BlogPremium
RSS
RSS comm
1 - 2 - 3 >>> -  dernière page
Après de plusieurs années de bons et loyaux services, ce blog va se fermer...

Pour mieux renaître sous la forme d'un site internet !

Site que nous vous invitons à visiter en vous rendant sur
 


À bientôt et merci pour votre fidélité.
Mes chers compatriotes,    

Le Parlement vient de voter la loi autorisant la ratification du traité de Lisbonne.

Ce traité simplifié, c’est la France qui a pris l’initiative de le proposer pour sortir  l’Europe de la crise institutionnelle dans laquelle elle se trouvait plongée.

Pendant la campagne présidentielle, je m’étais engagé à tout faire pour convaincre  nos partenaires de tourner la page de la Constitution européenne qui ne pouvait plus  entrer en vigueur alors que deux pays, la France et les Pays-Bas, l’avaient rejetée  par référendum et qu’il n’était pas question de demander au peuple français et au  peuple néerlandais de se déjuger.

Dès lors que le projet de Constitution européenne se trouvait écarté, on ne pouvait  en rester là.  Il fallait débloquer un système de décision qui ne correspondait plus aux exigences  d’une Europe à 27 et qui la paralysait. Et il fallait en même temps faire en sorte que soit respecté le choix des peuples qui avaient accepté de ratifier la Constitution  comme de ceux qui l’avaient refusée.

Un traité simplifié, ne conservant que les dispositions institutionnelles qui avaient  paru recueillir un consensus assez large pendant la campagne du référendum était  une  solution  qui  permettait  de  dépasser  les  oppositions  entre  partisans  et  adversaires de la Constitution.

Il  s’agissait  d’abord  d’être  efficace  en  instituant  les  règles  qui  donneraient  aux  peuples européens les moyens de décider ensemble. C’était vital pour l’avenir de  l’Europe et pour sa capacité d’agir.

Pour convaincre tous nos partenaires d’accepter ce nouveau traité simplifié que nous  leur proposions et qui n’était plus une Constitution, il fallait qu’en cas d’accord nous  nous engagions à le faire approuver par voie parlementaire. Si cette condition n’avait  pas été remplie, aucun accord n’aurait été possible.
J’ai dit pendant la campagne présidentielle que c’est ce que je ferais si j’étais élu.  Cela faisait partie, mes chers concitoyens, du mandat que vous m’avez confié en  m’élisant  Président  de  la  République.  Cet  engagement  que  j’avais  pris  solennellement devant vous, je l’ai tenu.

Grâce à l’initiative française, grâce à l’Allemagne qui présidait alors l’Union et à la  Chancelière Angela Merkel à laquelle je veux rendre hommage, l’Europe dispose  maintenant du cadre qui lui est nécessaire pour se remettre en marche.
Désormais  il  y  aura  plus  de  démocratie,  plus  de  responsabilité  dans  le  fonctionnement  de  l’Europe.  Les  décisions  seront  mieux  contrôlées  par  les  Parlements nationaux, et elles seront davantage prises à la majorité qualifiée qu’à  l’unanimité.

Par ce succès, car c’est un succès, la France est de retour en Europe. Elle y a  retrouvé son influence, sa capacité à faire valoir son point de vue, ses valeurs et le  rôle moteur qui avait toujours été le sien par le passé.

A partir du 1er juillet de cette année, notre pays présidera l’Union pour six mois. Ce  sera un moment important. Le traité simplifié était une condition nécessaire pour  sortir de la crise européenne. Il ne la résout pas à lui tout seul. Rien ne serait plus  dangereux que de faire comme si rien ne s’était passé, comme si tout pouvait  continuer comme avant. Maintenant que l’Europe peut décider, le problème est de  savoir ce qu’elle veut.

Ce ne sont pas les « non » français et néerlandais qui ont causé le malaise de  l’Europe mais le contraire. Les peuples ont perdu leur foi dans l’Europe quand ils se  sont  mis  à  éprouver  le  sentiment  que  l’Europe  n’agissait  plus,  qu’elle  ne  les  protégeait plus, Qu’elle rendait leur vie plus dur au lieu de la rendre plus facile. On en  était arrivé au point où l’Europe n’exprimait plus une volonté collective, où il n’y avait  plus en son sein aucun des débats qui font la vie de toutes les grandes démocraties,  où nos entreprises n’étaient pas assez défendues face aux concurrences déloyales,  alors que partout ailleurs elles étaient protégées.
En affirmant que la concurrence n’est pas une fin en soi mais un moyen et en  donnant à l’Union comme objectif de protéger ses citoyens, le traité simplifié marque  une inflexion par rapport aux dérives qui s’étaient manifestées dans un passé récent.

Maintenant, l’enjeu est de remettre de la politique en Europe, de ne plus abandonner  l’Europe au seul jeu de règles automatiques qui ne laissent aucune place à la  décision et à la responsabilité politique. Il faut pouvoir parler de tout comme dans  n’importe quelle démocratie : de la monnaie qui n’est pas un sujet tabou, de la  politique commerciale, de la politique industrielle, de la réciprocité en matière de  concurrence ou des dérives du capitalisme financier.

Face aux grandes puissances qui émergent dans le monde, face aux risques de  toutes natures qui menacent la paix, la stabilité et même l’avenir de la planète,  l’Europe doit agir , c’est ma conviction, comme une grande puissance faisant valoir  son point de vue et défendant ses intérêts, comme le font toutes les autres grandes  puissances dans le monde.

Je souhaite que la présidence française soit l’occasion d’avancer dans cette voie.  C’est dans cet esprit que je proposerai à nos partenaires comme priorité de travailler  sur  une  stratégie  de  développement  durable,  une  politique  commune  de  l’immigration, une défense européenne et une refondation de la politique agricole.  Sur tous ces sujets nous devons agir ensemble.  Sur  tous  ces  sujets  nous  avons  besoin  de  politiques  communes  qui  expriment  réellement une volonté collective.  Je veux mettre toute mon énergie pour y parvenir.  Je veux que la France donne l’exemple. Je veux qu’elle soit de nouveau en Europe  une force de proposition et une force d’entraînement.

Mes chers compatriotes, l’avenir de la France et le destin de l’Europe sont liés.  Désunis, les peuples d’Europe ne pourraient pas relever les défis du XXIe siècle.  Unis, ils représentent une formidable puissance politique,  économique, culturelle,  morale, qui aura son mot à dire dans les affaires du monde. C’est pour cela que  l’Europe est si importante.  Dans le respect des opinions et des sensibilités de chacun, je forme le vœu que,  dépassant les clivages partisans et les oppositions du passé, nous soyons tous  rassemblés pour que l’Europe se fasse, qu’elle se fasse sur des valeurs, des critères,  des objectifs dans lesquels nous nous reconnaissons tous.

Français, nous pouvons être fiers de ce que nous venons d’accomplir.
Rassemblés, ce que nous accomplirons demain sera plus grand encore.


Vive l’Europe !
Vive la France !





pagerank



Note: ce texte est une introduction à une future analyse de la politique énergétique européenne.


L'Europe et l'énergie: le défi de la sécurité des approvisionnements

La contrainte énergétique est aujourd'hui l'un des déterminants majeurs de la politique internationale. Les tensions croissantes sur les marchés des hydrocarbures représentent une menace réelle pour les économies de certains pays importateurs, tout en élevant au rang de puissances les principaux pays producteurs. Dans le même temps, la dégradation accélérée du climat oblige progressivement l'ensemble des Etats de la planète à entrer dans l'ère de l'après-carbone. Ces deux contraintes ne se recoupent pas forcément. En effet, si chacun a intérêt à combattre le réchauffement climatique, ni les pays exportateurs ni même certains pays importateurs n'ont intérêt, sur un plan économique ou politique, à renoncer dans l'immédiat aux énergies carbonées. Celles-ci conservent en effet de très grands avantages, sur le plan technique et économique par rapport aux énergies renouvelables (qui restent onéreuses et encore relativement expérimentales) ou sur le plan politique par rapport au nucléaire (qui demeure contesté dans de nombreux pays, notamment en Allemagne). Les énergies carbonées ne seront donc pas facilement remplaçables. D'autre part, l'attitude des Etats, et singulièrement des membres de l'Union européenne, varie en fonction de l'existence d'éventuelles réserves domestiques1 et de l'état de leurs relations avec les principaux pays producteurs (en particulier la Russie). De là découlent des choix politiques favorisant ou rejetant certains types de combustibles. Les considérations économiques sont elles aussi fondamentales, mais non moins divergentes. En effet, les contraintes applicables au pétrole, au gaz ou au charbon ne sont jamais identiques ni invariables et diffèrent d'un Etat à l'autre.


Une pensée stratégique européenne qui reste à mettre en oeuvre

En dépit de ces profondes différences d'intérêt, les gouvernements européens s'accordent aujourd'hui sur la nécessité de combattre le réchauffement climatique, de garantir la sécurité des approvisionnements de chacun, face aux risques de rupture, et de veiller au maintien de la compétitivité des économies européennes. Les instruments permettant de concilier, autant que faire se peut, ces trois objectifs distincts sont toutefois loin d'être en place. A côté des objectifs-cibles fixés par le Conseil européen de mars 2007, visant à préserver le climat, et des propositions controversées de la Commission européenne cherchant à découpler les activités de production et de distribution dans les secteurs du gaz et de l'électricité (l'unbundling), l'Union ne dispose pour l'heure, ni d'un véritable plan d'ensemble définissant ses nouvelles infrastructures industrielles, ni d'une vision crédible pour défendre ses intérêts vis-à-vis de ses fournisseurs extérieurs. Si la lutte contre le réchauffement climatique ne fait désormais plus débat, une stratégie visant à maximiser la sécurité des approvisionnements internes et externes des Etats reste à définir. Les actions à mettre en œuvre incluent notamment l'unification des réseaux de transport de gaz et d'électricité européens, l'accélération de la diversification des sources d'approvisionnement, la constitution de réserves stratégiques de gaz et, enfin, la définition d'une véritable politique énergétique extérieure.


Les atouts majeurs de la France

Dans ce contexte, la France dispose d'une position unique parmi ses pairs, qui lui ouvre de réelles possibilités d'influencer en profondeur l'agenda européen pour les prochaines années. Sur le plan industriel, la France possède des leaders mondiaux dans presque toutes les activités liées au secteur énergétique: les métiers de l'amont (gaz/GNL, pétrole, uranium, parc de centrales nucléaires), le trading de commodities et de carbone, les métiers de l'aval (électricité et gaz, raffineries, pétrochimie, gaz industriels) ou encore les équipementiers (centrales, transmission, gestion de la demande d'énergie). Les grandes tendances observées aujourd'hui dans le monde – relance du nucléaire2, émergence décisive du charbon, essor du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) – renforcent encore la valeur de ces différents atouts.

Sur le plan diplomatique, la France a la chance d'entretenir de bonnes relations avec les principaux pays producteurs, sans que cette cordialité s'accompagne d'une dépendance excessive à leur égard, puisqu'aussi bien la diversité de ses sources d'approvisionnement que son parc nucléaire lui assurent un réel niveau d'indépendance énergétique. Par rapport à ses partenaires européens plus dépendants des hydrocarbures importés, Paris se trouve ainsi dans une position d'équilibre idéale, qu'il s'agisse de conclure un nouvel accord de Partenariat entre l'UE et la Russie ou d'établir l'Union méditerranéenne. Ce raisonnement vaut également pour la lutte contre les gaz à effet de serre: son bon bilan dans ce domaine autorise la France à jouer un rôle décisif dans les négociations pour un accord post-Kyoto, en 2012.


Les failles potentielles: investissements et restructuration du tissu industriel

Des difficultés demeurent néanmoins. Les atouts industriels de la France ne doivent pas faire oublier la nécessité de prolonger massivement les investissements dans la Recherche & Développement (biocarburants, charbon propre...), de mettre l'accent sur les dangers du charbon ordinaire à l'échelle internationale, et de poursuivre les rapprochements entre acteurs industriels, afin de permettre à ceux-ci d'atteindre la taille critique nécessaire pour s'imposer face à leurs concurrents. Dans la compétition mondiale pour les technologies de pointe, le manque d'investissements et l'absence de révision des programmes pour les filières universitaires techniques et scientifiques, pourraient à terme compromettre la position avantageuse qu'occupe aujourd'hui notre pays. De manière moins dramatique, la diversification des problèmes liés à l'énergie et leur complexité toujours plus grande, accroissent considérablement le rôle des entreprises dans la politique internationale, au détriment des ministères établis. Les éventuels conflits d'influence entre le Quai d'Orsay et les grandes entreprises industrielles représentent pour le gouvernement français une difficulté potentielle à ne pas négliger.


La position de la France au sein de l'UE

Au sein de l'Union européenne, la force même de la position française et la clarté de sa vision compliquent nos relations bilatérales avec certains de nos interlocuteurs européens. C'est le cas avec la Commission européenne, qui, bien qu'elle n'ait pour l'heure guère intégré les nouveaux défis liés à la sécurité des approvisionnements, n'en continue pas moins de poursuivre un agenda de libéralisation hérité des années 80, au nom d'une compétitivité économique elle-même hypothétique. C'est également le cas avec certains Etats membres comme l'Allemagne, qui s'efforcent de diminuer les importantes émissions de carbone produites par leurs économies, mais prétendent dans le même temps sortir du nucléaire, interdisant même aux autorités communautaires d'adopter toute mesure réglementaire susceptible de favoriser cette source d'énergie à la fois propre et fiable. En outre, la résurgence internationale de l'énergie atomique place la France en position de concurrent direct de la Russie dans la course à la signature des accords de coopération en matière de nucléaire civil, ce qui pourrait compliquer à la marge les négociations pour un nouveau Partenariat entre l'UE et la Russie.
Dans les débats actuels sur la politique énergétique européenne, la France se trouve en fait confrontée au paradoxe de la réussite. Souhaitant légitimement préserver un modèle national qui a fait ses preuves, elle pourrait se contenter d'ignorer ou de rejeter certaines propositions européennes; mais ce faisant, elle sacrifierait un avantage potentiellement décisif pour son influence en Europe. L'opportunité que constitue la perspective d'un accord énergétique européen sous Présidence française, au second semestre 2008, ne peut en réalité être abandonnée: les bénéfices potentiels, pour l'UE et pour la France, sont tout simplement trop importants. Deux réalités doivent alors être conservées à l'esprit. D'une part, les positions françaises sur l'unbundling et le nucléaire ne sont pas isolées. Elles gagnent même du terrain, à mesure que se concrétisent les difficultés liées aux énergies alternatives3, et les insuffisances d'une approche purement concurrentielle pour assurer la sécurité énergétique interne et externe de l'UE4 . D'autre part, de nombreux pays européens demeurent profondément insatisfaits de l'absence de toute politique crédible de l'UE destinée à garantir leur approvisionnement extérieur. En proposant des mesures en ce sens, la France pourrait établir avec ces pays une forme d'alliance, ce qui ne pourrait que favoriser en retour ses intérêts politiques et industriels en Europe.


Les lacunes de la stratégie communautaire

Les objectifs-cibles définis lors du Conseil européen de mars 2007 engagent les Etats membres à réduire de manière drastique leur consommation d'hydrocarbures. La réduction des émissions de gaz à effet de serre, le développement des énergies renouvelables et l'amélioration de l'efficacité énergétique devront chacun atteindre 20 % en 2020. Les modalités de partage de ces objectifs européens entre les différents Etats membres ont été proposées par la Commission européenne dans le cadre du paquet Climat-Energie présenté le 23 janvier. Le volet sécuritaire demeure toutefois largement absent de cette politique énergétique. En effet, même s'ils parviennent à atteindre l'ensemble de leurs objectifs, les Européens demeureront dépendants de leurs fournisseurs extérieurs pour le pétrole et le gaz qu'ils continueront de consommer. Or l'Union n'apporte qu'une réponse extrêmement lacunaire à la question de la sécurité d'approvisionnement de ses membres. Ce problème se pose pourtant avec une acuité particulière pour le gaz: de nombreux Etats européens ne disposent aujourd'hui d'aucun recours dans l'éventualité d'une rupture soudaine de leur approvisionnement extérieur. Le projet de troisième directive pour le gaz et l'électricité, présenté par la Commission en septembre 2007, mentionne brièvement ce sujet, mais se borne en pratique à proposer l'achèvement de l'unbundling et la création d'une Agence de coopération des régulateurs énergétiques nationaux, destinée à unifier les procédures de régulation des réseaux électriques et gaziers en Europe. Cette dernière proposition, indispensable à terme, se heurte aujourd'hui à l'absence de tout réseau effectivement paneuropéen. Or, sur la question essentielle de l'interconnexion des réseaux nationaux, qui suppose la construction de nouvelles infrastructures de transport pour le gaz et l'électricité, la Commission, faisant fi de toute expérience, semble s'en remettre à la main invisible de l'unbundling. Elle ne s'attarde pas davantage sur la nécessité de remédier à la faiblesse actuelle des stocks stratégiques de gaz en Europe. Elle est silencieuse sur la nécessité de coordonner et d'accentuer les efforts en cours visant à diversifier les sources d'approvisionnement en gaz (grâce en particulier au GNL). Enfin, elle est entièrement muette sur les perspectives de mise en place d'une politique énergétique extérieure commune.

La nécessité de cette dernière politique est pourtant chaque jour plus évidente, face à l'utilisation stratégique de la ressource gazière mise en œuvre par le principal fournisseur extérieur de l'Union, à savoir la Russie. Le contraste entre le volontarisme monopolistique des autorités russes et les décisions essentiellement réactives et non coordonnées de leurs homologues européens renforce considérablement la position de la Russie dans les conflits diplomatiques avec l'Occident, tout en hypothéquant à moyen terme la sécurité d'approvisionnement des Etats européens5.


Pour une Haute autorité européenne du gaz et de l'électricité

Ces lacunes persistantes de la stratégie communautaire ne reflètent pas simplement un parti pris idéologique. Ils sont également le produit de la réalité institutionnelle de l'Union européenne: d'un côté, une Commission habilitée à harmoniser les réglementations et à démanteler les monopoles publics, mais non à mener une véritable politique industrielle ou une diplomatie de l'énergie; de l'autre, des Etats compétents et souverains dans ces deux domaines mais dont les intérêts, objectivement divergents, débouchent parfois sur des décisions mutuellement antagonistes. Le tracé des nouveaux gazoducs entre la Russie et ses principaux partenaires européens constitue le meilleur exemple de ces divisions intra-européennes6.

Le risque de rupture d'approvisionnement, auquel se trouvent confrontés plusieurs Etats membres et dont les conséquences seraient catastrophiques pour l'Union toute entière, appelle d'autres types de réponse:
  • l'unification des réseaux européens de transport du gaz et de l'électricité, qui offrirait à chaque Etat la garantie d'un approvisionnement continu en cas d'interruption soudaine de ses importations;
  • la constitution de stocks stratégiques de gaz ouverts à l'ensemble des pays européens;
  • une stratégie de diversification des sources d'approvisionnement centrée autour d'un parc européen de terminaux GNL reliés aux différents marchés nationaux;
  • enfin, la centralisation des négociations commerciales avec les fournisseurs extérieurs de l'Union. Cette dernière mesure accroîtrait de manière exponentielle la puissance des responsables européens face à Gazprom.

Aucun de ces objectifs ne peut être atteint, entièrement ou en partie, par le seul biais d'une coopération bi- ou trilatérale entre Etats ou entre opérateurs privés. Une action délibérée et planifiée au niveau européen est indispensable.

Aussi le projet d'Agence de régulation défendu par la Commission européenne devrait-il être élargi en une Haute autorité européenne du gaz et de l'électricité. Cette agence devrait prendre la forme d'une autorité publique indépendante, disposant d'un financement autonome, et de toutes les compétences nécessaires pour mettre en œuvre les mesures décrites ci-dessus. Suivant le précédent de la Banque centrale européenne, cette Haute autorité pourrait dans un premier temps ne réunir que les Etats volontaires - sans doute les plus concernés par la problématique gazière. Quant aux statuts de cette Agence, ils pourraient s'inspirer d'institutions existantes en Europe ou à l'étranger (comme la Tennessee Valley Authority aux Etats-Unis). Une telle initiative marquerait une étape décisive dans la mise en place de politiques économique, industrielle et extérieure véritablement européennes.


Quentin PERRET
Responsable du Pôle Énergie et Europe élargie

Camille SERVAN-SCHREIBER
Vice-présidente, responsable du Pôle Études


1 - Le charbon reste ainsi largement exploité dans plusieurs pays, comme la Pologne. De même, les réserves de gaz de la Mer du Nord, si elles sont aujourd'hui en voie d'épuisement, ont effectivement façonné la politique énergétique des Pays-Bas et du Royaume-Uni au cours des trente dernières années.

2 - Le gouvernement britannique a dévoilé, le 10 janvier, un plan visant à la construction de 10 nouvelles centrales nucléaires à l'horizon 2020. Le plan prévoit notamment une simplification des procédures d'autorisation et l'assurance d'un niveau minimum de compétitivité face aux fluctuations du prix du carbone.

3 - Il a ainsi récemment été démontré que certains biocarburants aggravaient en réalité le réchauffement climatique, tout en contribuant à l'inflation des prix alimentaires mondiaux. Le Commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, a récemment annoncé la révision des objectifs européens en la matière.

4 - En proposant, dans le cadre du projet de troisième directive de septembre 2007, d'imposer la règle de l'unbundling aux investisseurs étrangers à l'UE souhaitant acquérir des sociétés européennes de transport de gaz et d'électricité – une mesure visant principalement le russe Gazprom -, la Commission elle-même prend en compte cette réalité. Cette mesure n'aurait toutefois aucun impact sur le coeur du problème, qui est la position hégémonique de la Russie dans la fourniture du gaz à destination de l'UE.

5 - En raison de l'insuffisance de longue date des investissements productifs en Russie, qui pourraient se traduire par une baisse significative de la production gazière russe à partir de 2009.
    
6 - Ainsi, le futur gazoduc Nord-Europe, en reliant directement la Russie à l'Allemagne et aux principaux marchés ouest-européens après 2010, privera les anciens pays de transit, comme la Pologne, de toute garantie d'approvisionnement en cas de déficit de la production gazière russe.







pagerank


Monsieur le Président du Parlement européen,
Mesdames et Messieurs les députés,
Monsieur le Président de la Commission,
Mesdames et Messieurs,
 
 
Je vous remercie de m’avoir invité à prendre la parole devant vous, dans ce lieu où bat le cœur démocratique de l’Europe. Je vous remercie de me donner l’occasion de le faire maintenant, au moment où, après avoir semblé vaciller, l’Europe se ressaisit et repart de l’avant.
 
Je vous remercie de me permettre de renouveler devant vous l’engagement européen de la France et de vous dire que le "non" à la Constitution européenne n’était pas pour le peuple français l’expression d’un refus de l’Europe mais l’expression d’une plus grande exigence à son égard.
 
Depuis le commencement, la construction européenne est portée par une espérance qu’elle a nourrie et qu’elle a fait grandir. Les peuples attendent maintenant et c'est une responsabilité pour chacun d'entre nous, qu’elle soit à la hauteur de cette espérance. C’est une espérance de paix, de fraternité et de progrès. C’est une espérance qui est née des grandes tragédies du XXe siècle, du sang et des larmes versés par des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, de leurs souffrances. Cette espérance, elle est née d'une souffrance immense. C’est l’espérance que plus jamais les peuples européens ne se feront la guerre, que plus jamais l’on ne verra sur le sol européen les entreprises de conquêtes, de domination et d’extermination qui ont mené les nations européennes au bord de leur anéantissement matériel et moral.
 
Si l’idée européenne a pu naître, c’est parce qu’un jour de grands européens se sont tendus la main par-dessus les frontières, frontières pour lesquelles tant d’hommes étaient morts et que les peuples qui avaient trop souffert les ont suivis en décidant qu'ils voulaient l’amitié.
 
Si la construction européenne est devenue possible, c’est parce que les peuples européens, horrifiés de ce qu’ils avaient fait, ne voulant plus se battre sachant au fond d’eux-mêmes qu’une nouvelle guerre leur serait fatale, choisirent de s’aimer, de se comprendre, de travailler ensemble à se forger une destinée commune. Il faut prendre la construction européenne pour ce qu’elle est, une exigence morale, politique et spirituelle.
 
La construction européenne, c’est l’expression d’une volonté commune des peuples de l’Europe qui se reconnaissent des valeurs et une civilisation commune et qui veulent les maintenir vivantes. C’est l’expression d’une volonté commune des peuples de l’Europe qui se reconnaissent des intérêts communs et qui veulent les faire prévaloir. C’est l’expression d’une volonté commune des peuples de l’Europe qui ont choisi de faire passer ce qui les rapproche avant ce qui les oppose.
 
L’Europe, ne peut pas être qu’une machine, une machine administrative, une machine à procédures et à règles. L'Union européenne ne peut pas être tenue à l’écart de la vie, à l’écart des sentiments et des passions humaines.
 
L’Europe est une réalité et l’Europe n’a une chance d’exister pleinement que si pour des millions d’hommes et de femmes elle est vivante, elle parle à leur cœur, elle est l’espoir d’une vie, d’un monde meilleur. L'Europe sera un grand idéal ou ne sera plus. Quand les peuples disent "non", il ne faut pas se dire que les peuples ont tort, il faut se demander pourquoi les peuples ont dit "non". Nous savons tous que le "non" français - et j'ai voté oui-  et le "non" néerlandais à la Constitution européenne exprimaient, hélas, bien davantage que le refus d’un texte, aussi important fût-il. Nous savons tous que ce refus n’était que le signe le plus visible d’une profonde crise de défiance que, depuis longtemps, partagent des millions d'Européens. Il ne sert à rien de la nier. Et il faut leur apporter une réponse.
 
Tous ceux qui aiment l’Europe, tous ceux qui la veulent de toutes leurs forces ont bien compris qu’ils devaient prendre au sérieux ce "non" de deux peuples fondateurs, de deux peuples qui ont toujours fait le choix de l’Europe, de deux peuples qui sont parmi ceux qui ont fait le plus d’efforts sur eux-mêmes pour que l’Europe ne soit pas seulement un rêve mais qu’elle devienne une réalité.
 
Dans ce "non" il y avait une angoisse, il y avait une déception qui étaient partagées par des millions d’hommes et de femmes en Europe qui s’étaient mis à désespérer de l’Europe parce qu’ils avaient le sentiment qu’elle ne les protégeait plus, qu’elle était devenue indifférente aux difficultés de leur vie, que ce sentiment soit injuste est une autre chose. Ce sentiment, je suis persuadé que des millions de femmes et d'hommes quels que soient nos pays, le partagent. Ces "non" furent désastreux. Ils ont plongé l’Europe dans la crise la plus grave de son histoire. Mais cette crise qui pouvait défaire l’Europe pouvait aussi lui être salutaire si elle amenait tous ceux qui étaient indéfectiblement attachés à sa cause à réfléchir sur les raisons de cette désaffection : "pourquoi une telle crise?".
 
Depuis la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, ce qui a été accompli est prodigieux, si l’on veut bien se souvenir de ce qu’était alors l’Europe, son malheur, ses ruines, sa faiblesse économique et politique. Nous sommes tous ici les représentants de peuples qui se sont haïs, qui ont cherché à se détruire, qui se sont combattus pendant des siècles pour certains.
 
Au commencement, il ya eu Paul Henri Spaak, ce grand européen, qui fut le premier Président de la première assemblée parlementaire européenne, avait dit : "Sans rien oublier – car ce serait une profanation – nous avons décidé de tenter la grande aventure qui doit, si elle réussit, nous permettre de sauver ce que nous avons en commun de plus cher et de plus beau". .
 
Et pendant plus d’un demi-siècle cette grande aventure a continué. Malgré les difficultés innombrables. Les assemblées parlementaires y ont joué un rôle décisif. Qu’il me soit permis de rendre hommage à tous ceux qui y ont siégé, car ils ont été les représentants des citoyens de l’Europe, dans toute leur diversité.
 
Cette diversité, nous ne devons pas la redouter, nous devons au contraire la respecter comme notre plus grande richesse. La démocratie, c’est le débat. C’est la pluralité des points de vue. C’est le contraire d’un système où tout le monde est obligé de penser la même chose. On fera mourir l'Europe si on ne se réunit qu'autour d'une pensée unique où celui qui pense différemment est considéré comme un mauvais européen. Il n'y a pas de mauvais Européen, il y a l'Europe et nous devons emmener tout le monde dans cette Europe.
 
Je crois à l’échange. Je crois à la discussion. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours préféré la règle de la majorité à celle de l’unanimité. Et ce n'est pas un petit engagement de la part d'un Président français.
 
L’unanimité, c’est le système qui permet à quelques uns d’imposer leur loi à tous les autres. L’unanimité, c’est la certitude qu’on ne décidera jamais rien de grand, d’audacieux, qu’on ne prendra jamais aucun risque. Avec l'unanimité, on s'aligne sur celui qui veut le moins d'Europe.
 
L’unanimité, c’est l’impuissance. C’est l’impossibilité d’agir. C’est l’impossibilité de revenir sur ce qui a été décidé. C’est pour cela que j’ai soutenu l’extension de la règle de la majorité dans le traité simplifié.
 
Je crois à la démocratie. Je crois que l’Europe doit être la plus démocratique possible. C’est pourquoi j’ai toujours considéré que l’on ne rendait pas service à la cause de l’Europe en refusant le débat, en étouffant les critiques, en taisant les divergences. Je suis convaincu que l’Europe doit avoir plus de débat, plus de démocratie et au fond plus de politique.
 
Si l’Europe a pu sortir du blocage, c’est bien parce qu’au Sommet de Bruxelles les chefs d’Etat et de gouvernement conscients de ce qu’ils avaient le sort de l’Europe entre leurs mains ont pris une décision politique. A Bruxelles ce jour là, la volonté politique de chefs d'Etat et de gouvernement différents a balayé tous les obstacles qui paraissaient jusque là insurmontables. La politique, c’était de prendre acte de l’échec du projet de Constitution.
 
La politique, c’était de proposer aux Français qui avaient voté "non" de négocier un traité simplifié pour débloquer l’Europe et de faire ratifier ce choix par le Parlement, comme je l'ai dit lors de la campagne présidentielle. J'ai été autorisé par le peuple français à faire ratifier le traité simplifié par le Parlement. J'ajoute qu'il me semble curieux de dire que le Parlement européen est l'endroit où bat le cœur démocratique de l'Europe et contester qu'une ratification parlementaire en France ne serait pas démocratique. Parce que si l'Europe est démocratique au Parlement européen, la France est démocratique au Parlement français.
 
La politique, c’était pour les pays qui avaient déjà ratifié le projet de Constitution, et les parlementaires parmi vous qui l'avaient soutenu, d’accepter de rouvrir les négociations sur un autre projet moins ambitieux. Si nous avons pu débloquer l'Europe, c'est parce que les pays qui avaient voté "non" ont fait un effort, mais je veux rendre hommage à celles et ceux d'entre vous qui croyaient à la Constitution d'avoir accepté de discuter d'un autre projet. L'Europe est sortie de la crise parce qu'il y a eu un mouvement de double bonne volonté.
 
Le traité simplifié, c’est une victoire politique de l’Europe sur elle-même. C’est une victoire de la conscience européenne qui s’exprime dans la politique.
 
Je prends mes responsabilités. L’erreur serait de croire que l'Europe a tout résolu, qu'on peut dormir tranquille, et que plus aucune question ne se pose. Le traité simplifié résout la crise institutionnelle. Il ne résout pas la crise morale et politique de l’Europe. Il permet à l’Europe de décider et d’agir. Mais il ne dit pas dans quels buts, avec quelles finalités. Il ne dit pas ce que sera l’Europe de demain, comment elle contribuera à améliorer la vie des citoyens. Il ne donne pas de raisons à ceux qui avaient cessé de croire en l’Europe de reprendre confiance en elle.
 
La question institutionnelle est réglée. Il reste maintenant à régler les questions politiques. Il faut les poser sans crainte, en débattre sans tabou.
 
L’Europe a choisi la démocratie, et dans une démocratie il faut pouvoir débattre de tout : de la de la politique budgétaire, de la politique commerciale, politique monétaire, de la politique industrielle, de la politique fiscale, de toutes les politiques quelles qu’elles soient, ou alors ce n'est pas la peine de dire que l'on veut une Europe démocratique.
 
L’Europe a choisi la démocratie, et dans une démocratie nulle indépendance ne peut se confondre avec une irresponsabilité totale. Nul ne peut se prévaloir de l’indépendance de son statut pour se dispenser d’avoir à rendre des comptes, à s’expliquer, à être contrôlé. Dans une démocratie, la responsabilité politique est un principe universel, essentiel, incontournable.
 
Dans la démocratie européenne, il faut pouvoir discuter des finalités et des objectifs de l’Europe. J'ai proposé que soit créé un comité des sages pour réfléchir à l’avenir et pour que nous puissions débattre tous ensemble des différents futurs possibles de l’Europe. Il y a différentes voies, et je me demande comment nous pourrons choisir la bonne si nous refusons absolument d'en débattre.
 
Dans la démocratie européenne il faut pouvoir débattre de l’identité européenne et des identités nationales. Il faut pouvoir discuter de la manière dont l’Europe construit son identité et la défend. Il faut pouvoir discuter de la manière dont l’Europe protège les identités nationales qui sont une richesse de l’Europe.
 
Nous ne devons pas avoir peur des identités. Chercher à préserver son identité ce n’est pas une maladie. C’est quand les identités se sentent menacées, quand elles se sentent attaquées qu’elles se crispent et qu’elles deviennent dangereuses, parce qu'agressives.
 
Les peuples européens traversent une crise identitaire extrêmement profonde. C’est une crise qui est à la fois dans les nations et dans cette idée de la civilisation que tous les Européens ont en commun et qui fait la véritable unité de l’Europe. C’est une crise qui est liée à la globalisation et à la marchandisation du monde.
 
Commencer l’Europe par l’économie, par le charbon et par l’acier, par le commerce, ce fut un coup de génie des pères fondateurs. Mais la politique a pris trop de retard sur l’économie, et la culture plus encore, et c'est une erreur d'avoir oublié l'Europe de la culture.
 
Dans un monde menacé d’uniformisation, dominé par la technique, où les valeurs marchandes tendent à l’emporter sur toutes les autres, l’Europe ne peut être l’Europe aux yeux de tous les hommes que si elle défend des valeurs spirituelles et des valeurs de civilisation, que si elle rassemble toutes ses forces, pour défendre la diversité culturelle. Mais que défendrons-nous en termes de diversité si nous ne protégeons pas les identités ?
 
L’Europe doit faire en sorte de ne pas être vécue comme une menace contre les identités mais comme une protection, comme un moyen de les faire vivre.
 
Dans l’ordre moral aussi. Car les droits de l’homme font partie de l’identité européenne. Partout dans le monde, chaque fois qu'un être humain est opprimé, qu’un enfant est martyrisé, qu’un homme est persécuté, qu’un peuple est asservi, l’Europe doit se trouver à ses côtés. Parce que l'Europe des droits de l'homme est fidèle à elle-même. C'est à l'Europe de porter la question des droits de l'homme dans toutes les régions du monde.
 
Dans la démocratie européenne que nous voulons construire, le mot protection ne doit pas être banni. Si nous ne voulons pas qu’un jour les peuples exaspérés d’être victimes de la concurrence déloyale et des dumpings réclament de nouveau le protectionnisme et la fermeture, nous devons avoir le courage de débattre de ce que pourrait être une véritable préférence communautaire. Nous devons être capables de faire autant pour nous protéger que ce que font les autres. Nous devons être capables de nous doter des mêmes moyens d’agir que tous les autres. Si les autres régions du monde ont le droit de se défendre contre les dumpings, pourquoi l’Europe devrait les subir ? Si tous les pays ont des politiques de change, pourquoi pas l’Europe ? Si d’autres nations peuvent réserver une part de leurs marchés publics à leurs PME, pourquoi pas l’Europe ? Si d’autres nations mettent en œuvre des politiques industrielles, pourquoi pas l’Europe ? Si d'autres nations défendent leurs agriculteurs, pourquoi l’Europe ne défendrait-elle pas les siens ?
 
L’Europe ne veut pas du protectionnisme mais l'Europe doit réclamer la réciprocité.
L’Europe ne veut pas du protectionnisme mais l'Europe a le devoir d’assurer son indépendance énergétique et son indépendance alimentaire.
 
L’Europe veut être exemplaire dans la lutte contre le réchauffement climatique, mais l’Europe ne peut pas accepter la concurrence déloyale des pays qui n’imposent aucune contrainte écologique à leurs entreprises.
 
L’Europe est attachée à la concurrence. Mais l’Europe ne peut pas être seule au monde à en faire une religion. C’est pourquoi au sommet de Bruxelles il a été décidé que la concurrence était pour l’Europe un moyen et non une fin.
 
L’Europe a fait le choix de l’économie de marché et du capitalisme. Mais ce choix n’implique pas le laissez-faire absolu et la dérive d’un capitalisme financier qui fait la part belle aux spéculateurs et aux rentiers plutôt qu’aux entrepreneurs et aux travailleurs. Le capitalisme européen a toujours été un capitalisme d’entrepreneurs, un capitalisme de production plutôt qu’un capitalisme de spéculation et de rentes.
 
Oui, je l'affirme, l’Europe a un rôle à jouer dans la nécessaire moralisation du capitalisme financier et c'est ce qui s'est passé avec la crise des "subprimes" - quelques spéculateurs mettent en cause la concurrence mondiale - l'Europe ne peut pas l'accepter.
 
Sur tous ces sujets nous avons tous des idées et des points de vue différents. Ce n’est pas une raison  pour ne pas en parler. Nous devons en débattre jusqu’à ce que nous ayons réussi à rapprocher assez nos points de vue pour pouvoir bâtir une politique commune. Tous ces sujets seront au cœur des priorités de la Présidence française.
 
Il y a bien d’autres sujets dont nous allons devoir débattre. Il y a bien sûr la refondation de la politique agricole commune après 2013. Il y a la question de la fiscalité écologique. Il y a celle des énergies renouvelables et des économies d’énergie. Il y a celle de la défense, car comment l’Europe pourrait-elle être indépendante, comment pourrait-elle avoir une influence politique dans le monde, comment pourrait-elle être un facteur de paix et d’équilibre si elle n’était pas capable d’assurer elle-même sa défense ?
 
Que signifie pour chacun d’entre nous notre engagement européen si nous ne sommes pas capables de débattre de la construction d’une défense européenne et de la rénovation de l’alliance atlantique ? Que signifie notre engagement européen si chacun d’entre nous n’est pas capable de faire un effort pour la défense de tous ?
                                           
Depuis le traité de la CECA jusqu’au traité simplifié, les peuples européens ont tissé entre eux une solidarité. Cette solidarité, elle se manifeste dans la politique régionale. Cette solidarité, elle doit s’exprimer dans la défense. Elle doit s’exprimer aussi dans la politique de l’immigration. Dans une Europe où la circulation est libre entre les Etats membres, cette politique ne peut être qu’une politique commune. On ne peut pas appartenir à l’espace Schengen et régulariser ses sans papiers sans en informer les autres car la régularisation dans un pays a un impact sur les autres pays.
 
Lorsque j’ai été élu Président de la République je me suis fixé comme priorité de remettre la France au cœur de la construction européenne. J’ai voulu que la France surmonte ses doutes en s’engageant davantage dans l’Europe, mais dans une Europe où la politique reprendrait ses droits, dans une Europe où la France ne réussirait pas toujours à emporter la décision mais où elle pourrait toujours faire valoir son point de vue.
 
C’est ce que je me suis efforcé de faire. C’est ce que je continuerai à faire. C’est ce que j’ai fait en renouant le dialogue avec les institutions communautaires et je remercie le Président Barroso de la relation de confiance qu’il a permis d’établir entre la France et la Commission Européenne. La politique de la France c’est désormais de travailler étroitement et en toute confiance avec les institutions européennes, Le Parlement et la Commission. C’est ce que j’ai fait lorsque je me suis rendu devant les Ministres des Finances de la zone Euro pour expliquer la politique française. C’est ce que j’ai fait en portant l’idée du traité simplifié. C’est ce que j’ai fait en me rendant à Berlin dès le jour de mon investiture pour bien montrer l’importance pour l’avenir de l’Europe de l’amitié entre la France et l’Allemagne.
 
C’est ce que j’ai fait en déployant tous mes efforts pour convaincre l’Angleterre de signer le traité simplifié. Parce que l’Europe a besoin de l’Angleterre. C’est ce que j’ai fait en m’engageant fortement dans le dialogue avec les pays de l’Est qui avaient parfois le sentiment qu’on ne les écoutait pas assez. Et à juste titre, ces pays ont autant de droits que les pays européens qui ont intégré l'UE avant eux.
 
C’est ce que j’ai fait en proposant l’Union de la Méditerranée, sans exclure personne, en prolongeant le travail fait à Barcelone. Mais si le travail fait à Barcelone avait suffi, ça se saurait. Il faut donc une nouvelle ambition.
 
J’ai voulu que la France puisse de nouveau entraîner la croissance européenne, qu’elle puisse de nouveau contribuer au dynamisme de l’Europe et à sa prospérité. Car lorsque la France va bien, c’est l’Europe tout entière qui en tire profit. Nul en Europe n’a intérêt à une France affaiblie, incapable de trouver en elle les ressorts de la croissance. Nul en Europe n’a intérêt à une France en déclin, à une France qui doute d’elle-même, qui a peur de l’avenir.
 
J’ai engagé une politique de réformes. Ces réformes, elles représentent un effort considérable. C’est l’intérêt de l’Europe qu’elles réussissent. Ce n’est pas l’intérêt de l’Europe qu’elles échouent. C’est grâce à ces réformes, si elles réussissent – et elles réussiront – que la France assainira ses finances publiques, qu’elle respectera ses engagements. Ces réformes les Français les ont approuvées. Je leur ai tout dit avant les élections pour pouvoir tout faire après. Ces réformes je les mènerai jusqu’au bout. Rien ne me détournera de mon objectif. C’est le meilleur service que je puisse rendre à l’Europe.

Mesdames et Messieurs les députés, dans cette ville de Strasbourg si chère au cœur des Français et désormais indissociablement liée dans l’esprit de tous les Européens à votre Assemblée dans laquelle s’incarne la démocratie européenne. Au sein de votre Parlement qui sait si bien faire vivre le débat démocratique dans le respect de la diversité des opinions, des convictions et des croyances. Ici à cette tribune où elle s’exprima tant de fois, j’ai une pensée pour Simone Veil qui fut en 1979 la première présidente de la première assemblée parlementaire européenne élue au suffrage universel direct.
 
Qu’il me soit permis de lui rendre hommage pour sa contribution à la cause de l’Europe et pour sa contribution à la cause des femmes. Elle s’est battue pour qu’on respecte leurs droits, pour qu’on respecte leur dignité et votre Parlement a toujours été fidèle à cette ligne de conduite.
 
Simone Veil disait: « Quelles que soient nos différences de sensibilité, je pense que nous partageons la même volonté de réaliser une communauté fondée sur un patrimoine commun et un respect partagé des valeurs humaines fondamentales. C’est dans cet esprit que je vous invite à aborder fraternellement les travaux qui nous attendent ». Ces mots, je les fais miens. Ces mots sont des défis. Ces défis sont ceux que les citoyens attendent que l’Europe relève. Nous n’avons plus de temps à perdre pour les relever. Nous n’avons plus de temps à perdre pour faire en sorte que les peuples puissent reprendre confiance dans l’Europe. Nous en avons déjà trop perdu. Vous pouvez compter sur l'engagement sans faille de la France.


pagerank

Cet avenir, nous lui avons donné le nom d'Europe.


En ce 11 novembre, ma pensée va aux deux derniers survivants de la plus atroce des guerres. Ils ont vécu toute leur vie avec le souvenir de tous ceux qui sont tombés à leurs côtés, des corps déchiquetés par la mitraille, des hommes enterrés vivants dans la boue des tranchées, des morts qu'on piétinait pendant l'assaut.


Quand la bataille a été finie, quand le silence s'est fait sur la terre où tant d'hommes s'étaient battus jusqu'à l'extrême limite de leurs forces, ceux qui avaient survécu ont déposé leurs armes, quitté leurs uniformes et sont rentrés chez eux.

Ils ont montré leurs blessures à leurs enfants. Ils ont raconté leurs combats, ils les ont emmenés sur les lieux où avaient été versés tant de sang et de larmes, ils leur ont fait visiter les grands cimetières où tant de morts dorment sous les croix blanches.

Ils n'ont pas parlé à leurs enfants de gloire et de victoire. Ils n'ont pas dit à leurs enfants qu'ils étaient des héros. Ils leur ont parlé de souffrances, de sacrifice, des horreurs de la guerre. Ils ont voulu leur apprendre à détester la guerre et à aimer la paix?

Ils disaient à leurs enfants : « Plus jamais ça, plus jamais une telle horreur ».

Mais la guerre appelait la guerre, le meurtre appelait le meurtre. Dans le cœur de ceux qui avaient trop souffert, dans le cœur de ceux qui avaient été vaincus, un esprit de revanche, de vengeance et de haine grandissait. La folie s'empara de nouveau de l'Europe.

Les Anciens combattants de la Grande Guerre qui avaient encore l'âge de se battre partirent le cœur lourd. Les autres regardèrent partir leurs enfants avec la même angoisse qu'éprouvaient leurs parents jadis en attendant leurs lettres écrites au fond des tranchées dans un instant de répit entre deux carnages. Tous se demandèrent pourquoi ils avaient tant souffert si c'était pour recommencer encore.

Et quand la guerre une fois de plus fut terminée, quand les portes des camps s'ouvrirent, quand l'entreprise de domination et d'extermination qui avait menacé l'Europe fut connue de tous, chacun en lui-même fut effrayé de ce qui s'était passé, chacun se sentit coupable de n'avoir pas fait assez pour l'empêcher.

Alors quelques-uns se levèrent au nom de tous ceux qui avaient péri dans ces deux guerres sanglantes, au nom des mutilés, au nom de ceux qui avaient connu l'horreur des camps, au nom des mères, des pères, des veuves, des enfants qui avaient pleuré ceux qui n'étaient jamais revenus.

Et ces hommes de bonne volonté se tendirent la main par-delà les frontières pour lesquelles tant de femmes et tant d'hommes avaient autant souffert.

Et les peuples les suivirent. Nul n'oublia les douleurs du passé, ni ses morts, ni ses souffrances. Mais nul ne demanda à l'autre d'expier ses fautes. Tous déclarèrent : soyons amis maintenant et pour toujours. Et ayant décidé de surmonter leurs blessures en ouvrant leurs coeurs, d'opposer l'amour à la haine, ils construisirent l'Europe. Qu'exprimait-elle d'autre en vérité que la volonté de regarder ensemble vers l'avenir pour des peuples las de tant de guerres qui les avaient portés jusqu'au bord de leur anéantissement matériel et moral ?

En ce 11 novembre, nous ne rendons pas seulement l'hommage de la Nation à tous les morts sur le champ de bataille, à travers les soldats héroïques qui sont allés jusqu'à l'extrême limite de leurs forces pour défendre la cause sacrée de la patrie.

Nous nous souvenons aussi que de tant de sang et de larmes est né un grand rêve de paix.

Tant que restera vivante la mémoire des grandes tragédies du XXe siècle, nul n'aura à craindre pour l'amitié qui lie entre eux les peuples européens. Maintenant que s'en vont les derniers témoins, il nous faut continuer de faire vivre ce souvenir pour que nos enfants n'oublient jamais et pour qu'ils le transmettent à leur tour à leurs enfants.

Aujourd'hui, en nous souvenant, nous célébrons l'avenir. Un avenir de paix et de fraternité entre les nations. Un avenir de compréhension et de solidarité entre les peuples.

Cet avenir, nous lui avons donné le nom d'Europe.

Mesdames et Messieurs,


Il y a quelques mois je suis venu à Strasbourg effectivement, Chère Fabienne, Cher Robert, pour parler de l'Europe, de l'idée que je m'en faisais, de la place que je voulais lui donner dans la politique de la France telle que je la conduirais si j'étais élu Président de la République.

Ce soir-là, j'ai dit aux Français ma vérité sur l'Europe. Ce soir-là, j'ai pris des engagements, des engagements devant les Français à propos de l'Europe.

Ce soir, je reviens à Strasbourg. Je viens rendre des comptes aux Français de ce que j'ai fait dans la perspective de ce sommet européen qui restera comme un moment important dans la construction de l'Europe.

Ce soir, je viens dire aux Français, quelles leçons je tire de ce qui s'est passé pour le présent et pour l'avenir. Quand on prend des engagements, on les tient. Le divorce entre la France et la politique, ce sont des paroles données et jamais tenues. La rupture que j'appelle de mes vœux, c'est celle-ci : ce que j'ai dit avant les élections, je le tiendrai après. Je veux réconcilier les Français avec la politique.


Avant de venir ici, quand j'ai parlé de l'Europe, ce 21 février dernier, je m'étais arrêté à Verdun.

Je me souviens qu'à ceux qui ce soir-là étaient venus m'écouter, j'ai dit l'impression que j'avais eue d'entendre, sortant de la terre où furent versés tant de larmes et de sang, ce cri qui fut celui de tous les survivants de cet enfer : "Plus jamais cela !"

Plus jamais un tel carnage, plus jamais deux peuples européens au XXe siècle dressés l'un contre l'autre dans le but de se détruire !

Je me souviens que j'ai parlé de cette fatalité tragique qui dans chaque guerre préparait la suivante, qui dans chaque meurtre annonçait le meurtre à venir.

Je me souviens que ce soir-là j'ai évoqué des hommes de bonne volonté qui s'appelaient CHURCHILL, de GAULLE, SCHUMAN, MONNET, GASPERI, effarés par l'indicible horreur des camps et les souffrances de la guerre, qui avaient choisi de montrer au monde qu'un idéal de paix et de fraternité pouvait être plus fort que l'esprit de vengeance et de haine, attisé par le souvenir du malheur.

Ce fut à ce moment-là que naquit en Europe une volonté de tout faire pour que les valeurs de la civilisation européenne ne soient pas anéanties par la guerre civile européenne.

Cette volonté, qui fut d'abord celle de quelques grandes consciences isolées, forgea en quelques générations une véritable conscience européenne.

Cette volonté, cette conscience furent d'abord françaises.

C'est la France qui a le plus voulu l'Europe et qui l'a rendue possible en prenant l'initiative du geste fraternel qui allait changer le cours de l'histoire. Car si l'Europe de la civilisation et de la culture est un héritage multiséculaire, si l'homme européen est une réalité depuis bien longtemps, l'Europe telle que nous la connaissons, telle que nous la voulons, l'Europe de la paix, l'Europe des peuples qui ne sont plus rivaux, qui ne sont plus ennemis, qui sont des partenaires, l'Europe des nations conscientes que leur destin est commun et décidées à le forger ensemble, l'Europe fraternelle, cette Europe, elle est sortie de la réconciliation franco-allemande, elle est sortie de cette volonté commune non pas d'oublier les souffrances mais de les surmonter, non pas de récuser un passé douloureux mais de regarder ensemble vers l'avenir.

L'amitié franco-allemande est à l'origine de l'Union européenne. Elle en restera le ciment à jamais. C'est pourquoi, Strasbourg, symbole de la réconciliation franco-allemande, est à jamais la capitale de l'Europe. Parce que c'est ici que l'on s'est battu et c'est ici que l'on s'est réconcilié.

L'union de l'Europe n'est pas fondée sur la repentance. L'union de l'Europe n'est pas fondée sur l'expiation d'une histoire tragique. Elle est fondée sur la volonté partagée par tous les peuples européens de tirer les leçons de cette histoire.

Elle est fondée sur la volonté partagée de préserver l'immense héritage de civilisation que les siècles nous ont légué, de conserver ce trésor inestimable que j'appelle l'humanisme européen, de garder vivant l'homme européen, cet idéal humain que nous avons voulu faire partager, de façon universelle, à tous les hommes à travers le monde.


Le jour où il fit entrer Jean MONNET au Panthéon, François MITTERRAND déclara : "l'Europe restera, quoi qu'il advienne, celle de Jean MONNET".

Elle restera aussi celle de Schuman et celle du général de Gaulle. Ce qui donne à la France une responsabilité particulière dans la construction de l'Europe. Cette responsabilité, elle est politique. Mais oserai-je le mot ? Elle est plus encore morale. C'est cette responsabilité, politique et morale, que j'ai voulu assumer.

Ce que ces Français illustres ont accompli et qui est si grand au regard de l'Histoire, mes chers amis, nous avons le devoir de le continuer. C'est le premier devoir du Président de la République française.


Depuis toujours, la France n'est elle-même, la France n'est grande, la France n'est forte que lorsqu'elle se place au centre de gravité de l'Europe.

Ce que, pendant des siècles, la France a accompli en Europe dans l'ordre de l'esprit, dans l'ordre de la pensée, dans l'ordre spirituel ou dans celui de la puissance, elle doit l'accomplir maintenant dans l'ordre politique au service de cette union de peuples sans cesse plus étroite qui est la définition que donnaient du projet européen les pères fondateurs.


Ce devoir, il n'est pas seulement le nôtre, à nous, Français, à cause de MONNEt, SCHUMAN et de GAULLE. Nous n'avons pas le devoir de faire l'Europe seulement pour être dignes de ce qu'ils ont accompli au nom de la France. Mes chers amis, nous avons le devoir de faire l'Europe pour être fidèles à nous-mêmes.

Nous avons le devoir de faire l'Europe pour exactement les mêmes raisons qui les ont poussés à la faire et qui tiennent à ce que nous sommes, qui tiennent en vérité à notre identité française qui est au croisement de tous les courants de pensée et de culture, de toutes les sensibilités et de toutes les croyances de l'Europe.

Il n'y a pas de culture française sans SHAKESPEARE, sans DANTE, sans GOETHE, sans CERVANTES. Il n'y a pas de culture française qui regarde comme étrangers FAUST, DON QUICHOTTE ou HAMLET. La pensée française est l'héritière de KANT, de SPINOZA autant que de MONTAIGNE, de PASCAL ou de DESCARTES.

Nous avons un devoir vis-à-vis de l'Europe parce que l'Europe, c'est une part de nous-mêmes sans laquelle nous ne serions pas ce que nous sommes, parce que la conscience européenne, c'est notre conscience, parce que la culture européenne, c'est notre culture, parce que le destin de l'Europe, c'est notre destin, parce que l'identité de l'homme européen, c'est notre identité. Etre Européen et être Français, c'est respecter son histoire, son identité et ses valeurs. Voilà le message, qu'en tant que Président de la République française, je me dois de porter.


Alors, bien sûr, qu'est-ce que l'idéal européen ? C'est la volonté de dresser l'Europe contre la mort d'une certaine idée de l'homme et de la civilisation dont la menace fut d'abord dans la succession des guerres civiles européennes puis dans la guerre froide, et qui se trouve aujourd'hui dans le risque d'aplatissement du monde global et dans les crispations identitaires qu'il provoque.

Voilà ce que c'est, l'idéal européen. Voilà ce à quoi, il nous faut toujours revenir quand nous doutons de l'Europe.

Voilà la finalité de tous ces efforts que nous faisons pour construire l'Union européenne.

Cette finalité, nous ne devrions jamais la confondre avec les moyens utilisés pour l'atteindre.

Nulle part plus que sur le sujet de la construction européenne, la confusion des moyens et des fins peut être désastreuse.


Les institutions, les procédures, les directives, les règlements ne sont pas des fins en soi. Ce ne sont que des moyens. Que l'on perde de vue la finalité de tout cela. Que l'Europe cesse d'être un projet de civilisation pour ne plus être que de la technique, pour ne plus être qu'un empilement de textes, de normes, de critères, et le ressort se casse.

Pour mettre d'accord 27 pays qui sont de vieilles nations chargées d'histoires, qui ont leur caractère, qui ont leurs intérêts, il faut qu'il y ait un élan. L'élan se brise quand l'objectif est perdu de vue, quand la signification de ce que l'on fait n'est plus compréhensible.

Je vais vous dire le fond de mon cœur. Ce ne sont pas les traités de paix qui font la paix entre les peuples, mais la volonté des peuples de ne plus se battre. Ce ne sont pas les traités européens qui font progresser l'esprit européen, mais l'esprit européen qui permet de conclure des traités.

Chaque fois que l'Europe a remplacé les fins par les moyens, elle a traversé une crise. Chaque fois que l'Europe ne s'est plus souciée que de son organisation et de son fonctionnement sans plus se demander au service de quel projet était cette organisation ni pour quelle cause elle était censée fonctionner, l'Europe est devenue incompréhensible et elle a suscité le rejet. L'Europe qui devait rassurer a fini par inquiéter.

Rien n'est pire que la grande machine de l'Europe quand elle donne l'impression d'être devenue sa propre fin, de ne plus fonctionner que pour elle-même, de ne plus tourner que sur elle-même, car alors elle ne peut plus faire appel à la conscience européenne pour la soutenir.


Je veux le dire ce soir à tous les Français et à tous les Européens, en prenant mes responsabilités : ce n'est pas le "non" au référendum des Français et des Néerlandais qui a mis l'Europe en crise. C'est la crise de l'esprit européen qui a provoqué les "non" français et néerlandais et qui aurait sans doute provoqué d'autres "non" dans d'autres pays européens si ceux-ci avaient organisé un référendum.


Je veux dire à tous ceux qui sont attachés à la construction européenne et qui plaçaient beaucoup d'espoir dans la Constitution européenne, que la Constitution européenne ne pouvait pas être une fin en soi. Je veux leur dire que la Constitution européenne n'était qu'un moyen de faire avancer l'Europe, mais que la Constitution européenne n'était pas l'Europe.


Je veux leur dire que le traité simplifié sur lequel les 27 pays de l'Union se sont mis d'accord à Bruxelles le 23 juin dernier, ne marque pas du tout un recul de l'esprit européen, il témoigne au contraire du renouveau de l'esprit européen, du renouveau d'une volonté européenne commune à tous les pays membres, d'une volonté plus forte que les égoïsmes nationaux, plus forte que les susceptibilités nationales.


Le recul de l'esprit européen, cela aurait été que ceux qui avaient ratifié la Constitution ne veuillent rien entendre, ne veuillent plus se mettre autour de la table pour discuter d'un autre texte, pour chercher un autre accord.


Le recul de l'esprit européen, cela aurait été de considérer la Constitution comme une fin en soi au point de ne rien vouloir faire pour chercher à réconcilier les peuples avec l'Europe.

Le recul de l'esprit européen, cela aurait été de considérer la Constitution comme une fin en soi au point de prendre le risque de briser le rêve européen. Et je pense particulièrement au peuple français qui s'était exprimé clairement, qui avait dit "non" à la Constitution, et dont la décision devait être respectée.


A s'en tenir obstinément à une Constitution que les Néerlandais et les Français avaient rejetée et que tant de citoyens européens regardaient avec méfiance, on aurait mis l'Europe dans une impasse et on aurait trahi l'idéal européen.



Il faut chercher la cause de l'échec de la Constitution européenne non pas tant dans la Constitution elle-même que dans l'incapacité, depuis trop longtemps à faire partager les finalités de l'Europe par les peuples, à donner du sens à cette union difficile, compliquée, qui doit surmonter tous les jours d'innombrables obstacles.

La cause de l'échec, il faut aller la chercher dans ce sentiment de plus en plus répandu que la construction européenne, ce n'était plus l'accomplissement d'un destin commun, mais la mise en place d'un réseau de plus en plus serré de contraintes.

Il faut aller la chercher dans la perception de l'Union non plus comme l'expression d'une volonté commune, mais comme l'alibi de tous les renoncements.


La cause de l'échec de la Constitution et de la crise de l'Europe, il faut aller la chercher dans cette grande dérive vers la dépolitisation de l'Europe qui voulait partout remplacer la décision politique par des règles, par des normes, par des procédures, qui voulait partout substituer l'expertise technique à la volonté politique, qui voulait partout faire prévaloir le choix technique sur le choix politique.

C'est cette dérive, bien éloignée de l'esprit des pères fondateurs, bien loin de l'idéal de MONNET et de Schuman, qui a été sans doute la cause principale des difficultés auxquelles s'est heurtée la construction européenne depuis des années.


Au lieu de dire aux peuples : "voilà ce que nous pouvons faire ensemble de grand", on leur a répété inlassablement : "nous n'y pouvons rien", et en plus, on leur a dit que c'était à cause de l'Europe. Il ne faut pas s'étonner que cela soit mal fini.


Cette dépolitisation de l'Europe qui conduisait fatalement à un renoncement européen était d'autant plus dangereuse qu'elle plaçait l'Europe dans l'obligation de subir au lieu de la mettre en capacité d'agir dans un monde où tous les autres continents défendent vigoureusement leurs intérêts. Faire de l'Europe la victime expiatoire de la mondialisation et la variable d'ajustement des stratégies de tous les autres, n'était pas la meilleure façon de fortifier l'esprit européen.

L'Europe a souffert. Elle a souffert d'une grande confusion des fins et des moyens qui l'a privée de politique. Et si le sommet de Bruxelles, le dernier, a été si important, c'est d'abord parce qu'il marque le retour de la politique dans la construction européenne. L'Europe doit être l'affaire des politiques, c'est-à-dire de femmes et d'hommes qui assument leurs responsabilités, qui les prennent et qui rendent des comptes, qui sont élus et qui sont battus si les comptes qu'ils rendent ne satisfont pas le peuple.


L'Europe n'est pas une machine qui tourne à vide. L'Europe, c'est une volonté politique où chacun doit comprendre où l'on va. Pour la première fois depuis longtemps, à Bruxelles, la politique a fait que l'on a attaché aux fins plus d'importance qu'aux moyens.

On a fait de la politique dans ce sommet européen, au sens le plus élevé du terme.

On l'a fait en reconnaissant que la Constitution n'était pas une fin en soi et en acceptant de se mettre d'accord sur un traité simplifié.

On l'a fait en reconnaissant que la concurrence était un moyen et non une fin.

On l'a fait en reconnaissant la protection des citoyens comme une finalité de l'Union.

On l'a fait en reconnaissant la spécificité des services publics.

On l'a fait en donnant force de loi à la Charte des droits fondamentaux.


Ici à Strasbourg le 21 février, j'ai proposé un traité simplifié pour que les Européens puissent à nouveau parler ensemble, décider ensemble.

Cela paraissait impossible. Et cela s'est produit. Il y a eu de la part de tous les dirigeants politiques de l'Europe, socialistes ou non, du nord ou du sud, de l'est et de l'ouest, une envie de sortir du blocage. Et cette envie, elle est profondément noble parce qu'elle est politique. Il y a eu de la part de tous les chefs d'Etat et de gouvernement européens une prise de conscience des enjeux qui a poussé chacun à dépasser les jeux de rôles diplomatiques, les conformismes de la pensée, les postures qui condamnaient l'Europe à la paralysie politique et qui laissaient le champ libre aux bureaucraties.

Le sommet de Bruxelles a bien sûr été un grand succès pour la présidence allemande. Mme MERKEL a fait un travail remarquable. Il a été un succès pour la France.

Mais ce succès auquel bien peu croyaient il y a quelques mois n'est pas le succès de tel ou tel pays.

C'est le succès des 27.

C'est le succès de l'esprit européen qui a poussé chacun à faire des concessions plutôt qu'à risquer d'être celui qui briserait le grand rêve de l'unité européenne.

C'est le succès de la volonté politique contre l'esprit d'abandon et de renoncement.

Cela faisait deux ans que cela ne bougeait pas. En quelques semaines, cela s'est remis à bouger.


Une conférence intergouvernementale va se réunir pour prévoir les détails et les modalités de mise en œuvre de ce qui a été décidé. Puis interviendra la ratification par les Parlements nationaux sous la forme non d'une nouvelle Constitution mais d'amendements aux traités existants.

Dès 2009, l'Europe sera dotée d'institutions nouvelles : un président stable, un Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, la reconnaissance juridique de l'Eurogroupe, un véritable contrôle des Parlements nationaux sur les propositions de la Commission pour faire respecter le partage des compétences entre l'Union et les Etats membres, le vote à la majorité qualifiée étendu à de nombreux domaines au lieu de la règle de l'unanimité forcément paralysante dans une Europe à 27, le renforcement du rôle du Parlement européen, qui fait de Strasbourg la capitale parlementaire de l'Europe, la double majorité qui permettra de corriger les insuffisances du Traité de Nice et qui entrera en vigueur en 2014


Il s'agit de réformes capitales.

Grâce au président stable du Conseil européen, élu pour un mandat de 2 ans ½ renouvelable une fois, l'Union aura un visage, l'Union aura une volonté propre, l'Union aura une continuité dans l'action au lieu de changer de président tous les 6 mois. Grâce à un Haut représentant, l'Europe pourra enfin parler d'une même voix face aux grandes puissances mondiales. Il ne s'agit pas de remplacer les diplomaties nationales par une diplomatie européenne. Mais il s'agit que lorsque les gouvernements européens se mettent d'accord, une seule personne agisse en leurs noms au lieu de trois, aujourd'hui.

Le vote à la majorité qualifiée permettra de décider et d'agir. Je pense à la coopération contre la criminalité. Je pense à la politique de l'énergie en Europe, dont nous avons tellement besoin. Je pense à la politique d'immigration européenne, dont nous avons tellement besoin. Dans ces domaines si essentiels, l'Union va sortir de la paralysie.

Le nouveau traité, en reconnaissant à l'Eurogroupe un véritable pouvoir de décision, jette les bases du futur gouvernement économique de la zone euro.

Les Parlements nationaux, Mesdames, Messieurs les Parlementaires, pourront contrôler les propositions de la Commission, pourront vérifier qu'elles sont conformes au principe de subsidiarité. Ainsi l'Europe pourra décider, l'Europe pourra fonctionner.


Quand on ne voyait que la machine à produire des normes, à édicter des règles, à fabriquer des jurisprudences, il n'y avait pas d'urgence. La machine tournait.

Mais quand on regardait sous l'angle politique, il y avait urgence. Car nulle machine administrative, technocratique, judiciaire ne peut tourner longtemps sans la légitimité, sans l'adhésion, des valeurs, des objectifs, des idéaux partagés.

Je le dis parce que je le pense. L'Europe était en péril, minée par des crises à répétition, minée par la défiance des peuples, minée par le doute. Je crois qu'aujourd'hui, l'Europe est sauvée.

Non pas seulement parce qu'elle peut mieux fonctionner, mais parce que s'est exprimée une volonté pour qu'elle ne meure pas. Parce que pour la première fois dans un sommet européen, depuis bien longtemps, on a accepté, chose extraordinaire, de s'interroger sur les finalités de l'Europe. Parce que, pour la première fois depuis bien longtemps, les dogmes sur lesquels l'Europe avait pris l'habitude de fonctionner sans se poser de question, ont été remis en cause, parce que pour la première fois, il n'y a eu aucun de ces débats interdits qui stérilisent depuis si longtemps la pensée européenne. Comme si, à chaque fois que l'on parlait de l'Europe, on n'avait plus le droit de rien dire.


La plus grande réussite de ce sommet, c'est que la politique a repris ses droits. A commencé de s'opérer cette improbable synthèse entre les partisans du "oui" et ceux du "non". Au désenchantement des peuples qui montait vis-à-vis d'une Europe qui semblait ne tenir aucune de ses promesses, au repli sur les identités nationales qui s'installait face à la perte des repères et du sens, au retour des nations qui partout dans le monde exprime quoi : le besoin de protection ; la synthèse entre l'Europe du "oui" et celle du "non", c'est la seule solution raisonnablement opposable. Il n'y avait pas, d'un côté, les intelligents qui avaient tout compris et, de l'autre, les obtus qui n'avaient rien compris. Il y avait des gens inquiets qui exprimaient un besoin de protection.


Par synthèse, je ne veux pas dire la recherche du juste milieu entre le "oui" et le "non". Je veux dire le dépassement des contradictions. Cette synthèse, elle se trouve dans la vision d'une Europe qui se donne les moyens d'agir et de se protéger.


La synthèse entre le "oui" et le "non", elle se trouve dans une Europe qui, renonçant à toute naïveté, se donne les moyens d'agir, de lutter contre tous les dumpings, d'instaurer, ce n'est pas un gros mot, une préférence communautaire, de mettre en œuvre des politiques industrielles. Nous avons créé l'Europe pour que l'on garde des usines, des industries sur le territoire de l'Europe, pas pour que nous les regardions partir vers d'autres continents en restant les bras croisés sans rien faire. L'Europe, ce n'est pas cela.


La synthèse entre le "oui" et le "non", elle se trouve dans une Europe, j'ose le mot, qui n'accepte pas la désindustrialisation, qui ne reste pas les bras croisés devant les délocalisations, qui ne se soumet pas à la pseudo-dictature des marchés.


La synthèse entre le "oui" et le "non", elle se trouve dans une Europe qui n'est pas malthusienne mais qui est capable d'investir massivement dans les activités de demain, dans les infrastructures, dans la formation, dans la recherche.


La synthèse entre le "oui" et le "non", elle se trouve dans une Europe où l'euro sera enfin mis au service de la croissance et de l'économie. Nous n'avons pas créé la deuxième monnaie du monde pour être les seuls à ne pas s'en servir.


La synthèse entre le "oui" et le "non", elle se trouve dans une Europe qui évite par tous les moyens en son sein la course sans fin au moins disant fiscal et au moins disant social.


La synthèse entre le "oui" et le "non", elle se trouve dans une Europe qui maîtrise l'immigration, où nul ne peut décider de régularisation massive sans l'accord des autres.


La synthèse entre le "oui" et le "non", elle se trouve dans une Europe qui respecte les nations, qui veut qu'elles coopèrent, qu'elles s'unissent, qu'elles délèguent une partie de leur souveraineté, mais qui ne veut pas qu'elles disparaissent, qui ne veut pas se construire contre elles.


La synthèse entre le "oui" et le "non", c'est une Europe où les nations ont leur place, où elles ont leur rôle, où la nation pour l'essentiel continue à servir le cadre à la démocratie, c'est une Europe qui respecte la subsidiarité, c'est une Europe qui ne fait que ce que les nations ne peuvent pas bien faire, c'est une Europe qui demeure fondamentalement une Europe de nations exerçant en commun leur souveraineté.


La synthèse entre le "oui" et le "non", c'est une Europe qui refuse la mondialisation sans règle. Je l'ai dit au G8, devenu G24 en présence de M. LAMY : c'est une Europe qui s'ouvre à la mondialisation et au libre-échange, mais dans la réciprocité. C'est, par exemple, une Europe qui n'accepte pas que les Etats-Unis obtiennent à l'OMC une dérogation pour soutenir les PME et que cette dérogation que l'on a accordée aux Etats-Unis, on ne la consente pas dans les mêmes conditions pour l'Europe. Ce n'est pas de la concurrence loyale.


La synthèse entre le "oui" et le "non", c'est l'Europe qui se tourne vers le sud, qui tend la main à l'Afrique et qui s'investit pleinement en Méditerranée, c'est l'Europe qui est prête à faire de la Méditerranée le pivot d'une grande union eurafricaine, c'est l'Europe qui, à côté de Barcelone et du dialogue Euro-méditerranée, soutient et encourage l'union de la Méditerranée, parce que c'est son avenir.


C'est une Europe puissance, dans une Europe démocratique, c'est une Europe qui renoue avec la philosophie de ses pères fondateurs quand ils ont inventé la communauté européenne du charbon et de l'acier, le marché commun, la politique agricole commune. Chaque Européen savait alors à quoi servait l'Europe.

A cette époque, on se réunissait pour exprimer une volonté collective à travers une politique commune. Depuis, on a trop souvent pris l'habitude de se réunir et la réunion devient un événement. A quoi bon se dire des choses à la réunion, puisque c'est la réunion qui compte ? Et dans cette réunion, on décide comment ne plus faire aucune politique, comment interdire à quiconque de prendre le risque de décider. J'étais très étonné. On m'a dit : "Oh, la, la, vous allez renouveler les débats !" Je n'ai rien renouvelé du tout. Je me suis assis à ma chaise et j'ai dit ce que je pensais. Je ne pensais pas que c'était si nouveau que cela de dire ce que l'on pense à la table du conseil européen. C'est pourtant notre devoir. Je voudrais vous dire, je refuse ces communiqués interminables où moins on en a fait, plus on en dit : huit pages de communiqués ! Ici, je parle sous le contrôle, sans avoir aucun risque d'être démenti. De tous les parlementaires qui ont exercé des fonctions de ministre un jour, de gauche ou de droite, combien de fois se sont-ils dits dans les Conseils des ministres européens : "qu'est-ce que je fais là ? Est-ce que j'ai compris ce qu'il y avait dans le texte que l'on sort ?" Oui, vous avez sans doute tout compris. Ce n'est pas mon cas. En tous les cas, j'ai compris une chose, c'est que l'on s'occupait des petits sujets pour refuser de s'occuper des grands. Voilà ce que j'ai compris et depuis bien longtemps. Et cela, je ne l'accepte plus. Oui, il y a des grands sujets, des très grands sujets.


La synthèse entre le "oui" et le "non", elle se trouve dans une Europe qui a des frontières, une Europe, je veux le dire, qui ne se dilue pas en s'élargissant sans fin. Je le dis comme je le pense. Les vrais Européens, ce sont ceux qui croient à l'Europe intégrée, c'est-à-dire une Europe qui a des frontières, qui ne devient pas à force d'élargissements successifs, une sous-région de l'ONU. Les vrais Européens veulent rester fidèles au Traité fondateur.


Le Traité simplifié exprime cette synthèse. C'est un premier pas. Mais c'est un pas décisif.

Avec ce Traité, il est clair que l'Union n'a pas vocation à devenir un super Etat, un seul pays, une seule nation, un seul peuple. Ainsi, la voie est désormais ouverte à un travail urgent et nécessaire sur les identités nationales au sein de l'Union. Travail urgent parce que les souverainetés sont devenues confuses et parce que les identités sont malades. Il suffit de se souvenir du charivari qu'a provoqué le mot identité nationale lors de la campagne. Dire que la France a une identité nationale, ce n'est quand même pas un gros mot.


En renonçant à la démarche constitutionnelle, on revient à la logique des traités. Cela signifie que tout l'acquis communautaire est préservé, et cela veut dire que le compromis du Luxembourg reste en vigueur.

C'est essentiel. C'est le signe qu'au-delà de toutes les délégations qu'une nation peut consentir, chacune garde la maîtrise ultime de son destin. C'est le signe que l'Europe est fondée sur le partage et non sur l'abandon.

C'est essentiel parce que l'Europe pour réussir doit être comme la nation selon MICHELET : un plébiscite de tous les jours, le fruit d'une volonté sans cesse renouvelée, sans cesse réaffirmée, de s'unir, de vivre ensemble, d'agir ensemble, et non un carcan dont chacun serait le prisonnier. L'Europe pour réussir doit se bâtir sur le libre-arbitre des peuples.

Pour que l'Europe existe, il ne faut pas que les nations soient privées de leur liberté. Il faut qu'elles s'aiment, il faut qu'elles se comprennent pour passer au-dessus de leurs divergences. C'est ce qui s'est passé à Bruxelles. Et c'est d'autant plus important que l'on a pu rouvrir la discussion sur l'essentiel, c'est-à-dire sur les valeurs qui sont le fondement de tout. On me l'a reproché, et pourtant je me suis battu.


Pour retirer symboliquement la concurrence libre et non faussée des objectifs de l'Union, le traité ne modifie pas le droit européen mais il ouvre une brèche pour les débats à venir. Débats urgents, débats nécessaires parce que je veux que la concurrence cesse d'être une religion, pour que la quête de la concurrence parfaite cesse d'être l'unique horizon des politiques européennes. L'Europe a trop reculé. La concurrence est un moyen, ce n'est pas une fin en soi. On ne fait pas l'Europe pour avoir la concurrence. On fait l'Europe pour avoir la croissance. On fait l'Europe pour avoir la paix. On fait l'Europe pour avoir le plein emploi. Mais qu'est-ce que cela veut dire faire l'Europe pour avoir la concurrence ? Cela ne veut rien dire du tout, en tout cas, si on a une vision politique de l'Europe. Oui, je le dis, l'Europe a trop reculé. L'Europe a trop perdu de temps sur l'Amérique qui ne s'embarrasse pas de tous ces détails, sur l'Asie, qui se moque de tous ces détails. L'Europe ne peut plus attendre. Pour que des champions nationaux et européens puissent émerger, pour que les prédateurs du monde entier n'aient pas le champ libre en Europe, pour que lorsqu'il s'agit de sauver une entreprise comme Alstom, les Etats puissent avoir le soutien de la Commission au lieu de l'avoir comme adversaire parce que les dogmes de la concurrence parfaite s'opposent à tout intervention publique. Je ne l'accepte pas. Que les choses soient claires, je le dis aux parlementaires européens qui sont ici, je veux rendre un hommage signalé au Président BARROSO, parlant sous le contrôle de Jean-Pierre JOUYET, qui, pendant ce sommet, a joué un rôle essentiel et avec qui nous nous sommes parfaitement entendus. Mais il est invraisemblable qu'en 2004, lorsqu'il s'est agi de sauver Alstom, j'ai du combattre contre la Commission, alors que la Commission aurait du m'aider parce que c'était une grande entreprise française et européenne, c'était des dizaines de milliers d'emplois. C'est aujourd'hui la première réussite industrielle française.


Certains juristes ont prétendu que retirer la concurrence libre et non faussée des finalités de l'Union, inscrire la protection, ne pas mentionner la primauté du droit communautaire sur le droit national, cela n'avait pas de portée juridique parce que c'est inscrit dans d'autres textes. Mais, justement, parce que c'est inscrit dans d'autres textes, ce n'était pas la peine de les rajouter. Mais si cette victoire n'est pas juridique, elle est néanmoins d'une grande portée symbolique et politique. Elle montre que les lignes bougent en Europe. Si l'on veut un jour changer le droit, il faut commencer par changer de politique. C'est ce qui s'est passé. Et cela aura des conséquences profondes dans la durée. Car c'est l'annonce, qu'on le veuille ou non, d'un changement de comportement et de mentalité. Vous vous rendez compte ! Le vendredi matin, Jean-Pierre m'a dit : "oh la la cela va aller mal !". On avait la Une du Financial Times, qui nous accusait de vouloir remettre en cause la concurrence et Jean-Pierre m'a dit : "on aurait du mal à gagner avec cela !" Eh bien, on a gagné, Jean-Pierre. Parce que je pense à une chose, moi, c'est que derrière il y a des dizaines et des dizaines de milliers d'emplois et de gens qui souffrent. Nous n'avons pas été élus pour porter un dogme. Nous avons été élus pour être pragmatiques, pour trouver des politiques efficaces, pour gagner et non pas pour appliquer un dogme.


Bien sûr que la concurrence est nécessaire, mais c'est le retour de cette approche politique qui a débloqué l'Europe.


A partir de là, l'avenir est tout tracé. Si l'on veut que l'Europe avance, qu'elle redevienne un projet partagé par tous les Européens, parce qu'ils auront le sentiment qu'au lieu de leur arracher la maîtrise de leur destin, on le leur rend, alors il faut remettre partout de la politique en Europe.


C'est l'objectif que je me fixe. Rien ne m'en détournera.


Je vais vous faire une confession : en France je vais continuer à faire de la politique. En Europe je vais faire de la politique, et sur la scène internationale je vais faire de la politique, parce que je suis un homme politique et un homme politique cela doit faire de la politique. Qu'est-ce que la politique ?

C'est exprimer une volonté la volonté du peuple qui nous a fait confiance. Partout je ferai de la politique, parce que je crois à la politique, parce que je crois à la capacité de la volonté politique à changer les choses, à infléchir le cours des événements. Nous ne sommes pas que des bouchons de liège sur une mer déchaînée. Si nous ne pouvons rien sur rien, alors pourquoi se présenter aux élections ? Il fallait mieux rester chez nous. Moi je pense que l'on peut tout si on a la volonté de mettre en œuvre une grande politique. D'ailleurs j'ai été élu pour cela, et peu m'importe que l'on dise : "oh là là, cela fait un mois et demi qu'il est là, il prend tellement de risques". Qu'est-ce que l'on croit ? Que mon but c'est de me cacher, que mon but c'est de me dissimuler, c'est de lever les mains en disant : je n'y peux rien, vous m'avez élu pour regarder la partie comme un arbitre. On m'a élu pour quoi ? Pour agir, pour réaliser, pour faire des choses, pour prendre mes responsabilités, pour faire des choix, et si cela marche, pour continuer, et si cela ne marche pas, il faut que je vous explique pourquoi cela n'a pas marché. La fonction de Président de la République n'est pas une fonction d'expert, une fonction éloignée des réalités, détachée de l'action, se tenant à distance des sentiments et des passions humaines. Président de la République c'est une fonction où il faut à mon sens prendre le réel à bras-le-corps, où il faut mettre tout son cœur, où il faut mettre toute son âme, où il faut mettre toute sa raison, toute son énergie pour agir, pour bousculer les habitudes, les routines, les idées reçues, pour rendre possible le changement. Si ce n'est pas le Président de la République élu qui le fait, qui le fera ? Personne.

Mes chers amis, je ne me résigne à rien, je ne me résigne pas à ce que l'Europe soit bureaucratique et technocratique, je veux qu'elle soit démocratique, je veux qu'il y ait de la responsabilité politique, je veux que les responsables politiques arrêtent de se cacher derrière une bureaucratie pour s'excuser de leur lâcheté, voilà ce que je veux pour l'Europe. Je veux que l'on arrête d'en faire un bouc émissaire. Je veux prendre des initiatives fortes. Je veux parler avec nos partenaires avec franchise. Je veux leur parler comme un homme politique élu qui parle à un autre homme politique élu et non comme à un diplomate qui parle à un diplomate, un expert à un expert, un technicien à un technicien et à la fin pressés de parler, baillant d'ennui, ils se disent nous avons beaucoup travaillé, on remet cela au lendemain. Ce n'est pas cela l'Europe. Je veux vous rendre des comptes comme je le fais ce soir, comme je le ferai tout au long de ces cinq années car je crois à l'Europe, je crois à la politique. J'irai moi-même l'expliquer dans quelques jours avec Christine LAGARDE, et vous savez que c'est pour moi un grand honneur d'avoir comme ministre des Finances une femme. Quand vous pensez que c'est la première fois dans l'histoire de la Ve République qu'une femme est ministre des Finances. Il a fallu attendre 2007 ! J'irai avec elle à l'Eurogroupe expliquer la stratégie budgétaire, économique et fiscale de la France parce que, cette explication, la France la doit à ses partenaires. C'est une question de respect, c'est une question de confiance. C'est le témoignage le plus fort qui puisse être donné de l'engagement européen de la France et de sa volonté de fonder l'Europe sur la volonté et sur la sincérité. A ceux qui seront surpris que le Président de la République aille s'expliquer devant les ministres des Finances de la zone euro.

Je veux dire que l'on ne peut pas réclamer un gouvernement économique pour la zone euro, que l'on ne peut pas réclamer que la politique ait davantage son mot à dire sur l'économie et sur la monnaie et ne pas s'engager au plus haut niveau politique.

Je veux que la France prenne ses responsabilités et je souhaite aussi que tous les Européens prennent la mesure de leur propre responsabilité face à l'Histoire.


Je veux ouvrir tous les débats, je veux poser toutes les questions, je veux évoquer tous les problèmes.

Je veux poser la question des dumpings monétaires, des dumpings sociaux, des dumpings écologiques.

Comment voulez-vous que l'on continue comme cela ? Nos entreprises doivent faire la compétition avec des pays qui se moquent de l'équilibre de l'environnement, qui ne respectent aucun droit social et qui pratiquent le dumping fiscal. Qui peut me dire que c'est cela la concurrence ? Cela c'est la déloyauté, ce n'est pas la concurrence.

Je veux poser la question de la préférence communautaire comme aux Etats-Unis. Cela fait bien longtemps qu'ils ont établi une fiscalité qui est plus favorable aux produits fabriqués aux Etats-Unis plutôt qu'aux produits fabriqués en Asie.


Je vous demande une minute d'attention. Je vais vous dire quelque chose de grave. Je peux poser la question de la surélévation de l'euro. Est-ce que l'on va pouvoir continuer à fabriquer des avions sur le continent européen alors qu'à chaque fois que l'euro s'apprécie de 10 centimes, Airbus a un déficit d'un milliard ? Je n'accepte pas cette politique parce que, mes chers amis, regardez ce que font les Américains avec le dollar, regardez ce que font les Chinois avec Yuan, regardez ce que font les Japonais avec le Yen. Je dis simplement que, quand le dollar perd 33% par rapport à l'euro, comment voulez-vous que nos entreprises puissent retrouver dans la productivité ce qu'elles ont perdu, de façon déloyale, dans la gestion politique des autres monnaies du monde ? J'ai voté pour l'euro, je crois dans l'euro. Mais enfin, la monnaie n'est pas un sujet tabou. La monnaie, je veux qu'on la mette au service de la croissance, de l'emploi, de vos enfants, de votre emploi, du plein emploi en Europe. Je ne veux pas que l'on en fasse un sujet dont seuls peuvent parler les banquiers.

Je me posais la question des politiques industrielles.

Je me posais la question du droit de la concurrence comparé à ce qui se pratique hors d'Europe.

Je veux poser la question de la pérennité de la politique agricole commune et de l'indépendance alimentaire de l'Europe. A quoi sert-il d'imposer à nos agriculteurs la traçabilité, la sécurité alimentaire, si l'on peut importer en Europe des produits dont on ne peut assurer et garantir ni la traçabilité ni la sécurité alimentaire ? Le jour où nous n'aurons plus d'agriculteurs, c'est l'indépendance alimentaire de l'Europe qui aura été perdue. Qu'est-ce que l'on dira sur la sécurité des consommateurs ? Moi, je ne vais pas à la table du Conseil européen avec mon béret et ma baguette. J'y vais pour défendre la sécurité alimentaire et l'indépendance alimentaire de tous les Européens. Tous les Européens ont besoin que vive une agriculture européenne, puissante, moderne, équilibrée, c'est cela la réalité. D'ailleurs, j'ai dit au Président BUSH : "je vous félicite, Monsieur le Président, de défendre les agriculteurs américains. Je ferai exactement la même chose pour les agriculteurs européens".

Je veux poser la question de la politique européenne du développement durable et de la fiscalité écologique. Si enfin on décidait tous ensemble, en Europe, que les produits propres bénéficient systématiquement du taux de TVA réduit.


Je veux poser la question de la règle de l'unanimité pour la baisse de la TVA alors qu'elle n'a aucune incidence sur la concurrence entre les Etats membres. Comment se fait-il que tel ou tel pays doit porter à zéro le taux de l'impôt sur les bénéfices et que nous, la France, il faille attendre l'accord unanime de tous les partenaires pour réduire de quelques points la TVA sur un secteur ? La règle doit être la même. Soit on peut faire dans son coin sur l'ISF, alors on doit pouvoir faire dans son coin sur la TVA. Il ne peut pas y avoir deux poids et deux mesures dans l'Europe que je souhaite.


Je veux poser la question de l'effort de défense au regard de l'esprit du Pacte de stabilité. Bien sûr que la France, l'Allemagne, l'Italie et la Grande-Bretagne portent un effort de défense considérable mais est-ce que l'on va pouvoir continuer longtemps à avoir 4 ou 5 pays en Europe qui assurent la sécurité de tous les autres et de respecter les mêmes règles de déficit alors que tant d'autres n'ont pas les budgets de défense que nous avons ?


Je veux poser la question cruciale des frontières de l'Europe. Car, sans frontières, il n'y aura pas d'identité européenne et il n'y aura pas non plus de puissance européenne, parce que la volonté européenne sera condamnée à se diluer sans cesse. En évoquant les frontières, je pense à tous ces pays qui sont les voisins de l'Europe et avec lesquels l'Europe doit construire des liens particuliers mais, je le dis, qui n'ont pas tous vocation à devenir membre à part entière de l'Union.


Le moment est venu d'engager un réflexion à 27 pour dire : qu'est-ce que c'est que l'Europe ? C'est quels critères l'Europe ? Sur quels principes elle se définit ? Je veux que l'on aille plus loin. Je veux que l'on soit plus clair. Je ne veux plus qu'il y ait de malentendus, où tout le monde pense quelque chose là derrière, et dit autre chose là devant. Car c'est cela la réalité et ce n'est pas la peine de dire aux Français : "ne vous inquiétez pas, cela ne se fera pas". Si cela ne se fait pas, il n'y a qu'à le dire. Moi, je ne veux pas de malentendus. Je veux que l'Europe applique aussi aux relations avec ses voisins les principes dans lesquels je crois, des principes de vérité, de sincérité car sans vérité, sans sincérité, il n'y a pas d'amitié réelle. Je veux aller au-delà. L'Europe, ce n'est pas que la monnaie, ce n'est pas que la discipline budgétaire, ce n'est pas que le droit de la concurrence, ce n'est pas que des frontières, ce n'est pas que la pondération des votes. L'Europe, c'est un projet de civilisation.

L'Europe a besoin d'une nouvelle Renaissance. Elle a besoin de créer les conditions de cette Renaissance.


Elle a besoin de créer ce climat psychologique, intellectuel, moral grâce auquel, au sein de nos vieilles nations, chacun aura de nouveau l'intuition que tout est possible, qu'il peut réaliser ses rêves, que les possibilités de l'aventure humaine sont infinies, grâce auquel renaîtra la foi dans l'avenir et la confiance en soi.


C'est par le savoir, par la connaissance, par l'éducation, par la culture, par l'école, par l'université, par la recherche, que cette Renaissance commencera et qu'elle soulèvera toute la jeunesse européenne.


Au milieu des contraintes de toutes sortes, des difficultés et des grands bouleversements du monde, il faut à la France et à l'Europe une politique de civilisation. A mes yeux, elles sont indissociables, et le plus grand défi au fond pour nous tous, c'est d'être capable de les imaginer et de bousculer tous les conservatismes pour les mettre en œuvre.


Le plus grand défi, c'est d'imaginer des politiques capables de remettre partout de la vie, de la création, de l'innovation, de l'esprit de conquête. Parce que c'est cela qui manque à l'Europe d'aujourd'hui.


Il y a en Europe toutes les forces de l'esprit, toutes les énergies pour que ce miracle s'accomplisse. Il nous reste à les mobiliser.

Comme toujours dans l'Histoire, cette Renaissance tient sans doute à peu de choses : un peu d'audace, un peu d'intelligence, un peu de cœur, le plus dur, un peu de courage, un peu difficile, le plus compliqué, prendre des risques.


L'Europe sera une réalité quand elle aura trouvé en elle ce peu d'audace, d'intelligence, de cœur et de courage qui lui permettra de nouveau d'étonner le monde.

L'Europe le peut si elle le veut.

Le veut-elle vraiment ? De la réponse à cette question dépend tout notre avenir, celui de nos enfants, celui des générations futures et, oserai-je le dire, celui de la civilisation mondiale, car la civilisation mondiale n'aura pas le même visage selon que l'Europe aura ou non accompli sa Renaissance.


Mes chers compatriotes, une tâche immense nous attend. Elle est pleine de difficultés mais elle est exaltante. Nous l'accomplirons si nous savons nous ouvrir aux autres, si nous acceptons, je le mesure chaque jour, la différence comme une richesse et la diversité comme une chance.


Voilà ce que je voulais vous dire ce soir.

La France est de retour. Elle est de retour en Europe sans que la volonté que le peuple a exprimée lors du référendum sur la Constitution ait été trahie. Ce n'était pas facile. Il fallait faire revenir la France au cœur de l'Europe, faire redémarrer l'Europe sans trahir le message des Français.

J'ai dit pendant la campagne que je voulais vous rendre la fierté de la France, et je crois que chacun d'entre vous peut être fier du rôle que notre pays a joué dans la relance de la construction européenne. Et c'est avec la même ferveur que je veux vous dire ici, à Strasbourg, mes chers amis :


Vive l'Europe !

Vive la République !

Et vive la France !

Meine Damen und Herren, liebe Freunde

Es ist uns eine große Freude und hohe Ehre, heute Abend Herrn Christian Heldt begrüßen zu dürfen. Herr Christian Heldt is in Bayern geboren. Er ist heute Diplomat und Berater des deutschen Ministeriums für Außenpolitik hier in Paris. Ich bedanke mich bei Ihnen, Herr Christian Heldt, dass Sie unsere Einladung angenommen haben, und sich heute Abend mit uns auszutauschen.
 

An diesem bedeutenden Tag für Europa streben wir Gespräche über die Deutsch- Französische  Beziehung  der Zukunft an. Bundeskanzlerin Angela Merkel hat nämlich Nicolas Sarkozy "zum überzeugenden Wahlsieg" bei der französischen Präsidentschaftswahl gratuliert. Sie wünschte dem Wahlsieger für die Ausübung seines verantwortungsvollen Amtes viel Glück und Erfolg. Angela Merkel betonte auch noch, dass unter dem neuen Amtsinhaber die bewährte deutsch-französische Freundschaft auch weiterhin Grundlage sein werde, um Frieden Demokratie und Wohlstand in Europa dauerhaft zu sichern.
 
Es lebe die deutsch-französische Freundschaft !
 
Vincent Yquel
Je veux lancer un appel à nos partenaires européens, auxquels notre destin est lié, pour leur dire que toute ma vie j’ai été européen, que je crois en la construction européenne et que ce soir la France est de retour en Europe. Mais je les conjure d’entendre la voix des peuples qui veulent être protégés. Je les conjure de ne pas rester sourds à la colère des peuples qui perçoivent l’Union Européenne non comme une protection mais comme le cheval de Troie de toutes les menaces que portent en elles les transformations du monde.
Nicolas Sarkozy
Salle Gaveau - second tour de l'élection présidentielle
Dimanche 6 mai 2007

Le reste du discours
Le discours en vidéo


Les dirgieants européennes saluent cet appel:

La chancelière allemande Angela Merkel, présidente en exercice de l'Union européenne, s'est dite convaincue qu' "avec le nouveau président, l'amitié entre la France et l'Allemagne continuerait à être le fondement pour assurer durablement la paix, la démocratie et le bien être en Europe".
"J'ai toute confiance en Nicolas Sarkozy, dont je connais les convictions (...) pour exercer un rôle moteur dans la résolution de la question institutionnelle et la consolidation de l'Europe politique", a pour sa part assuré le président de la Commission européenne, le libéral José Barroso.

"Après l'élection de Sarkozy, je m'attends à une clarification rapide du traité de l'UE", a lancé le Premier ministre libéral danois Anders Fogh Rasmussen et son homologue belge, le libéral flamand Guy Verhofstadt, a invité le président élu français à se rendre à Bruxelles "le plus rapidement possible".
"J'ai l'espoir de pouvoir travailler avec lui à une Europe où les gens se font confiance", a commenté le Premier ministre chrétien démocrate néerlandais Jan Peter Balkenende.
Les conservateurs autrichiens ont estimé que la victoire de M.  Sarkozy allait permettre de "s'attaquer aux grandes tâches" qui attendent le futur président français.

Les dirigeants européens de gauche ont également salué la victoire du candidat de la droite française, élu avec 53,06% des suffrages contre 46,94% à la socialiste Ségolène Royal.
Nicolas Sarkozy incarne "une droite ouverte et moderne capable de canaliser les désirs de changement d'un pays appelé à retrouver sa confiance en lui et à continuer à faire partie de la locomotive de l'Europe", a ainsi déclaré le chef du gouvernement socialiste espagnol,  José Luis Rodriguez Zapatero.
"Mon pays, son gouvernement et moi continuerons à considérer la France comme un allié central", a pour sa part assuré Romano Prodi, le chef du gouvernement de centre-gauche italien.
Sur le départ après dix ans au pouvoir, le Premier ministre britannique travailliste Tony Blair a également téléphoné à  Nicolas Sarkozy pour le féliciter.

Source: AFP
1 - 2 - 3 >>> -  dernière page