du commerce international, répond à notre question: "L'Euro vole de record en record. Notre monnaie est-elle trop forte ?"


Le taux de change de l'euro s'est établi depuis septembre 2007 au-delà de 1,40 dollar pour 1 euro (ce lundi 29 octobre 2007 : 1,44). L'évolution a été comparable avec les autres monnaies de nos partenaires commerciaux, notamment avec le yuan chinois, que presque tous les experts considèrent sous-évalué. C'est d'ailleurs le seul point qui a fait l'unanimité lors de la décevante réunion des ministres des finances du G7, le 19 octobre dernier à Washington. Le communiqué de cette réunion ne mentionnait ni l'euro, ni le dollar, ni le yen, mais invitait la Chine à autoriser une "appréciation accélérée" de son taux de change effectif.

Il est désormais acquis que la banque centrale chinoise a œuvré pour le maintien d'un taux de change artificiellement bas pour le yuan. En revanche, la banque centrale européenne (BCE) n'a pris aucune initiative visant à modérer le cours de l'euro ; pire, elle n’a eu de cesse d’augmenter ses taux d’intérêt d’intervention dans le cadre d’une approche monétariste du combat de l’inflation. De surcroît, toute déclaration demandant une intervention sur les taux de change était vue comme une remise en cause de l'indépendance de la BCE, ce qui provoquait une levée de boucliers à Francfort, à Bruxelles, et dans certaines capitales européennes. Au Parlement européen, il a fallu que je me batte pendant plusieurs mois avant que ne soit acceptée ma proposition d'organiser un débat politique en plénière sur les taux de change des principales monnaies dans le monde et leur impact sur le commerce international.

Je suis très attaché à l'indépendance de la BCE, car notre histoire économique et monétaire nous enseigne qu’il ne faut pas confier aux forces politiques la conduite de la monnaie. Sans remonter aux assignats et à la dépréciation du Deutsch Mark au moment de l’accession d’Hitler au pouvoir, les récentes « guerres civiles monétaires européennes » qui, d’ailleurs, ont été pour partie à l’origine de la création de l’euro, démontrent suffisamment le danger qu’il y a à politiser la monnaie. Mais je considère que le système européen des banques centrales (SEBC) ne porte pas suffisamment d’attention à la croissance économique. Il faut sans cesse rappeler que l’article 105 du traité instituant la communauté européenne prévoit que, sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien au politiques économiques générales dans la communauté, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs définis à l’article 2 ; notamment de promouvoir un développement équilibré et durable des activités économiques, un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, un haut degré de compétitivité et de convergence des performances économiques.

Le fait, pour la BCE, de maintenir des taux d’intérêt minimaux d’intervention à plus du double de l’inflation, est à mes yeux une erreur économique qui affecte le coût des investissements, provoque de l’importation de désinflation et augmente un pouvoir d’achat provisoire qui engendre la consommation de produits étrangers en détruisant nos emplois

Longtemps isolée sur cette question, la France a vu ses arguments de plus en plus reconnus à Bruxelles. Au début du mois d'octobre, Joaquin Almunia, commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires, a fait part de sa préoccupation et de sa volonté d'agir. Il a été rejoint depuis lors par les présidents de l'organisation patronale européenne Business Europe, et de différentes fédérations industrielles nationales, notamment allemande - signe qu'il ne s'agit plus là d'un sujet tabou. Cette inflexion du débat est à mettre au crédit du président Nicolas Sarkozy qui a défendu avec persévérance, auprès de nos partenaires européens, la possibilité de débattre de la politique monétaire de la BCE sans remettre en cause son indépendance.

Grâce à la question orale à la commission européenne que mon collègue Allemand (PPE-DE) Daniel Caspary et moi avons posé, le parlement européen aura l'occasion d’avoir un débat politique sur ces questions, probablement, en novembre prochain ; il est vraisemblable que les interventions des députés n'aboutiront pas à un consensus, car chacun aura son opinion sur les mérites comparés d'une monnaie faible ou forte. Pour ma part, je considère que si, pour la préservation de nos actifs, nous devons avoir un euro solide, nous ne devons pas avoir un euro trop fort, qui entraverait la croissance économique. Il est désormais nécessaire que l’euro, après avoir été une remarquable réussite technique, passe du statut d’une monnaie technique à une monnaie politique, dans le cadre du rôle d’acteur global que souhaite se donner l’union européenne.

Ce débat doit sortir de la sphère des experts, pour être discuté au sein des instances démocratiques, dans les partis politiques, et dans les opinions publiques. Le moment est venu pour les citoyens et leurs représentants de s’exprimer. C'est pourquoi je vous remercie d'avoir porté votre attention sur la problématique de la monnaie dans le cadre des "lundis de l'Europe".




Le débat est lancé. Nous espérons que vous serez nombreux à y participer.
L'Atelier Europe remercie chaleureusement Monsieur le Député européen d'avoir participé aux Lundis de l'Europe.

« Notre plus grande espérance, c’est que la France joue le jeu de l’économie »
(Laurence Parisot)



Cette année, le thème de l’Université d’été du MEDEF est « jouer le jeu ». Bien entendu, c’est un clin d’œil à la coupe du monde de rugby qui va s’ouvrir prochainement. Mais surtout, selon la Présidente de l’organisation patronale, « jouer le jeu, c’est prendre connaissance des nouvelles règles, des nouveaux rapports humains, des nouveaux principes, qui organisent désormais notre monde ».

 Le discours du président de la République était très attendu. Laurence Parisot a souligné combien « ce geste à l’égard des entreprises et des entrepreneurs, cela faisait longtemps, très longtemps, qu’on l’attendait ». La présidente du MEDEF a aussi affirmé que son organisation patronale entendait "jouer le jeu avec tout le monde", tant "avec le gouvernement qui essaie de mettre la France en mouvement, au diapason et au rythme du monde entier, qu'avec les organisations syndicales".
Fair play or not fair play : telle est la question
Alpha Omar Konaré, Président de la Commission de l’Union Africaine
Laurence Parisot, Présidente du MEDEF
Shashi Tharoor, diplomate et écrivain indien,
ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU, chairman of Afras Venture


L’Europe n’était pas en reste de cette édition 2007 tournée vers l’international. Le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, puis Nicolas Sarkozy, sont venus parler d’Europe, chacun à leur manière, mais tous les deux avec beaucoup d’élan.


Discours de M. Barroso

 
José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne
 M. Barroso, dans un discours passionné et résolument optimiste, a « joué le jeu » et repris la sémantique sportive pour nous exposer sa position vis-à-vis des principaux dossiers européens.

Pour une Europe de l’innovation

« Il nous faut investir sur l’excellence »

Pour gagner la partie, l’équipe Europe doit se concentrer sur trois objectifs principaux :
  • Développer les performances : construire une Europe moderne, prospère et juste, au service des Européens.
  • Renforcer l’esprit d’équipe : bannir le nationalisme économique et les négociations bilatérales. L’Europe doit parler d’une seule voie pour mieux se faire entendre.
  • Jouer le jeu : l’Union européenne, c’est bien plus qu’un marché, c’est un projet politique avec des règles.


Сes exigences sont d’autant plus importantes que d’autres joueurs, tels le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine (les fameux BRIC) deviennent de plus en plus efficaces. Rappelons à titre d’exemple que l’Inde produit 1 million d’ingénieurs par an.

M. Barroso a rappelé combien l’ouverture est profitable pour une Union européenne (UE) qui est le premier exportateur et le second importateur mondial. Pour renforcer sa compétitivité et éviter la fuite des cerveaux européens, vers les Etats-Unis notamment, l’UE se doit de mettre l’accent sur l’innovation. A cet effet, l’Institut européen de technologie a récemment été crée, afin de donner un statut européen aux efforts d’innovation. L’innovation est l’un des piliers de la Stratégie de Lisbonne. Depuis sa mise en œuvre, et en dépit des critiques dont elle fait l’objet, des progrès ont été réalisés, et l’Europe rattrape peu à peu son retard : en 2006, sur les 50 entreprises qui dépensent le plus au monde pour l’innovation et la recherche, 18 sont européennes.

La modernisation de l’Europe passe aussi par le marché unique : en faisant tomber davantage les barrières, on crée des emplois. La question du budget est également cruciale. Le 19 septembre, la Commission européenne va lancer « un examen approfondi, et sans tabou », du budget européen. Empruntant une fois encore au vocabulaire sportif, M. Barroso a souligné que l’objectif était de faire la chasse aux gaspillages et au dopage, c'est-à-dire, en économie, au déficit budgétaire.

Sur les institutions, le Président de la Commission a salué l’engagement européen et le travail du Président Sarkozy pour faire accepter à ses partenaires européens le traité simplifié. Il a cependant rappelé que l’objectif ultime n’est pas de changer les institutions, mais l’UE dans son ensemble, afin d’accroître la compétitivité européenne.


Une ouverture sans anarchie


« Nous sommes pour l’ouverture mais nous défendrons toujours les intérêts européens dans le cadre de la mondialisation »

L’ouverture ne doit pas être synonyme de dérégulation anarchique. Au contraire, la concurrence doit être régulée, afin de palier aux excès de la mondialisation. Le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation, dont la France a récemment bénéficié (en juin 2007) permet désormais d’amortir les chocs, sociaux notamment, des délocalisations. La Commission est également en train de plancher sur la façon d’améliorer la transparence des échanges financiers.


Le défi énergétique


« Une partie de la réponse au défi énergétique se trouve dans le développement des énergie alternatives »

Sur ce dossier, M. Barroso a rappelé combien il était absurde de continuer de fonctionner avec 27 mini marchés. La priorité est bien d’aboutir à un véritable marché énergétique européen.


Elargissement et Europe puissance

« L’Europe élargie n’est pas un obstacle à l’Europe-puissance, au contraire, dans un monde globalisé, cela en est une condition »

Comparons l’Europe à la profondeur géographique de la Russie ou de la Chine, à la puissance militaire américaine : l’Europe est-elle petite ou grande ? Répondant à une question de la salle sur la pertinence de nouveaux élargissements et les limites géographiques de l’UE, M. Barroso a cité un proverbe africain - « Ensemble, on va moins vite, mais on va plus loin » - et défendu l’idée selon laquelle « l’avenir de la mondialisation se fera dans les grands ensembles ».



Discours de Nicolas Sarkozy


M. Sarkozy a commencé son discours en précisant les raisons de sa présence cette année à l’Université du MEDEF


« J’ai voulu dire à notre pays que la France a besoin de ses entreprises et de ses entrepreneurs »

« Il faut réconcilier les Français avec les entreprises, au lieu de les séparer »

Le Président a ensuite souligné que son rôle n’était pas de faire des prévisions économiques, mais d’exposer les moyens de résoudre les problèmes.

« Il nous manque un point de croissance pour que l’avenir cesse d’être une menace et redevienne une promesse »

Laurence Parisot, Pésidente du MEDEF
Nicolas Sarkozy, Président de la République française

Le Président a rappelé l’importance de la réciprocité dans les échanges mondiaux, c’est-à-dire la concurrence loyale et honnête. Or tous les Etats ne jouent pas le jeu sur la scène internationale. M. Sarkozy a lié ce phénomène au « non » français du référendum sur la Constitution européenne : « les Français ont le sentiment que l’Europe renonce à les protéger, qu’elle subit plus qu’elle n’agit, à un moment où tout le monde fait le contraire ». D’où le soutient du Président au  principe de la préférence communautaire.


Sur l’Euro

Tout en rappelant son attachement au principe de l’indépendance de la Banque centrale européenne, M. Sarkozy a défendu l’idée que la monnaie est un sujet qui concerne également le politique, dans la mesure où elle a des implications dans la vie quotidienne des citoyens. « Le problème de l’Euro, c’est que l’Euro est en concurrence avec d’autres monnaies qui elles ne sont pas à leur niveau ». Il s’est dit déterminé à poursuivre les réformes et son programme de rupture, tant sur le fond que sur la forme, qu’il a annoncés lors de la campagne présidentielle. « Après tant d’échecs, de recul, de renoncement, je vais changer de méthode ». Il s’agira de trouver le bon équilibre entre la protection et le risque. Si les Français doivent retrouver le goût du risque, l’Etat doit également jouer le jeu et donner l’exemple, en allégeant notamment les charges sociales et en libérant le travail. Les banques et les partenaires sociaux seront associés à ce travail de redéfinition des rapports entreprises/ménages, entrepreneurs/salariés, privé/public, économique/social. Il ne s’agit plus d’avancer dans l’opposition systématique. D’ailleurs, depuis la « politique d’ouverture », l’opposition existe-t-elle encore ?

Voici un compte-rendu de la rencontre informelle organisée par l'Atelier Europe sur le thème de "L'avenir de la coopération Franco-allemande dans une Europe élargie" avec pour invité Monsieur Christian Heldt, Diplomate allemand et Conseiller du Ministre des Affaires étrangères.


« La proximité culturelle entre la France et l’Allemagne ne doit pas être que virtuelle »


    Quelle est la réalité de la coopération franco-allemande dans la pyramide des structures de décision politique ?
La relation franco-allemande est presque toujours abordée de façon dogmatique. Au-delà du « marketing politique » que l’on perçoit en marge des sommets bilatéraux, quelle est la réalité de cette coopération dans les sociétés civiles, entre les universités, les parlements et les collectivités locales etc… ?

    Christian Heldt a souligné  que la proximité souvent mise en avant entre la France et l’Allemagne court le danger d’être virtuelle. En effet, beaucoup de lacunes persistent dans la compréhension de l’autre, de sa structure politique, de ses processus de prises de décision, etc…
    Par exemple, en Allemagne, les décisions sont préparées selon une mécanique « bottom-up » : ce processus est généralement long, mais donne des résultats très stables.  A l’inverse, en France, les décisions émanent d’un processus plutôt « top-down » et peuvent donc être l’objet de réajustements ultérieures. Autre exemple : les structures législatives  sont différentes. En Allemagne, les lois, avant d’être adoptées au niveau fédéral, doivent en partie être validées par tous les laender dès lors que le projet touche à leurs compétences (éducation, JAI, etc.). Compte tenu de ces différences importantes dans les structures nationales, des  lacunes dans la connaissance de l’autre peuvent parfois engendrer des malentendus entre partenaires, simplement parce que l’on ne comprend pas ses modes de fonctionnement, ou qu’on les interprète comme un signe de mauvaise volonté.
    Quelques exemples fréquents et concrets :
- Le recrutement politique : très centralisé en France, il se fait plutôt au niveau des laender en Allemagne.
- Des conceptions de la société civile très différentes, illustrées notamment par de grosses différences de budgets dont disposent les grandes fondations politiques et indépendantes.
- En revanche, le réseau d’échanges franco-allemand est plutôt bon, avec des programmes d’échanges entre les deux Ministères des Affaires étrangères mis en place il y a plus de 20 ans (communication permanente entre les fonctionnaires). D’autres, depuis, ont suivi l’exemple.

    Un symbole de ces différences interculturelles : le cas de la gouvernance de grandes entreprises telles qu’EADS. Alors que du côté français, l’Etat est souvent présent dans les consultations par de jeunes diplômés de grandes écoles, généralement peu rompus aux milieux des affaires ; du côté allemand en revanche, la culture industrielle est très forte et n’accepte pas que de hauts fonctionnaires - voire des politiques – s’immiscent dans les processus décisionnels.

    Quelle est l’évolution de la coopération franco-allemande depuis la chute du mur ?
    Depuis 1989 et la disparition du phénomène des deux Allemagnes., il y a moins de nombrilisme germano-allemand. Les relations extérieures de l’Allemagne se sont progressivement normalisées, le pays est de plus en plus disponibles pour assumer de lourdes responsabilités internationales. L’Allemagne a par exemple envoyé de plus en plus souvent des troupes dans les zones de conflit (au Kosovo par exemple) depuis la chute du mur de Berlin.

    En revanche, si l’on compare la situation actuelle à l’esprit qui prévalait dans les années 1950, insufflé par les pères fondateurs de l’Europe, Christian Heldt considère qu’il manque parfois aujourd’hui un volontarisme politique plus fort en Europe: on ne peut se contenter de se reposer uniquement sur l’acquis, sans faire l’effort de continuer à vouloir se connaître et à se comprendre. De surcroît, de vieux réflexes de renfermement nationaliste se font jour en Europe, donnant davantage de responsabilités au couple franco-allemand pour la construction d’une Europe politique ambitieuse.

    Sur le projet de traité simplifié proposé par Nicolas Sarkozy :
    La classe politique allemande a plutôt bien accueilli ce projet. L’objectif de la présidence allemande  est de trouver un consensus avec les partenaires européens sur un traité constitutionnel (et non sur le traité constitutionnel) pour pouvoir lancer la nouvelle Conférence intergouvernementale qui se tiendra pendant la présidence portugaise à partir du mois de juillet.  Christian Heldt a cité sur ce sujet le raisonnement de Michel Barnier : il faut rapidement se mettre d’accord sur une « boite à outils » qui puisse faire fonctionner cette machine énorme qu’est devenue l’UE à 27, pour passer dans un deuxième temps à une réflexion plus large sur les grands objectifs politiques.

    Elargissement : Turquie et Ukraine
    Sur la question de l’élargissement, les dirigeants français et allemands ont des analyses similaires en ce qui concerne l’adhésion de la Turquie. Mme Merkel - tout en étant soucieuse du critère de « capacité d’absorption » de l’UE - a du se conformer aux engagements pris par son prédécesseur à la chancellerie, Gerhard Schröder. Cette fidélité à l’engagement pris par les autorités allemandes d’ouvrir les négociations ne garantit par contre une adhésion pleine de la Turquie, qui supposerait un plein respect des critères, ce à quoi cet Etat est loin d’être arrivé...
Auparavant et comme leader de l’opposition, Angela Merkel avait été la seule personnalité politique européenne à défendre la piste du « partenariat privilégié» à Ankara même. Que ce soit avec l’Ukraine, les voisins à l’Est ou sur la rive Sud de la méditerranée, le développement de politiques de voisinage fortes et de partenariats intéressants à la fois pour l’Europe et ses voisins concernés sera un défi majeur.

    Divergences entre la France  et l’Allemagne :
    Les divergences concernant le statut de la BCE et « l’Euro fort » sont pour l’Allemagne liées à la dimension psychologique de la question monétaire. Le remplacement du Deutsche Mark par l’Euro et de la Bundesbank par la BCE a changé cet aspect de l’identité allemande forgée dans l’après-guerre. Les Allemands sont ainsi très attachés au statut de la BCE.  Christian Heldt a rappelé que malgré un Euro fort,  les exportations allemandes se portent bien, et que les polémiques en France n’étaient pas partagées par le patronat et la classe politique allemande. En revanche, si la croissance reprend à un rythme soutenu dans les deux pays comme on l’observe actuellement, Christian Heldt a l’espoir que des convergences seront possibles à l’avenir dans les discussions sur le rôle de la BCE.

    Un autre point de désaccord concerne l’énergie nucléaire, sujet très sensible en Allemagne depuis le début du mouvement antinucléaire fin des années ‘70, et cheval de bataille de l’ancien gouvernement qui a passé une loi sur la fin progressive de  l’énergie nucléaire dans les 25 prochaines années. L’effet psychologique et la situation légale jouent donc sur les positions de l’actuel gouvernement de grande coalition, qui ne met pas en question ces positions du SPD engagés dans le précédent gouvernement. En revanche, les débats sur la dépendance énergétique (notamment vis-à-vis de la Russie) et sur le réchauffement climatique sont au centre de l’attention en Allemagne, et pourraient aboutir sur le long terme, à un réexamen du mix énergétique dans sa totalité.

    L’avenir du triangle de Weimar et les différents formats de coopération :
    Ce format de concertation trilatérale entre la France, l’Allemagne et la Pologne est souvent perçu en Europe centrale comme un mariage entre trois éléphants de l’Europe continentale. S’il développe de nouvelles synergies et dégage une force de nouvelles propositions pour l’Europe réunifiée, il a toute sa légitimité.

    Comment faire en sorte que cette coopération franco-allemande ne soit pas perçue comme une construction du passé ?
    Il y a aujourd’hui beaucoup de formats de concertation. Il faut sans doute être prudent sur la création de nouvelles structures politiques plus ou moins formelles. . La question, ce n’est pas tant le format que l’ambition qui est derrière chaque format. Or pour ce qui est du moteur franco-allemand, force est de constater qu’il a beaucoup fait avancer l’UE et constitue toujours une relation incontournable dans l’Europe à 27. Ayant toute sa légitimité, il convient de veiller particulièrement à toujours donner les gages de respect et de dialogue ouvert avec les autres partenaires pour éviter toute interprétation d’arrogance ou de domination.




Biographie de Christian Heldt


Né en Bavière en 1963, diplômé de l’Université de Bonn et de la Sorbonne-Paris IV (droit international public, sciences politique et histoire), Christian Heldt est actuellement conseiller pour les relations franco-allemandes du Ministre des Affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy, et conseiller technique auprès de la Ministre déléguée aux Affaires européennes, Mme Catherine Colonna. 

Rang actuel : Vortragender Legationsrat. Officier de réserve.
 

M. Heldt commence sa carrière diplomatique en 1991, à Bonn, puis à Berlin, St Pétersbourg et Moscou (1991-1993). Il devient ensuite premier secrétaire à l’ambassade d’Allemagne à Moscou, en charge des affaires économiques (pétrole, gaz, industries d’armement, conversion, CEI) et coordinateur de l’aide humanitaire allemande, de 1993 à 1996.

Il est ensuite envoyé à Tel Aviv, de 1996 à 1999, où il dirige la division presse et relations publique de l’Ambassade d’Allemagne. Après ce passage au Proche-orient, il revient en Allemagne, et prend la direction du département « Maghreb » (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye) à la direction générale des affaires politiques du ministère allemand des Affaires étrangères, 1999-2002.
   
À l’été 2002, il entre au cabinet de la Ministre déléguée aux Affaires européennes, Mme Noëlle Lenoir, où il est chargé de mission pour la coopération franco-allemande (mise à disposition). Il rejoint ensuite M. Michel Barnier aux Affaires étrangères, puis Mme Claudie Haigneré, la ministre déléguée aux Affaires européennes, pour les relations franco-allemandes d’avril 2004 à juin 2005.

 Monsieur le Député européen Jean-Paul Gauzès, Membre de la Commission des affaires économiques et monétaires répond à notre question de la semaine "Faut-il renforcer l'Eurogroup?" :


"La France est de retour dans l'Europe".


En affirmant ainsi son attachement à la construction européenne, Nicolas Sarkozy ouvre les perspectives d'une véritable relance d'une Europe actuellement en crise.

Parmi les chantiers figure l'amélioration du fonctionnement de la zone euro.

A l'égard de l'Euro, les appréciations sont contrastées. La Commission se montre confiante sur la situation économique de la zone euro et minimise l'impact de la force de l'Euro face au dollar et au yen.

Dans le même temps, beaucoup de nos concitoyens imputent à l'introduction de l'euro une hausse du coût de la vie et une baisse du pouvoir d'achat.

Par ailleurs, la forte appréciation de l'Euro, si elle est neutre dans les relations économiques au sein de la zone euro (qui représentent pour la France, la moitié de nos échanges), et favorable pour les importations dont les paiements sont effectués en dollar (notamment : pétrole et gaz), elle apparaît pénalisante pour les industries dont les coûts sont essentiellement en euros et les recettes en dollars.

L'impact varie considérablement d'un secteur à l'autre. Le luxe, l'aéronautique, la chimie et les semi-conducteurs ou l'automobile sont particulièrement affectés par la dégradation de leur compétitivité. Il reste qu'on ne peut expliquer par le seul euro fort les faiblesses de l'économie française. Dans le même contexte, l'Allemagne réalise de très bonnes performances.

Ce qui est en cause ce n'est pas tant l'indépendance de la Banque Centrale Européenne que la régulation macro économique de la zone euro.

Il est nécessaire d'accroître le rôle du politique dans le pilotage économique de la zone euro.

Le rôle de l'Euro Groupe doit donc être renforcé.

Il s'est doté d'un Président stable et de grande qualité, Jean-Claude JUNKER.

Il doit poursuivre sa recherche de cohérence et de coordination des politiques économiques nationales.

Il faut que le conseil de l'euro soit un vrai gouvernant de l'économie européenne coordonnant davantage les politiques fiscales et budgétaires de la zone euro. Ce groupe plus structuré et plus régulièrement réuni devra dialoguer de façon plus équilibré avec la banque centrale.

Le moment est aussi venu dans toutes les négociations et instances internationales de la représentation unique des membres de la zone euro.

Le Traité précise que les orientations fondamentales de la politique des changes dépendent du Conseil statuant à la majorité qualifiée.

L'Europe doit se doter d'une véritable stratégie de change intégrant les objectifs de croissance, de protection de l'industrie et de l'emploi. La zone euro doit faire entendre sa voix face à la donne monétaire, notamment en Asie.

Aux USA, les rôles sont clairement définis, les questions de change sont du ressort du gouvernement. En Europe, le flou est entretenu: la politique de change est-elle du ressort du pouvoir politique, l'Euro Groupe, ou du pouvoir monétaire ?

Dans ces conditions on ne peut que saluer la volonté de Nicolas Sarkozy "d'agir au sein de l'Euro Groupe pour nous doter d'une gouvernement économique, de sortir du flou juridique s'agissant de la politique de change et d'organiser une vraie concertation entre l'Euro Groupe et la BCE".



Nous remercions chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe et nous vous invitons à le retrouver sur son site.