 |
Madame le Député européen Véronique Mathieu, répond à notre question: "A quand des partis politiques paneuropéens ?" Question d'autant plus d'actualité après l'annonce commune du PPE et de l'UMP de la semaine dernière. | "Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la (...) démocratie". Cette phrase tirée de l'article 4 de la Constitution de la Vème République nous rappelle l'importance du rôle des partis dans une démocratie vivante et apaisée. Au cœur du lien entre élus et gouvernés, les formations politiques sont aussi le meilleur indicateur de l'engagement citoyen.
Pour toutes celles et ceux qui comme moi croient dans la démocratie européenne et au renforcement du sentiment européen, les partis politiques paneuropéens sont donc un besoin vital. Actuellement, les organisations partisanes européennes sont inconnues du grand public et leurs sigles n'envahissent les médias que pour quelques semaines, tous les cinq ans lors des élections européennes. Absents du débat en dehors des cénacles parlementaires, les partis européens souffrent avant tout d'un statut vague et d'un financement mal défini, ce qui les empêche de jouer le rôle qu'ils méritent dans la vie publique européenne. C'est la raison pour laquelle le Parlement européen votera très prochainement un important rapport pour avis auquel j'ai participé au sein de la commission du contrôle budgétaire. Les nouvelles modifications du règlement concernant les partis s'articulent autour d'une logique simple: des droits et une plus grande liberté d'une part et une série d'exigences et de devoirs d'autre part.
Tout d'abord, les mouvements politiques doivent bénéficier d'une plus grande flexibilité et de la souplesse nécessaire à l'exercice de leur mission démocratique. La proposition du Parlement vise donc à autoriser les partis à constituer des réserves issues de leurs propres recettes et à en reporter jusqu'à 25% d'une année sur l'autre. Le rapport suggère d'autre part que les crédits de l'Union soient utilisés pour financer et faciliter les initiatives politiques, lors des élections européennes. Convoquées dans l'indifférence générale, les échéances européennes sont souvent l'occasion pour l'opinion de marquer un certain mécontentement mais stimulent rarement le débat européen. A l'approche des élections de 2009, les partis nationaux seraient bien avisés d'afficher intelligemment leur affiliation aux formations européennes qui les accueillent au sein du Parlement de Strasbourg.
Néanmoins, les électeurs font de la rigueur et de l'honnêteté leurs premières attentes face à l'action politique. Parce que les opinions publiques ont déjà été trop déçues au niveau national par les affaires de financement occulte et d'arrangements entre amis, nous avons le devoir de nous montrer exemplaires au niveau européen. Le nouveau règlement propose donc de clarifier l'utilisation des fonds attribués aux organisations partisanes. Les partis européens seront financés uniquement pour les scrutins qui les concernent et ne pourront donc pas servir les campagnes nationales des uns et des autres. Pour s'assurer du respect de la réglementation, les dispositifs de contrôle et les audits, publics et privés, seront multipliés.
La démocratie européenne ne pourra grandir qu'avec des formations politiques indépendantes, reconnues et mieux identifiées par nos sociétés. A l'Europe de responsabiliser les partis paneuropéens en leur donnant le droit d'exister et le devoir de rigueur qu'attendent les électeurs.
L'Atelier Europe remercie chaleureusement Madame le Député européen d'avoir participé aux Lundis de l'Europe et vous invite à la retrouver sur son site.  |