BlogPremium
RSS
RSS comm
Monsieur le Président du Parlement européen,
Mesdames et Messieurs les députés,
Monsieur le Président de la Commission,
Mesdames et Messieurs,
 
 
Je vous remercie de m’avoir invité à prendre la parole devant vous, dans ce lieu où bat le cœur démocratique de l’Europe. Je vous remercie de me donner l’occasion de le faire maintenant, au moment où, après avoir semblé vaciller, l’Europe se ressaisit et repart de l’avant.
 
Je vous remercie de me permettre de renouveler devant vous l’engagement européen de la France et de vous dire que le "non" à la Constitution européenne n’était pas pour le peuple français l’expression d’un refus de l’Europe mais l’expression d’une plus grande exigence à son égard.
 
Depuis le commencement, la construction européenne est portée par une espérance qu’elle a nourrie et qu’elle a fait grandir. Les peuples attendent maintenant et c'est une responsabilité pour chacun d'entre nous, qu’elle soit à la hauteur de cette espérance. C’est une espérance de paix, de fraternité et de progrès. C’est une espérance qui est née des grandes tragédies du XXe siècle, du sang et des larmes versés par des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, de leurs souffrances. Cette espérance, elle est née d'une souffrance immense. C’est l’espérance que plus jamais les peuples européens ne se feront la guerre, que plus jamais l’on ne verra sur le sol européen les entreprises de conquêtes, de domination et d’extermination qui ont mené les nations européennes au bord de leur anéantissement matériel et moral.
 
Si l’idée européenne a pu naître, c’est parce qu’un jour de grands européens se sont tendus la main par-dessus les frontières, frontières pour lesquelles tant d’hommes étaient morts et que les peuples qui avaient trop souffert les ont suivis en décidant qu'ils voulaient l’amitié.
 
Si la construction européenne est devenue possible, c’est parce que les peuples européens, horrifiés de ce qu’ils avaient fait, ne voulant plus se battre sachant au fond d’eux-mêmes qu’une nouvelle guerre leur serait fatale, choisirent de s’aimer, de se comprendre, de travailler ensemble à se forger une destinée commune. Il faut prendre la construction européenne pour ce qu’elle est, une exigence morale, politique et spirituelle.
 
La construction européenne, c’est l’expression d’une volonté commune des peuples de l’Europe qui se reconnaissent des valeurs et une civilisation commune et qui veulent les maintenir vivantes. C’est l’expression d’une volonté commune des peuples de l’Europe qui se reconnaissent des intérêts communs et qui veulent les faire prévaloir. C’est l’expression d’une volonté commune des peuples de l’Europe qui ont choisi de faire passer ce qui les rapproche avant ce qui les oppose.
 
L’Europe, ne peut pas être qu’une machine, une machine administrative, une machine à procédures et à règles. L'Union européenne ne peut pas être tenue à l’écart de la vie, à l’écart des sentiments et des passions humaines.
 
L’Europe est une réalité et l’Europe n’a une chance d’exister pleinement que si pour des millions d’hommes et de femmes elle est vivante, elle parle à leur cœur, elle est l’espoir d’une vie, d’un monde meilleur. L'Europe sera un grand idéal ou ne sera plus. Quand les peuples disent "non", il ne faut pas se dire que les peuples ont tort, il faut se demander pourquoi les peuples ont dit "non". Nous savons tous que le "non" français - et j'ai voté oui-  et le "non" néerlandais à la Constitution européenne exprimaient, hélas, bien davantage que le refus d’un texte, aussi important fût-il. Nous savons tous que ce refus n’était que le signe le plus visible d’une profonde crise de défiance que, depuis longtemps, partagent des millions d'Européens. Il ne sert à rien de la nier. Et il faut leur apporter une réponse.
 
Tous ceux qui aiment l’Europe, tous ceux qui la veulent de toutes leurs forces ont bien compris qu’ils devaient prendre au sérieux ce "non" de deux peuples fondateurs, de deux peuples qui ont toujours fait le choix de l’Europe, de deux peuples qui sont parmi ceux qui ont fait le plus d’efforts sur eux-mêmes pour que l’Europe ne soit pas seulement un rêve mais qu’elle devienne une réalité.
 
Dans ce "non" il y avait une angoisse, il y avait une déception qui étaient partagées par des millions d’hommes et de femmes en Europe qui s’étaient mis à désespérer de l’Europe parce qu’ils avaient le sentiment qu’elle ne les protégeait plus, qu’elle était devenue indifférente aux difficultés de leur vie, que ce sentiment soit injuste est une autre chose. Ce sentiment, je suis persuadé que des millions de femmes et d'hommes quels que soient nos pays, le partagent. Ces "non" furent désastreux. Ils ont plongé l’Europe dans la crise la plus grave de son histoire. Mais cette crise qui pouvait défaire l’Europe pouvait aussi lui être salutaire si elle amenait tous ceux qui étaient indéfectiblement attachés à sa cause à réfléchir sur les raisons de cette désaffection : "pourquoi une telle crise?".
 
Depuis la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, ce qui a été accompli est prodigieux, si l’on veut bien se souvenir de ce qu’était alors l’Europe, son malheur, ses ruines, sa faiblesse économique et politique. Nous sommes tous ici les représentants de peuples qui se sont haïs, qui ont cherché à se détruire, qui se sont combattus pendant des siècles pour certains.
 
Au commencement, il ya eu Paul Henri Spaak, ce grand européen, qui fut le premier Président de la première assemblée parlementaire européenne, avait dit : "Sans rien oublier – car ce serait une profanation – nous avons décidé de tenter la grande aventure qui doit, si elle réussit, nous permettre de sauver ce que nous avons en commun de plus cher et de plus beau". .
 
Et pendant plus d’un demi-siècle cette grande aventure a continué. Malgré les difficultés innombrables. Les assemblées parlementaires y ont joué un rôle décisif. Qu’il me soit permis de rendre hommage à tous ceux qui y ont siégé, car ils ont été les représentants des citoyens de l’Europe, dans toute leur diversité.
 
Cette diversité, nous ne devons pas la redouter, nous devons au contraire la respecter comme notre plus grande richesse. La démocratie, c’est le débat. C’est la pluralité des points de vue. C’est le contraire d’un système où tout le monde est obligé de penser la même chose. On fera mourir l'Europe si on ne se réunit qu'autour d'une pensée unique où celui qui pense différemment est considéré comme un mauvais européen. Il n'y a pas de mauvais Européen, il y a l'Europe et nous devons emmener tout le monde dans cette Europe.
 
Je crois à l’échange. Je crois à la discussion. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours préféré la règle de la majorité à celle de l’unanimité. Et ce n'est pas un petit engagement de la part d'un Président français.
 
L’unanimité, c’est le système qui permet à quelques uns d’imposer leur loi à tous les autres. L’unanimité, c’est la certitude qu’on ne décidera jamais rien de grand, d’audacieux, qu’on ne prendra jamais aucun risque. Avec l'unanimité, on s'aligne sur celui qui veut le moins d'Europe.
 
L’unanimité, c’est l’impuissance. C’est l’impossibilité d’agir. C’est l’impossibilité de revenir sur ce qui a été décidé. C’est pour cela que j’ai soutenu l’extension de la règle de la majorité dans le traité simplifié.
 
Je crois à la démocratie. Je crois que l’Europe doit être la plus démocratique possible. C’est pourquoi j’ai toujours considéré que l’on ne rendait pas service à la cause de l’Europe en refusant le débat, en étouffant les critiques, en taisant les divergences. Je suis convaincu que l’Europe doit avoir plus de débat, plus de démocratie et au fond plus de politique.
 
Si l’Europe a pu sortir du blocage, c’est bien parce qu’au Sommet de Bruxelles les chefs d’Etat et de gouvernement conscients de ce qu’ils avaient le sort de l’Europe entre leurs mains ont pris une décision politique. A Bruxelles ce jour là, la volonté politique de chefs d'Etat et de gouvernement différents a balayé tous les obstacles qui paraissaient jusque là insurmontables. La politique, c’était de prendre acte de l’échec du projet de Constitution.
 
La politique, c’était de proposer aux Français qui avaient voté "non" de négocier un traité simplifié pour débloquer l’Europe et de faire ratifier ce choix par le Parlement, comme je l'ai dit lors de la campagne présidentielle. J'ai été autorisé par le peuple français à faire ratifier le traité simplifié par le Parlement. J'ajoute qu'il me semble curieux de dire que le Parlement européen est l'endroit où bat le cœur démocratique de l'Europe et contester qu'une ratification parlementaire en France ne serait pas démocratique. Parce que si l'Europe est démocratique au Parlement européen, la France est démocratique au Parlement français.
 
La politique, c’était pour les pays qui avaient déjà ratifié le projet de Constitution, et les parlementaires parmi vous qui l'avaient soutenu, d’accepter de rouvrir les négociations sur un autre projet moins ambitieux. Si nous avons pu débloquer l'Europe, c'est parce que les pays qui avaient voté "non" ont fait un effort, mais je veux rendre hommage à celles et ceux d'entre vous qui croyaient à la Constitution d'avoir accepté de discuter d'un autre projet. L'Europe est sortie de la crise parce qu'il y a eu un mouvement de double bonne volonté.
 
Le traité simplifié, c’est une victoire politique de l’Europe sur elle-même. C’est une victoire de la conscience européenne qui s’exprime dans la politique.
 
Je prends mes responsabilités. L’erreur serait de croire que l'Europe a tout résolu, qu'on peut dormir tranquille, et que plus aucune question ne se pose. Le traité simplifié résout la crise institutionnelle. Il ne résout pas la crise morale et politique de l’Europe. Il permet à l’Europe de décider et d’agir. Mais il ne dit pas dans quels buts, avec quelles finalités. Il ne dit pas ce que sera l’Europe de demain, comment elle contribuera à améliorer la vie des citoyens. Il ne donne pas de raisons à ceux qui avaient cessé de croire en l’Europe de reprendre confiance en elle.
 
La question institutionnelle est réglée. Il reste maintenant à régler les questions politiques. Il faut les poser sans crainte, en débattre sans tabou.
 
L’Europe a choisi la démocratie, et dans une démocratie il faut pouvoir débattre de tout : de la de la politique budgétaire, de la politique commerciale, politique monétaire, de la politique industrielle, de la politique fiscale, de toutes les politiques quelles qu’elles soient, ou alors ce n'est pas la peine de dire que l'on veut une Europe démocratique.
 
L’Europe a choisi la démocratie, et dans une démocratie nulle indépendance ne peut se confondre avec une irresponsabilité totale. Nul ne peut se prévaloir de l’indépendance de son statut pour se dispenser d’avoir à rendre des comptes, à s’expliquer, à être contrôlé. Dans une démocratie, la responsabilité politique est un principe universel, essentiel, incontournable.
 
Dans la démocratie européenne, il faut pouvoir discuter des finalités et des objectifs de l’Europe. J'ai proposé que soit créé un comité des sages pour réfléchir à l’avenir et pour que nous puissions débattre tous ensemble des différents futurs possibles de l’Europe. Il y a différentes voies, et je me demande comment nous pourrons choisir la bonne si nous refusons absolument d'en débattre.
 
Dans la démocratie européenne il faut pouvoir débattre de l’identité européenne et des identités nationales. Il faut pouvoir discuter de la manière dont l’Europe construit son identité et la défend. Il faut pouvoir discuter de la manière dont l’Europe protège les identités nationales qui sont une richesse de l’Europe.
 
Nous ne devons pas avoir peur des identités. Chercher à préserver son identité ce n’est pas une maladie. C’est quand les identités se sentent menacées, quand elles se sentent attaquées qu’elles se crispent et qu’elles deviennent dangereuses, parce qu'agressives.
 
Les peuples européens traversent une crise identitaire extrêmement profonde. C’est une crise qui est à la fois dans les nations et dans cette idée de la civilisation que tous les Européens ont en commun et qui fait la véritable unité de l’Europe. C’est une crise qui est liée à la globalisation et à la marchandisation du monde.
 
Commencer l’Europe par l’économie, par le charbon et par l’acier, par le commerce, ce fut un coup de génie des pères fondateurs. Mais la politique a pris trop de retard sur l’économie, et la culture plus encore, et c'est une erreur d'avoir oublié l'Europe de la culture.
 
Dans un monde menacé d’uniformisation, dominé par la technique, où les valeurs marchandes tendent à l’emporter sur toutes les autres, l’Europe ne peut être l’Europe aux yeux de tous les hommes que si elle défend des valeurs spirituelles et des valeurs de civilisation, que si elle rassemble toutes ses forces, pour défendre la diversité culturelle. Mais que défendrons-nous en termes de diversité si nous ne protégeons pas les identités ?
 
L’Europe doit faire en sorte de ne pas être vécue comme une menace contre les identités mais comme une protection, comme un moyen de les faire vivre.
 
Dans l’ordre moral aussi. Car les droits de l’homme font partie de l’identité européenne. Partout dans le monde, chaque fois qu'un être humain est opprimé, qu’un enfant est martyrisé, qu’un homme est persécuté, qu’un peuple est asservi, l’Europe doit se trouver à ses côtés. Parce que l'Europe des droits de l'homme est fidèle à elle-même. C'est à l'Europe de porter la question des droits de l'homme dans toutes les régions du monde.
 
Dans la démocratie européenne que nous voulons construire, le mot protection ne doit pas être banni. Si nous ne voulons pas qu’un jour les peuples exaspérés d’être victimes de la concurrence déloyale et des dumpings réclament de nouveau le protectionnisme et la fermeture, nous devons avoir le courage de débattre de ce que pourrait être une véritable préférence communautaire. Nous devons être capables de faire autant pour nous protéger que ce que font les autres. Nous devons être capables de nous doter des mêmes moyens d’agir que tous les autres. Si les autres régions du monde ont le droit de se défendre contre les dumpings, pourquoi l’Europe devrait les subir ? Si tous les pays ont des politiques de change, pourquoi pas l’Europe ? Si d’autres nations peuvent réserver une part de leurs marchés publics à leurs PME, pourquoi pas l’Europe ? Si d’autres nations mettent en œuvre des politiques industrielles, pourquoi pas l’Europe ? Si d'autres nations défendent leurs agriculteurs, pourquoi l’Europe ne défendrait-elle pas les siens ?
 
L’Europe ne veut pas du protectionnisme mais l'Europe doit réclamer la réciprocité.
L’Europe ne veut pas du protectionnisme mais l'Europe a le devoir d’assurer son indépendance énergétique et son indépendance alimentaire.
 
L’Europe veut être exemplaire dans la lutte contre le réchauffement climatique, mais l’Europe ne peut pas accepter la concurrence déloyale des pays qui n’imposent aucune contrainte écologique à leurs entreprises.
 
L’Europe est attachée à la concurrence. Mais l’Europe ne peut pas être seule au monde à en faire une religion. C’est pourquoi au sommet de Bruxelles il a été décidé que la concurrence était pour l’Europe un moyen et non une fin.
 
L’Europe a fait le choix de l’économie de marché et du capitalisme. Mais ce choix n’implique pas le laissez-faire absolu et la dérive d’un capitalisme financier qui fait la part belle aux spéculateurs et aux rentiers plutôt qu’aux entrepreneurs et aux travailleurs. Le capitalisme européen a toujours été un capitalisme d’entrepreneurs, un capitalisme de production plutôt qu’un capitalisme de spéculation et de rentes.
 
Oui, je l'affirme, l’Europe a un rôle à jouer dans la nécessaire moralisation du capitalisme financier et c'est ce qui s'est passé avec la crise des "subprimes" - quelques spéculateurs mettent en cause la concurrence mondiale - l'Europe ne peut pas l'accepter.
 
Sur tous ces sujets nous avons tous des idées et des points de vue différents. Ce n’est pas une raison  pour ne pas en parler. Nous devons en débattre jusqu’à ce que nous ayons réussi à rapprocher assez nos points de vue pour pouvoir bâtir une politique commune. Tous ces sujets seront au cœur des priorités de la Présidence française.
 
Il y a bien d’autres sujets dont nous allons devoir débattre. Il y a bien sûr la refondation de la politique agricole commune après 2013. Il y a la question de la fiscalité écologique. Il y a celle des énergies renouvelables et des économies d’énergie. Il y a celle de la défense, car comment l’Europe pourrait-elle être indépendante, comment pourrait-elle avoir une influence politique dans le monde, comment pourrait-elle être un facteur de paix et d’équilibre si elle n’était pas capable d’assurer elle-même sa défense ?
 
Que signifie pour chacun d’entre nous notre engagement européen si nous ne sommes pas capables de débattre de la construction d’une défense européenne et de la rénovation de l’alliance atlantique ? Que signifie notre engagement européen si chacun d’entre nous n’est pas capable de faire un effort pour la défense de tous ?
                                           
Depuis le traité de la CECA jusqu’au traité simplifié, les peuples européens ont tissé entre eux une solidarité. Cette solidarité, elle se manifeste dans la politique régionale. Cette solidarité, elle doit s’exprimer dans la défense. Elle doit s’exprimer aussi dans la politique de l’immigration. Dans une Europe où la circulation est libre entre les Etats membres, cette politique ne peut être qu’une politique commune. On ne peut pas appartenir à l’espace Schengen et régulariser ses sans papiers sans en informer les autres car la régularisation dans un pays a un impact sur les autres pays.
 
Lorsque j’ai été élu Président de la République je me suis fixé comme priorité de remettre la France au cœur de la construction européenne. J’ai voulu que la France surmonte ses doutes en s’engageant davantage dans l’Europe, mais dans une Europe où la politique reprendrait ses droits, dans une Europe où la France ne réussirait pas toujours à emporter la décision mais où elle pourrait toujours faire valoir son point de vue.
 
C’est ce que je me suis efforcé de faire. C’est ce que je continuerai à faire. C’est ce que j’ai fait en renouant le dialogue avec les institutions communautaires et je remercie le Président Barroso de la relation de confiance qu’il a permis d’établir entre la France et la Commission Européenne. La politique de la France c’est désormais de travailler étroitement et en toute confiance avec les institutions européennes, Le Parlement et la Commission. C’est ce que j’ai fait lorsque je me suis rendu devant les Ministres des Finances de la zone Euro pour expliquer la politique française. C’est ce que j’ai fait en portant l’idée du traité simplifié. C’est ce que j’ai fait en me rendant à Berlin dès le jour de mon investiture pour bien montrer l’importance pour l’avenir de l’Europe de l’amitié entre la France et l’Allemagne.
 
C’est ce que j’ai fait en déployant tous mes efforts pour convaincre l’Angleterre de signer le traité simplifié. Parce que l’Europe a besoin de l’Angleterre. C’est ce que j’ai fait en m’engageant fortement dans le dialogue avec les pays de l’Est qui avaient parfois le sentiment qu’on ne les écoutait pas assez. Et à juste titre, ces pays ont autant de droits que les pays européens qui ont intégré l'UE avant eux.
 
C’est ce que j’ai fait en proposant l’Union de la Méditerranée, sans exclure personne, en prolongeant le travail fait à Barcelone. Mais si le travail fait à Barcelone avait suffi, ça se saurait. Il faut donc une nouvelle ambition.
 
J’ai voulu que la France puisse de nouveau entraîner la croissance européenne, qu’elle puisse de nouveau contribuer au dynamisme de l’Europe et à sa prospérité. Car lorsque la France va bien, c’est l’Europe tout entière qui en tire profit. Nul en Europe n’a intérêt à une France affaiblie, incapable de trouver en elle les ressorts de la croissance. Nul en Europe n’a intérêt à une France en déclin, à une France qui doute d’elle-même, qui a peur de l’avenir.
 
J’ai engagé une politique de réformes. Ces réformes, elles représentent un effort considérable. C’est l’intérêt de l’Europe qu’elles réussissent. Ce n’est pas l’intérêt de l’Europe qu’elles échouent. C’est grâce à ces réformes, si elles réussissent – et elles réussiront – que la France assainira ses finances publiques, qu’elle respectera ses engagements. Ces réformes les Français les ont approuvées. Je leur ai tout dit avant les élections pour pouvoir tout faire après. Ces réformes je les mènerai jusqu’au bout. Rien ne me détournera de mon objectif. C’est le meilleur service que je puisse rendre à l’Europe.

Mesdames et Messieurs les députés, dans cette ville de Strasbourg si chère au cœur des Français et désormais indissociablement liée dans l’esprit de tous les Européens à votre Assemblée dans laquelle s’incarne la démocratie européenne. Au sein de votre Parlement qui sait si bien faire vivre le débat démocratique dans le respect de la diversité des opinions, des convictions et des croyances. Ici à cette tribune où elle s’exprima tant de fois, j’ai une pensée pour Simone Veil qui fut en 1979 la première présidente de la première assemblée parlementaire européenne élue au suffrage universel direct.
 
Qu’il me soit permis de lui rendre hommage pour sa contribution à la cause de l’Europe et pour sa contribution à la cause des femmes. Elle s’est battue pour qu’on respecte leurs droits, pour qu’on respecte leur dignité et votre Parlement a toujours été fidèle à cette ligne de conduite.
 
Simone Veil disait: « Quelles que soient nos différences de sensibilité, je pense que nous partageons la même volonté de réaliser une communauté fondée sur un patrimoine commun et un respect partagé des valeurs humaines fondamentales. C’est dans cet esprit que je vous invite à aborder fraternellement les travaux qui nous attendent ». Ces mots, je les fais miens. Ces mots sont des défis. Ces défis sont ceux que les citoyens attendent que l’Europe relève. Nous n’avons plus de temps à perdre pour les relever. Nous n’avons plus de temps à perdre pour faire en sorte que les peuples puissent reprendre confiance dans l’Europe. Nous en avons déjà trop perdu. Vous pouvez compter sur l'engagement sans faille de la France.


pagerank