Monsieur le Député européen Alain Lamassoure, Membre du bureau de la délégation des Députés européens UMP répond à notre question de la semaine "Les négociations avec la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie tendent à prouver que ces pays ne sont pas prêts à rejoindre l'UE. Pourtant les deux premiers devraient devenir membres en janvier et les négociations avec le troisième ne sont pas rompues alors que la Turquie s'obstine à refuser de reconnaître l'un des membres de l'UE. Un élargissement sans fin est-il l'unique objet de l'UE?" :
C’est bien l’impression qu’en retient l’opinion publique. Mais, heureusement, la réalité politique est aujourd’hui radicalement différente.
Il faut distinguer clairement le cas des pays balkaniques et celui de la Turquie.
Certes, Roumanie et Bulgarie ne sont pas vraiment prêtes. Mais selon le traité d’adhésion déjà signé et ratifié – et que personne n’a contesté chez nous, même au plus fort de la controverse sur la Constitution – leur entrée dans l'Union doit se faire au 1er janvier prochain ou, au plus tard, un an après. Tous ceux qui suivent le dossier s’accordent à penser qu’à ce stade, l’entrée immédiate assortie de réserves et d’un calendrier différé pour certaines politiques sera plus efficace que le report d’un an. L’expérience des huit autres pays de l’Est entrés en 2004 plaide également en ce sens. Pour nous, Français, l’arrivée de ces deux pays membres de la francophonie confortera plutôt notre position sur des sujets importants (politique agricole, diversité culturelle).
Vis-à-vis de la Turquie, en un an l’état d’esprit a complètement changé à cause d’événements survenus des deux côtés. Côté européen, la campagne référendaire en France et aux Pays-Bas a fait prendre conscience, au-delà de ces deux pays, de la profondeur de l’hostilité de l’opinion publique à l’élargissement de l’Union au-delà du continent européen ; ce sentiment est partagé dans une bonne moitié des Etats membres. Du coup, même le Président Chirac, jusque là sourd aux objections de son parti et de ses électeurs, freine des quatre fers en inventant même des conditions nouvelles (reconnaissance du génocide arménien), de manière d’ailleurs maladroite. Du côté turc, à l’approche de leurs élections générales du printemps prochain, les partis font de la surenchère pour tenir la dragée haute face aux exigences européennes. Au point que le gouvernement turc refuse toujours de reconnaître la république de Chypre, alors qu’il s’était engagé à le faire avant juin 2006. Résultat : la majorité du Parlement européen, qui avait massivement appuyé l’ouverture des négociations (malgré l’hostilité de l’UMP) il y a un an, est maintenant furieuse contre la Turquie et vient de voter un texte qui a un caractère d’ultimatum.
Enfin, Angela Merkel, José-Manuel Barroso et la plupart des chefs de gouvernement n’hésitent plus à dire publiquement que tout nouvel élargissement de l’Union est devenu inenvisageable tant que le problème de la Constitution ne sera pas réglé. C’est pourquoi Madame Merkel a annoncé que la solution de ce problème serait la priorité de la présidence allemande. Et elle est très intéressée par les propositions faites par Nicolas Sarkozy dans son discours fondateur du 9 septembre, que tous les gouvernements européens étudient maintenant à la loupe.
Nous remercions chaleureusement Monsieur le Député européen pour sa participation aux Lundis de l'Europe, ainsi que pour sa disponibilité et l'aide qu'il nous apporte.
Nous vous invitons à le retrouver sur son site.